

29 mai 2006
Réponse de Léonard au Da Vinci Code
(conversation humoristique)
- Léonard, grand Léonard, certains de tes successeurs des années 2000, disent que tu as codé ton tableau " La Cène " de symboles religieux et ésotériques.
Léonard : Mes successeurs font preuve d’imagination ! Ils oublient le commanditaire d’une œuvre, celui qui paie ! La Cène est le fruit d’un travail de trois ans, contrôlé par les dominicains de Milan, responsables vis-à-vis du Duc de Milan, Ludovic Sforza dit ‘’le More’’. Je ne peux peindre que selon leur volonté. N’oublie pas que les dominicains sont, au moment où je peins, en charge du cryptage et décryptage du courrier diplomatique du Vatican, grands maîtres de la Sainte Inquisition et que déjà Jérôme Savonarole dénonce depuis Florence les excès du Pape Alexandre VI… (J.S p. 16, 43) Non merci, je tiens trop à la vie !
- Léonard, grand Léonard, certains disent que dans ta fresque, " il y a une main qui tient un poignard, une main sans corps, anonyme. " (D.B p. 311)
Léonard: Mais...c’est la main droite de Pierre, dont nous savons qu’il tira l’épée lors de l’arrestation de Jésus (Jean 18, 10-12).
- Léonard, grand Léonard, pourquoi la main gauche de Pierre s’abat-elle sur le cou de Jean ? (S. C. p 44)
Léonard : Mais non ! Elle est posée sur son épaule. J’ai voulu ainsi figurer la marche des deux disciples vers le tombeau, le matin de la résurrection (Jean 20, 1-10). Ils sont, chacun à sa manière, les principaux continuateurs de Jésus.
- Léonard, grand Léonard, pourquoi Thomas, situé à gauche de Jésus a-t-il l’index tendu, dans un geste potentiellement menaçant ? (S. C. p. 44)
Léonard : Mais non ! Je rappelle simplement ce que Thomas a dit : " Si je n’enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n’enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ! " (Jean 20, 24-28)
- Léonard, grand Léonard, il paraît que tu t’es représenté sous les traits de Thaddée, le seul qui tourne la tête et ne regarde pas Jésus.
Léonard : Là, tu as raison ! J’ai voulu exprimer ainsi la difficulté pour tout homme de croire.
N’oublie pas que l’on associe parfois Thaddée à Nicodème. (Jean 3, 1-21.7, 50-52.19, 39-42)
- Léonard, grand Léonard, La Cène n’est donc pas : " une œuvre figée dans le temps "
(S.C. p. 41). Ce n’est pas un instantané ?
Léonard : Mais non ! Mes références sont l’évangile de Jean et je replace les convives (en grec " les étendus ") dans l’attitude qui les a rendus célèbres, selon les Écritures, à un moment donné. Il y a donc unité de lieu mais non unité de temps. Les dominicains de Milan m’ont expliqué que la notion de temps n’existe plus dans le Royaume : " car celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. " (Jean 4, 36)
Or, La Cène, c’est la représentation du Royaume, aujourd’hui. Chez toi en France, grâce à ton roi, mon ami François 1er, j’ai découvert les vitraux des cathédrales utilisés comme livres d’images. Chez nous en Italie, on peint des tableaux, mais la fonction est la même : transmettre la foi à ceux qui ne savent pas lire.
- Léonard, grand Léonard, il y a une bourse à côté de Judas. Ce sont les trente deniers ?
Léonard : Je constate avec tristesse que vous ne lisez pas les textes plus que mes contemporains ! Les trente deniers sont le prix de la trahison de Judas, selon l’évangéliste Matthieu. Jean est le seul à expliquer que Judas tenait les cordons de la bourse pour tout le groupe des disciples et qu’il trouve dommage que Marie-Madeleine ait dépensé trois cents deniers de parfum (soit dix fois plus que ce que lui donnera le Sanhédrin) pour oindre le Messie. ‘’Il disait ceci, non qu’il eut souci des pauvres, mais parce qu’il se servait dans la bourse commune. ‘’ (Jean 12, 1-8)
- Léonard, grand Léonard, j’ai honte de poser ainsi la question : Jean peut-il être une femme ?
Léonard : Mais non ! Tu vois bien que toutes mes références portent sur l’évangile de Jean. Je l’ai représenté plus jeune que les autres disciples parce qu’il serait mort le dernier, très âgé, à Patmos.
- Léonard, grand Léonard, pourquoi as-tu peint les vêtements de Jésus et de Jean dans les mêmes couleurs : robe rouge et cape bleue pour Jésus, robe bleue et cape rouge pour Jean, est-ce le Ying et le Yang, le masculin et le féminin ?
Léonard : Bien sûr que non ! Mais, selon l’évangile de Jean, l’amour que Jean portait à Jésus est le seul qui puisse se comparer à l’amour que Jésus porte à ses frères les hommes. C’est pourquoi Jésus lui confiera sa mère, (Jean 19, 25-27). Pierre " est de la terre et de la terre il parle. " (Jean 3, 31), d’où la couleur de son manteau. En outre, il n’a pour Jésus que de l’amitié (Jean 21, 15-19). Tu sais, les rédacteurs de Jean ne sont pas tendres avec Pierre…
- Léonard, grand Léonard, pourquoi donc les dominicains de Milan t’ont-ils fait illustrer l’évangile de Jean, alors que le récit du rituel eucharistique est absent de l’évangile ?
Léonard : Enfin une question pertinente ! As-tu noté que chaque convive a devant lui du pain et du vin ? Il y a donc treize verres et non un Graal bu à tour de rôle (D.B. p 288).
- Léonard, grand Léonard, Judas a donc communié ?
Léonard : Toute l’humanité a communié. La table est servie comme à Cana, (Jean 2, 1-12). C’est un repas de noce éternel.
- Léonard, grand Léonard, où donc est le marié ?
Léonard : Mais…c’est Jésus ! C’est lui l’Époux ! (Jean 3, 28-30)
- Léonard, grand Léonard, j’arrête, tu me donnes mal à la tête ! Une dernière chose pourtant : Tes successeurs citent tes carnets :
" Beaucoup ont fait commerce de l’illusion et des faux miracles, pour tromper l’ignorante multitude. " (D.B. p. 288)
Léonard : Je ne me souviens pas avoir écrit cela dans mes Carnets de notes. C’est probablement la seule phrase du Da Vinci Code reflétant la pensée intime de l’auteur !
Francis Lapierre
D.B. : Dan Brown., le Da Vinci Code. JC Lattès, 2004.
S.C. : Simon Cox., le Code Da Vinci décrypté. Le Pré aux clercs, 2004.
J.S. : Javier Sierra., La Cène secrète. Plon, 2005.
28 mai 2006
Evangile de Philippe
(1) Un HÈbreux peut faire un HÈbreux et on appelle ce dernier un prosÈlyte, mais un prosÈlyte ne peut pas faire un prosÈlyte. (Certains) sont tels qu'ils sont et font d'autres pareils ý eux parce que ceux-ci le deviennent.
(2) L’esclave n’aspire qu’ý Ítre libre. Il ne recherche pas les biens (ousia) de son maÓtre. Mais le fils, non seulement il est fils mais il peut prÈtendre ý l’hÈritage de son pËre. Ceux qui hÈritent de ce qui est mort sont eux-mÍmes morts et hÈritent de ce qui est mort. Ceux qui hÈritent de ce qui est vivant sont eux-mÍmes vivants et hÈritent de ce qui est vivant et de ce qui est mort. Les morts n’hÈritent de rien. Car comment un mort pourrait-il hÈriter ? Si celui qui est mort hÈrite de ce qui est vivant, il ne mourra pas, mais alors, lui qui Ètait mort, vivra.
(3a) Un paÔen ne meurt pas car il n’a jamais vÈcu pour pouvoir mourir. Celui qui croit ý la vÈritÈ vit, et il court le danger de mourir car il vit.
(3b) Depuis le jour o˜ le Christ est venu, le monde a ÈtÈ crÈÈ, les villes, ordonnÈes (kosmei), ce qui est mort, rejetÈ.
(3c) Quand nous Ètions des HÈbreux, nous Ètions orphelins et nous n’avions qu’une mËre, mais quand nous sommes devenus chrÈtiens, nous avons eu un pËre et une mËre.
(4 et 5) Ceux qui sËment en hiver rÈcoltent en ÈtÈ ; l’hiver, c’est le monde, l’ÈtÈ, c’est l’Eon. Semons dans le monde afin de pouvoir rÈcolter en ÈtÈ. C’est pourquoi il ne convient pas que nous priions pendant l’hiver ; en dehors de l’hiver, c’est l’ÈtÈ. Celui qui rÈcoltera en hiver ne rÈcoltera pas, il arrachera, car ce qui est inexistant ne porte pas de fruit, non seulement il ne produit pas, mais mÍme le sabbat ne produit pas de fruit.
(6) Le Christ est venu en racheter quelques-uns, dÈlivrer les uns, sauver les autres. Ceux qui Ètaient Ètrangers, il les a rachetÈs et il les a faits siens. Et il a sÈparÈ les siens, ceux qu’il donna comme garantie de ses intentions. Ce n'est pas seulement lorsqu'il se manifesta qu'il livra son ’me (psychË) volontairement, mais depuis que le monde existe, il l'a livrÈe. Lorsqu'il le voulut, il vint alors pour la dÈlivrer puisqu'elle Ètait gardÈe en otage. Elle se trouvait au milieu des brigands et elle avait ÈtÈ emmenÈe prisonniËre et il la sauva. Et Il racheta les bons et les mÈchants qui sont dans le monde.
(7) La lumiËre et les tÈnËbres, la vie et la mort, la droite et la gauche sont sœurs les unes des autres ; elles sont insÈparables. C’est pourquoi ni les bons sont bons ni les mÈchants mÈchants, ni la vie est vie, ni la mort est mort. En consÈquence chacun sera dissous dans sa nature originelle. Mais ceux qui sont supÈrieurs au monde sont indissolubles, Èternels.
(8a) Les noms qui sont donnÈes aux choses du monde renferment une grande illusion, car ils dÈtournent la pensÈe de ce qui est rÈel vers ce qui n'est pas rÈel, et celui qui entend le nom ´ Dieu ª ne saisit pas ce qui est rÈel mais ce qui n'est pas rÈel. De mÍme dans le ´ PÈre ª et le ´ Fils ª et ´ l'Esprit Saint ª et la ´ Vie ª et la ´ LumiËre ª et la ´ RÈsurrection ª et ´ l’Eglise ª, et tous les autres on ne perÁoit pas ce qui est rÈel, on perÁoit ce qui n'est pas rÈel, ý moins d'avoir appris ce qui est rÈel.
(8b) Tous les mots entendus dans le monde sont trompeurs. S'ils Ètaient dans l'Eon, ils ne seraient pas prononcÈs dans le monde ý aucun moment, et ils ne seraient pas rangÈs parmi les choses du monde. Dans l'Eon ils ont une fin.
(9a) Un seul nom n'est pas prononcÈ dans le monde, le nom que le PËre a donnÈ au Fils. Il est supÈrieur ý tout. C'est le nom
du PËre. Car le Fils ne deviendrait pas le PËre s'il ne revÍtait pas le nom du PËre. Ce nom, ceux qui le possËdent le connaissent, mais ils ne le prononcent pas. Ceux qui ne le possËdent pas ne le connaissent pas.
(9b) La VÈritÈ engendra les noms dans le monde parce qu'il est impossible de l'apprendre sans noms.
(9c) La VÈritÈ est unique mais en mÍme temps elle est multiple pour que nous puissions, par amour, enseigner cet Unique gr’ce ý sa multiplicitÈ.
(10a) Les archontes voulurent tromper l'homme quand ils virent qu'il Ètait apparentÈ (suggeneia) ý ce qui est vraiment bon. Ils prirent les noms de ce qui est bon et les donnËrent ý ce qui n'est pas bon pour le tromper par les noms et le lier ý ce qui n'est pas bon. Et aprËs cela, s’il leur manifeste de la faveur, ils les enlËvent de ce qui n’est pas bon et les mettent ý ce qui est bon. Ils connaissaient cela car ils voulaient s'emparer de l'homme libre et faire de lui leur esclave pour toujours.
(10b) Ce sont ces forces qui luttent contre l’homme ne voulant pas qu’il se dÈlivre afin de dominer our toujours sur lui comme sur un esclave. Car si l’homme Ètait dÈlivrÈ, les sacrifices d’animaux ne se produiraient plus, ils ne seraient plus offerts ý ces forces. En vÈritÈ, celles-ci sont des animaux, mais aprËs qu’ils Ètaient offerts, ils mouraient. Quant ý l’homme il fut offert ý Dieu, mort, et il vÈcut.
(11) Avant la venue du Christ, il n’y avait pas de pain dans le monde. Ainsi dans le paradis o˜ Ètait Adam, il y avait beaucoup d’arbres pour la nourriture des animaux ; il n’y avait pas de blÈ comme nourriture pour l’homme. L’homme se nourrissait comme les animaux, mais lorsque le Christ, l’Homme parfait (tÈlÈios) vint, il apporta du pain du ciel afin que l’homme se nourrÓt d’une nourriture d’homme.
(12a) Les archontes croyaient que c’Ètait par leur puissance et leur volontÈ qu’ils opÈraient, mais c’est l’Esprit Saint qui opÈrait en secret par leur entremise comme lui-mÍme le dÈsirait.
(12b) La VÈritÈ est semÈe partout, elle qui existe depuis l'origine. Beaucoup la voient lorsqu'elle est semÈe, mais peu la voient quand elle est rÈcoltÈe.
(13) Plusieurs disent que Marie a conÁu de l'Esprit (pneuma). Ils se trompent, ils ne savent pas ce qu'ils disent. Quand une femme a-t-elle jamais conÁu d'une femme ? Marie est la vierge qu'aucune force naturelle (dynamis) n'a souillÈe. Elle est un grand anathËme pour les HÈbreux, qui sont les apÙtres et les apostoliques. Cette vierge qu'aucune force n'a souillÈe est immaculÈe... et les forces naturelles se souillent. Et le Seigneur n'aurait pas dit : Mon PËre qui est dans les cieux, s'il n'avait pas eu un autre pËre, il aurait dit simplement : Mon pËre.
(14) Le Seigneur dit aux disciples : Eloignez-vous de toute maison. Entrez dans la maison du PËre, ne prenez ni n’emporter rien de la maison du PËre.
(15) JÈsus est un nom cachÈ, Christ un nom manifestÈ. C'est pourquoi JÈsus est semblable dans toutes les langues, on l’appelle toujours par le nom de JÈsus. D'autre part, Christ est ´ messie ª en syriaque et ´ christos ª en grec. Il est certain que tous les autres l'ont conformÈment ý leur propre langue. Le ´ nazarÈen ª est celui qui rÈvËle ce qui est cachÈ. Christ possËde tout en lui-mÍme, soit homme, soit ange, soit mystËre, et le PËre.
(16) Ceux qui disent que le Seigneur est mort d'abord puis ressuscitÈ se trompent, car il est ressuscitÈ avant de mourir. Si quelqu'un ne ressuscite pas d'abord, aussi vrai que Dieu est vivant, il ne mourra pas, il est dÈjý mort.
(17) On ne cache pas un objet de valeur dans un grand vase, mais souvent des sommes incalculables sont placÈes dans un vase d’un sou. Il en est de mÍme de l’’me. C’est un objet prÈcieux qui se trouve dans un corps mÈprisable.
(18a) Il y en a qui craignent de ressusciter nus. C’est pourquoi ils veulent ressusciter dans la chair, mais ils ne savent pas que c’est ceux qui sont revÍtus de chair qui sont nus. Ceux qui se dÈpouilleront au point de se mettre nus, ceux-lý ne seront pas nus.
(18b) La chair et le sang ne peuvent hÈriter le Royaume de Dieu. Qu’est-ce qui n’hÈritera pas ? Ce dont nous sommes revÍtus. Mais de quoi sera-t-il hÈritÈ ? Du Christ et de son sang. C’est pourquoi il a dit : Celui qui ne mangera pas ma chair et ne boira pas mon sang n’aura pas la vie en lui. Qu’est-ce que sa chair ? C’est la Parole et son sang, c’est l’Esprit Saint. Celui qui a reÁu cela a une nourriture, une boisson et un vÍtement.
(19a) Moi je bl’me aussi ceux qui disent que la chair ne ressuscitera pas. Tous sont dans l’erreur. Tu dis que la chair ne ressuscitera pas, mais dis-moi ce qui ressuscitera pour que nous puissions te vÈnÈrer ? On dit que l’Esprit est dans la chair, et il y a aussi cette LumiËre dans la chair et aussi la Parole. Quoi que tu dises, tu ne dis rien en dehors de la chair. Il est nÈcessaire de ressusciter dans cette chair lý parce que tout est en elle.
(19b) En ce monde, ceux qui portent des vÍtements sont supÈrieurs aux vÍtements. Dans le Royaume des cieux, les vÍtements sont supÈrieurs ý ceux qui les portent.
(20) C'est par l'eau et par le feu que tout le lieu est purifiÈ, le visible par le visible, le cachÈ par le cachÈ. Il y a des choses cachÈes ý travers celles qui sont visibles. Il y a une eau dans l'eau, et un feu dans l'onction.
(21) JÈsus leur a tout dÈrobÈ car il ne s'est pas rÈvÈlÈ tel qu'il Ètait, mais comme ils Ètaient capables de le voir. Il leur est apparu ý tous : grand aux grands, petit aux petits, ange aux anges (aggÈlos) et homme aux hommes. C'est pourquoi sa parole est a ÈtÈ cachÈe ý tous. Quelques-uns le voyaient croyant se voir eux-mÍmes. Mais quand il apparut ý ses disciples dans la gloire sur la montagne, il n'Ètait pas petit, il Ètait devenu grand, et il grandit ses disciples (mathËtËs) pour qu'ils fussent capables de le voir dans sa grandeur. Et il dit ce jour-lý dans sa reconnaissance (eucharistia) : Toi qui unis la lumiËre parfaite ý l'Esprit Saint, unis aussi les anges aux images que nous sommes.
(22a) Ne mÈprisez pas l’agneau, car sans lui il est impossible de voir la porte.
(22b) Personne ne pourra s'avancer vers le Roi s'il est nu.
(23) Les fils de l'homme cÈleste sont plus nombreux que ceux de l'homme terrestre. Si les fils d'Adam sont nombreux bien qu'ils meurent, combien plus nombreux sont les fils de l'homme parfait, eux qui ne meurent pas mais sont perpÈtuellement rÈgÈnÈrÈs.
(24) Le PËre fait un fils mais le fils ne peut faire de fils car, lý, celui qui a ÈtÈ engendrÈ ne peut engendrer, mais le fils acquiert non des fils mais des frËres.
(25a) Tous ceux qui sont engendrÈs dans le monde sont engendrÈs par la nature (physis), mais les autres par l'Esprit (pneuma). Et ceux-ci crient d'ici-bas vers l'homme, car ils se nourrissent de la promesse du lieu d'en haut.
(25b) Si la parole (logos) sortait de la bouche, elle nourrirait par la bouche et ferait devenir parfait. En effet c'est par un baiser que les parfaits fÈcondent et enfantent. Pour cette raison nous nous embrassons aussi les uns les autres, et nous sommes fÈcondÈs par la gr’ce (charis) des uns et des autres.
(26) Il y en avait trois qui marchaient toujours avec le Seigneur : Marie sa mËre et sa sœur et Madeleine appelÈe sa compagne. Sa sœur, sa mËre et sa compagne Ètaient chacune Marie.
(27) PËre et fils sont des noms simples, l’Esprit Saint est un nom double; or ils sont partout: en haut, en bas, dans l'invisible, dans le rÈvÈlÈ. L'Esprit-Saint est-il dans le rÈvÈlÈ, il est en bas; est-il dans l'invisible, il est en haut.
(28) Les saints sont servis par les puissances mauvaises. En effet celles-ci sont aveuglÈes par l’Esprit Saint, en sorte qu’elles croient servir les leurs, alors qu’elles travaillent pour les saints. C’est pourquoi un disciple posa un jour au Seigneur une question sur quelque chose du monde. Il lui rÈpondit : Demande ý ta mËre, elle te donnera une rÈponse qui n’est pas d’elle.
(29) Les apÙtres disaient aux disciples : Puisse ce que nous apportons (prosphora) recevoir le sel. Ils appelaient Sophia le sel. Sans elle aucune offrande n’est acceptable. Mais la Sophia est stÈrile, sans enfant. C’est pourquoi on l’appelle ´ un peu de sel ª. Lorsqu’ils seront dans leur vÈritable voie, l’Esprit Saint... nombreux sont ses enfants.
(30) Ce que le pËre possËde revient au fils et le fils lui-mÍme tant qu’il est enfant ne se voit pas confier ce qui lui revient. Mais lorsqu’il devient un homme, son pËre lui remet tout ce qu’il possËde.
(31a) Ceux qui ont ÈtÈ conÁus par l'Esprit et qui sont ÈgarÈs, c'est aussi par l'Esprit qu'ils sont ÈgarÈs. En effet, c'est par le mÍme souffle (pneuma) que s'allume et s'Èteint le feu.
(31b) Une chose est Achamoth et autre chose Echmoth. Achamoth est la Sagesse (sophia) absolue (aplÙs). Mais Echmoth est la sagesse de la mort, celle qui connaÓt la mort. C’est la petite sagesse.
(32) Il y a des bÍtes soumises ý l'homme comme le bœuf, l'’ne et autres. D'autres ne sont pas soumises et vivent seules au dÈsert. L'homme laboure le champ avec les animaux soumis et gr’ce ý cela, il se nourrit ainsi que les bÍtes soumises ou non soumises. De mÍme l'homme parfait : il laboure avec les forces (dynamis) qui lui sont soumises, prÈparant chacun ý venir ý l'Ítre. C'est ainsi que tout est redressÈ, soit les bons, soit les mÈchants, et ceux de droite et ceux de gauche. L'Esprit les mËne tous paÓtre et gouverne toutes les forces, les soumises et les non soumises ainsi que les uniques. Il les rassemble et les enclÙt afin que ceux qui le voudraient ne puissent s'enfuir.
(33) Celui qui a ÈtÈ modelÈ (plassein) Ètait de race noble, et tu devrait trouver que ses fils sont d’un noble (eugenËs) modelage (plasma). S’il n’avait pas ÈtÈ modelÈ mais engendrÈ, on trouverait que sa semence (sperma) est noble (eugenËs). Or voici qu’il a ÈtÈ modelÈ et qu’il a engendrÈ. Quelle noblesse (eugeneia) y a-t-il eu en cela ? Il y eut adultËre et ensuite meurtre. Il fut conÁu dans l’adultËre, car il Ètait fils du serpent ; c’est pourquoi il devint meurtrier, comme son pËre, et tua son frËre. Or toute union (koinÙnia) entre personnes dissemblables est un adultËre.
(34a) Dieu est un teinturier. De mÍme que les bonnes teintures, qualifiÈes de vraies, se dissolvent dans les choses teintes en elles, ainsi en est-il des choses que Dieu teinte. Et comme ses teintures sont immortelles, ces choses deviennent immortelles gr’ce ý ses couleurs.
(34b) Dieu baptise dans l’eau ce qu’il baptise.
(35) Il est impossible de voir les choses qui existent vÈritablement sans Ítre comme elles. Il n'en est pas ainsi de l'homme dans ce monde qui ici voit le soleil bien qu'il ne soit pas le soleil, qui voit le ciel et la terre et toutes choses en n'Ètant rien de celles-ci. Mais si tu vois quelque chose de ce lieu-lý c'est que tu es devenu cela. Tu as vu l'Esprit, tu es devenu Esprit. Tu as vu le Christ, tu es devenu Christ, tu as vu le PËre, tu es devenu le PËre. C'est pourquoi ici tu vois toute chose sans te voir toi-mÍme, mais en ce lieu-lý tu te vois car ce que tu vois, tu l'es devenu.
(36) La foi reÁoit, l’amour donne. Personne ne peut recevoir sans la foi. Personne ne peut donner sans l’amour. C’est pourquoi nous avons la foi afin de recevoir, et nous devons aimer afin de donner vraiment, car celui qui donne sans amour n’en a aucun profit. Celui qui n’a pas reÁu le Seigneur est encore un HÈbreu.
(37) Les ApÙtres qui nous ont prÈcÈdÈs, l'appelaient ainsi JÈsus, le NazorÈen, le Messie, c'est-ý-dire JÈsus le NazorÈen, le Christ. Le dernier nom est Christ. Le premier est JÈsus. Celui du milieu NazarÈen. Messie a deux significations: le Christ et le mesurable. JÈsus en hÈbreu est la rÈdemption, Nazara est la vÈritÈ. Donc le NazarÈen est (l'homme) de la vÈritÈ. Christ a ÈtÈ rendu mesurable, et c'est le NazarÈen et JÈsus qui l’ont mesurÈ.
(38) La perle, si elle est jetÈe dans la boue, n’a pas moins de valeur, et si on l’oint d’une substance odorifÈrante, elle n’en acquerra pas davantage, mais elle a toujours la mÍme valeur pour son propriÈtaire. Ainsi en est-il des fils de Dieu ; o˜ qu’ils soient, ils gardent toujours leur valeur auprËs de leur PËre.
(39) Si tu dis: Je suis juif, personne ne bronchera. Si tu dis: Je suis un Romain, personne ne s'en affectera. Si tu dis: Je suis un Grec, un barbare, un esclave, un homme libre, personne ne se troublera. Si tu dis: Je suis un chrÈtien, tous trembleront. Puisse-t-il m'arriver de recevoir ce nom-lý, que les archontes ne supportent pas lorsqu'ils l'entendent.
(40) Dieu est un mangeur d’hommes. C’est pourquoi l’homme lui est sacrifiÈ. Avant que l’homme ne lui soit sacrifiÈ, on lui sacrifiait des animaux, mais ce n’Ètaient pas des dieux ceux ý qui ils Ètaient sacrifiÈs.
(41) Les vases de verre et les vases de terre sont fabriquÈs au moyen du feu. Mais les vases de verre, s'ils se brisent, sont modelÈs ý nouveau, car ils proviennent d'un souffle. Les vases de terre, eux, s'ils se brisent, sont dÈtruits, car ils ont ÈtÈ produits sans le souffle.
(42) L’’ne qui fait tourner la meule du moulin fait cent mille en marchant, mais lorsqu’on le dÈtache, il se trouve toujours au mÍme endroit. Il y a de ces hommes qui voyagent beaucoup mais n’avancent nulle part. Lorsque le soir arrive ils n’ont vu ni villes ni villages, ni choses crÈÈes, ni choses naturelles, ni forces, ni anges. En vain les malheureux ont-ils souffert.
(43a) L’eucharistie est JÈsus. JÈsus est appelÈ en syriaque pharizata, celui qui est Ètendu. En effet, JÈsus est venu pour crucifier le monde.
(43b) Le Seigneur entra dans la teinturerie de LÈvi. Il prit soixante-douze couleurs et les jeta dans la cuve. Il les retira toutes blanches et dit : C’est ainsi que le Fils de l’Homme est venu comme teinturier.
(44a) La Sophia qui est appelÈe stÈrile est la mËre des anges.
(44b, 45) Et la compagne du fils est Marie Madeleine. Le Seigneur l'aimait plus que tous les disciples et il l'embrassait souvent sur la bouche. Les disciples le voyaient et ils lui dirent : Pourquoi l'aimes-tu plus que nous tous ? Le sauveur rÈpondit et leur dit : Comment se fait-il que je ne vous aime pas autant qu'elle ? Un aveugle et quelqu'un qui voit, quand ils sont tous deux dans l'obscuritÈ ne se distinguent pas l'un de l'autre. Si la lumiËre vient, alors celui qui voit verra la lumiËre alors que celui qui est aveugle demeurera dans l'obscuritÈ.
(46) La supÈrioritÈ de l’homme n’est pas apparente mais cachÈe. C’est pourquoi il est le maÓtre des animaux, de ceux qui sont plus forts que lui, qui sont grands selon ce qui est apparent et ce qui est cachÈ, mais c’est lui qui leur donne leur subsistance. Si l’homme se sÈpare d’eux, ils se mordent les uns les autres et s’entre-tuent. Ils s’entre-dÈvorent parce qu’ils ne trouvent pas d’autre nourriture. Mais maintenant ils ont de la nourriture parce que l’homme travaille la terre.
(47) Si quelqu'un descend dans l'eau, en ressort sans avoirrien reÁu et dit: Je suis chrÈtien, il emprunte ce nom ý intÈrÍt. Mais s'il reÁoit l'Esprit Saint, il possËde ce nom comme un don. Or ý celui qui a reÁu un don, on ne le lui reprend pas, mais ý celui qui l'a empruntÈ, on lui en demande le paiement avec les intÈrÍts. C'est ainsi que cela se passe lorsqu'on pÈnËtre un mystËre.
(48) Grand est le mystËre du mariage! Sans lui le monde ne serait pas. En effet, la persistance (sustasis) du monde, c'est l'homme, et la persistance de l'homme est le mariage. Mais apprenez que la relation (koinÙnia) immaculÈe possËde une grande force (dynamis). Son image en est la forme extÈrieure (schËma) impure.
(49) Parmi les esprits impurs, il y en a de masculins et de fÈminins. Les masculins s'unissent aux ’mes qui habitent une forme extÈrieure fÈminine, et les fÈminins sont ceux qui s'unissent aux ’mes qui ont une forme extÈrieure masculine, parce qu'elles ont ÈtÈ sÈparÈes. Et nul Ítre humain ne peut y Èchapper lorsqu'ils le tiennent, ý moins qu'il ne reÁoive une force ý la fois masculine et fÈminine, c'est-ý-dire la force du fiancÈ et de la fiancÈe. Or on reÁoit celle-ci dans la chambre nuptiale, qui est une image.
(50a) Quand les femmes libertines voient un homme seul, elles se jettent sur lui, jouent avec lui et le souillent. De mÍme les hommes libertins s'ils voient une jolie femme seule, ils la sÈduisent ou lui font violence pour la souiller. Mais s'ils voient un homme et sa femme ensemble, les femmes ne peuvent venir vers l'homme, ni les hommes vers la femme. Il en est de mÍme si l'image et l'ange (aggelos)) sont unis, personne n'osera ni ne pourra aller vers l'homme ou la femme.
(50b) Celui qui sort du monde n’est plus prisonnier comme il l’Ètait dans le monde. Il est au-dessus du dÈsir, de la mort et de la crainte. Il est maÓtre de la nature, il est supÈrieur ý l'envie. Ces forces tiennent et Ètouffent chacun mais comment les fuir ? Comment se cacher d’elles ? Souvent certains disent : Nous sommes croyants. Ceci pour Èchapper ý ces esprits impurs et ý ces dÈmons. Car s’ils possÈdaient l’Esprit Saint, aucun esprit impur ne s’attacherait ý eux.
(51a) Ne crains pas la chair mais ne l’aime pas non plus. Si tu la crains, elle te dominera. Si tu l’aimes, elle te dÈvorera et t’Ètranglera. Ou bien on est dans ce monde, ou bien dans la rÈsurrection, ou bien dans les lieux du milieu. Que je ne sois pas trouvÈ dans ce dernier.
(51b) Dans ce monde il y a du bien et du mal. Ce qui est bien n’est pas bien et ce qui est mal n’est pas mal. Mais il y a, aprËs ce monde, un mal qui est vraiment un mal et qu’on appelle le milieu, c’est la mort. Tant que nous sommes en ce monde, il faut parvenir ý la rÈsurrection afin que, une fois dÈpouillÈ de la chair, nous trouvions le repos et n’errions pas dans le milieu. Car beaucoup s’Ègarent en chemin, aussi est-il bon de s’en aller du monde avant d’avoir pÈchÈ.
(52) Il y en a qui ne veulent ou ne peuvent (pÈcher). D’autres, mÍme s’ils le dÈsirent ne sont pas plus avancÈs de ne l’avoir pas fait, car ce dÈsir en fait des pÈcheurs de mÍme que de ne pas agir. La justice s’Ècartera d’eux, tant de celui qui ne dÈsire pas que de celui qui n’agit pas.
(53) Le disciple d'un apÙtre aperÁut dans une vision plusieurs personnes enfermÈes dans une maison en feu, enchaÓnÈes et gisant dans le feu. Il leur dit: Jetez de l'eau dans le feu et ils dirent qu’ils Ètaient incapables de se sauver... qu’ils ne le dÈsiraient pas. Ils reÁurent... le ch’timent dÈnommÈ ´ tÈnËbres extÈrieures ª parce qu'elles... d'eau et de feu.
(54) L'’me et l'esprit sont nÈs de l'eau et du feu. C'est de l'eau, du feu et de la lumiËre que le fils de la chambre nuptial est nÈ. Le feu est l'onction (chrisma), la lumiËre est le feu. Je ne parle pas de ce feu qui n'a aucune forme, mais de cet autre feu dont la forme est blanche, qui est lumiËre et beautÈ, et qui confËre la beautÈ.
(55a) La VÈritÈ ne vient pas dans le monde nue, mais en signes (tupos) et en images (eikÙn). On ne la recevra pas autrement.
(55b) Il y a une renaissance et une image de la renaissance. Il est assurÈment nÈcessaire de naÓtre ý nouveau selon cette image. Laquelle ? la rÈsurrection. L'image doit ressusciter par l'image. La chambre nuptiale (nymphÙn) et l'image doivent pÈnÈtrer dans la VÈritÈ par l'image, telle est la rÈgÈnÈration (apokatastasis).
(55c) On prononce le nom du PËre, du Fils et de l’Esprit, et on le prononce mÍme sur autrui, mais si on n'acquiert pas vraiment ce nom pour soi-mÍme, le nom nous sera aussi repris. Or on le reÁoit par l'onction de la plÈnitude du pouvoir de la croix, pouvoir que les apÙtres ont appelÈ la droite et la gauche. Car cet homme n'est plus alors un chrÈtien mais un Christ. Le Seigneur a fait du tout un mystËre: baptÍme et onction et eucharistie et rÈdemption et chambre nuptiale.
(56) Le Seigneur dit : Je suis venu pour faire que les choses d’en bas soient comme les choses d’en haut, et que les choses du dehors soient comme celles du dedans. Je suis venu pour les unifier lý (en haut). Il s’est manifestÈ ici (en bas) en symboles et en images. Ceux qui disent : il y a un homme cÈleste et il y a quelqu’un au-dessus de lui, se trompent. Car c’est le premier de ces deux hommes cÈlestes, celui qui s’est manifestÈ, qu’ils appellent celui qui est en bas ; et ils pensent que c’est celui ý qui appartient ce qui est cachÈ qui est au-dessus de lui. Mais il vaudrait mieux dire : l’intÈrieur et l’extÈrieur, et l’extÈrieur de l’extÈrieur. C’est pourquoi le Seigneur a appelÈ la destruction ´ tÈnËbres extÈrieures ª car il n’y a rien d’extÈrieur ý elles.
(57) Il a dit : mon PËre qui est dans le secret. Il a dit : Entre dans ta chambre et ferme la porte sur toi et prie ton PËre qui est dans le secret, c’est-ý-dire ý l’intÈrieur d’eux tous. Or ce qui est ý l’intÈrieur d’eux tous est la plÈnitude. Au-delý de cela il n’y a rien d’autre ý l’intÈrieur. C’est de cela qu’ils disent : Ce qui est au-dessus d’eux.
(58) Avant le Christ, certains vinrent d’un endroit o˜ ils ne purent plus entrer et allËrent lý d’o˜ ils ne purent plus sortir. Alors vint le Christ. Ceux qui Ètaient entrÈs il les fit sortir, et ceux qui Ètaient sortis il les fit entrer.
(59) Quand Eve Ètait en Adam, la mort n’existait pas. AprËs qu’elle fut sÈparÈe de lui, la mort survint. S’il la reprend en lui et retrouve son Ítre premier, il n’y aura plus de mort.
(6O) Mon dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonnÈ ? C’est sur la croix qu’il dit ces paroles ; car il a abandonnÈ lý tout ce qui fut engendrÈ par ce qui est extÈrieur ý Dieu. Le Seigneur ressuscita des morts, et redevint ce qu’il Ètait, mais son corps Ètait parfait. Or il avait une chair, mais cette chair Ètait la vraie (alËthinos) chair. Notre chair au contraire n’est pas la vraie mais seulement une image de la vraie chair.
(61a) La chambre nuptiale n'est pas pour les animaux, ni pour les esclaves ni pour les femmes impures, mais pour les hommes libres (ÈleuthÈros) et les vierges (parthÈnos).
(61b) En vÈritÈ nous sommes renÈs dans l’Esprit Saint, mais nous sommes renÈs par Christ deux ý deux. Nous sommes oints par l’Esprit. Quand nous sommes renÈs, nous avons ÈtÈ unis.
(61c) Personne ne peut se voir soi-mÍme sans lumiËre dans une eau ou dans un miroir, pas plus que tu ne peux te voir ý la lumiËre sans eau ni miroir. C’est pourquoi il faut baptiser ý la fois dans la lumiËre et dans l’eau. Or la lumiËre est l’onction.
(62a) Il y avait ý JÈrusalem trois lieux d'offrande. Le premier, vers l'ouest, Ètait appelÈ le Saint. Le deuxiËme, vers le sud, Ètait appelÈ le Saint du Saint. Le troisiËme, vers l'est Ètait appelÈ le Saints des Saints, l'endroit o˜ seul le grand-prÍtre pÈnËtre. Le baptÍme est le Saint, la rÈdemption est le Saint du Saint, la chambre nuptiale est le Saint des Saints. Le baptÍme implique la rÈsurrection et la rÈdemption. La rÈdemption a lieu dans la chambre nuptiale. Mais la chambre nuptiale est ce qui est supÈrieur... ý JÈrusalem, le voile sÈpare le Saint des Saints... mais la chambre nuptiale est l’image de la chambre nuptiale qui est au-dessus de l’impuretÈ. Son voile s’est dÈchirÈ du haut en bas car il convenait ý quelques-uns d’en bas de monter en haut.
(63) Ceux qui sont revÍtus de la LumiËre parfaite, les forces naturelles (dynamis) ne les voient pas et ne peuvent s'en emparer. On revÍtira cette LumiËre dans le mystËre, dans l'union.
(64a) Si la femme n’avait pas ÈtÈ sÈparÈe de l’homme, elle ne serait pas morte avec l’homme. Sa sÈparation a ÈtÈ ý l’origine de la mort. C’est pourquoi Christ est venu remÈdier ý cette sÈparation, qui existe depuis le commencement, rÈunir les deux, redonner la vie ý ceux qui Ètaient morts dans la sÈparation et les unir. Or la femme s’unit ý l’homme dans la chambre nuptiale. En vÈritÈ ceux qui se sont unis dans la chambre nuptiale ne seront plus jamais sÈparÈs. Ainsi Eve s’est sÈparÈe d’Adam parce qu’elle ne s’Ètait pas unie ý lui dans la chambre nuptiale.
(64b) L’’me (psyche) d’Adam naquit d’un souffle. Le compagnon de son ’me est l’esprit (pneuma). Ce souffle qui lui fut donnÈ est sa mËre. Son ’me fut remplacÈe par un esprit. Lorsqu’il lui fut uni, il prononÁa des paroles qui dÈpassaient les forces naturelles (dynamis). Celles-ci le jalousËrent, privÈes qu’elles Ètaient de ce compagnon spirituel secret, exempt de tout mal, ce qui les privait de la possibilitÈ de la chambre nuptiale...
(65) JÈsus manifesta sur le Jourdain le plÈrÙme du Royaume des cieux. Celui qui Ètait engendrÈ avant toute chose Ètait engendrÈ de nouveau. Lui qui avait ÈtÈ oint, Ètait oint ý nouveau. Celui qui avait ÈtÈ rachetÈ venait en racheter d'autres.
(66) En vÈritÈ, il faut dire un mystËre. Le PËre du tout s'est uni ý la vierge (parthenos) qui Ètait descendue, et un feu l'Èclaira en ce jour. Il apparut dans la chambre nuptiale. C'est pourquoi son corps qui fut produit en ce jour vint de la chambre nuptiale comme produit par le fiancÈ et la fiancÈe (nymphios, nymphË). C'est ainsi que JÈsus a Ètabli toute chose par eux. Il est nÈcessaire que chacun des disciples entre dans son repos.
(67a) Adam est venu ý l’existence gr’ce ý deux vierges, l’Esprit et la terre vierge. C’est pourquoi le Christ naquit d’une vierge pour rectifier la chute qui s’est produite ý l’origine.
(67b) Il y a deux arbres au milieu du jardin. L'un engendre des animaux (thËrion), l'autre engendre des hommes. Adam mangea de l'arbre qui engendrait des animaux. Il devint animal et engendra des animaux. C'est pourquoi les enfants d'Adam adorent (sÈbesthai) des animaux. L'arbre dont Adam a mangÈ le fruit est l'arbre des animaux c’est pourquoi les pÈchÈs furent nombreux ; s’il avait mangÈ... du fruit de l’arbre qui porte des hommes, alors les dieux adoreraient l’homme. Car Dieu ý l’origine avait crÈÈ l’homme, mais maintenant les hommes crÈent des dieux. C’est ainsi qu’il en va dans le monde : les hommes crÈent des dieux et adorent leurs crÈatures. Mais ce sont ces dieux qui devraient adorer les hommes ! Telle est la vÈritÈ.
(68) Les oeuvres de l'homme viennent de sa force naturelle (dynamis). Ce sont ses forces. Ses enfants sont ses œuvres ; ils proviennent d'un moment de repos. Sa force est dans ses œuvres tandis que ce moment de repos se manifeste dans ses enfants. Vous verrez que ceci s'applique ý une image. Voici l'homme d'aprËs l'image: il fait ses œuvres gr’ce ý sa force, mais c'est dans un moment de repos qu'il engendre ses enfants.
(69a) En ce monde, les esclaves travaillent (upËretein) pour les hommes libres ; dans le Royaume des cieux les hommes libres servent (diakonein) les esclaves; les fils de la chambre nuptiale servent les fils du mariage (terrestre, gamos).
(69b)Les fils de la chambre nuptiale n'ont qu'un seul et mÍme nom. Ensemble ils partagent le repos (anapausis)... Ils n'ont pas besoin d’avoir une forme, ils ont l’avantage de la contemplation intÈrieure, la vue intÈrieure...
(70) Ils sont descendus dans l'eau et le Christ les a purifiÈs et rendus parfaits par son nom. Car il a dit : Il nous convient d'accomplir toute justice.
(70b) Ceux qui disent qu’ils vont d'abord mourir et ensuite ressusciter se trompent. S’ils n'obtiennent pas d'abord la rÈsurrection pendant la vie, ils n’obtiendront rien une fois morts. Ils parlent du baptÍme de la mÍme faÁon disant: le baptÍme est une grande chose, ceux qui le reÁoivent vivront.
(71) L’apÙtre Philippe racontait que Joseph le charpentier planta un jardin parce qu’il avait besoin de bois pour son mÈtier. C’est lui qui fit la croix avec les arbres qu’il avait plantÈs, et le fruit de sa semence fut pendu ý ce qu’il avait plantÈ. Le fruit de sa semence Ètait JÈsus et la plante fut la croix. Mais l’arbre de vie est au milieu du jardin et c’est l’olivier, d’o˜ vient l’huile et de l’huile, la rÈsurrection.
(72) Le monde est un mangeur de cadavres, tout ce qui y est mangÈ meurt aussi. La vÈritÈ se nourrit de vie, aussi personne de ceux qui se nourrissent de la vÈritÈ ne mourra. De lý JÈsus est venu apporter de la nourriture, et ý tous ceux qui le veulent il donne la vie afin qu’ils ne meurent pas.
(73) Dieu avait plantÈ un jardin. L'homme y avait ÈtÈ placÈ. Il y avait de nombreux arbres... Dans le lieu o˜ on me dira : mange de ceci, ou ne mange pas de cela, comme tu voudras. Dans le lieu o˜ je mangerai de tout se trouve l'arbre de la connaissance (gnÙsis). C'est lui qui tua Adam, mais c'est lui qui vivifie l’homme. La loi Ètait un arbre. Il avait le pouvoir de donner la connaissance du bien et du mal. Il n'Ècarta pas du mal ni n'Ètablit dans le bien, mais il prÈpara la mort de ceux qui en mangËrent. Car lorsqu'il fut dit: mange de ceci, ne mange pas de cela, ce fut l'origine de la mort.
(74) L'onction est supÈrieure au baptÍme. Car c'est par le mot ´ chrisma ª (onction) que nous avons ÈtÈ appelÈs chrÈtiens et non par le baptÍme, et le nom de Christ vient de ´ chrisma ª. En effet, le PËre a oint le Fils et le Fils a oint les apÙtres, et les apÙtres nous ont oints. Celui qui a ÈtÈ oint possËde le Tout, il possËde la rÈsurrection, la LumiËre, la Croix, l'Esprit Saint. Le PËre lui a donnÈ cela dans la chambre nuptiale et il l'a acceptÈ. Le PËre Ètait dans le Fils et le Fils dans le PËre. Tel est le Royaume des Cieux.
(75a) Le Seigneur l’a bien dit : Quelques-uns entrËrent dans le Royaume des cieux en riant, et ils sortirent.... chrÈtiens.... il descendit dans l’eau et remonta, seigneur du tout....
(75b) Celui qui mÈprise le corps comme un haillon le considËre comme un jouet et le quitte en riant... il en est de mÍme du pain, du calice et de l’huile alors qu’il y a quelque chose d’autre qui leur est supÈrieur.
(76) Le monde est apparu ý la suite d’une faute (paraptÙma). En effet celui qui le crÈa voulait le faire incorruptible et immortel. Mais il Èchoua et ne rÈalisa pas son dÈsir. Car le monde ne fut jamais impÈrissable ni, pour la mÍme raison, celui qui fit le monde.
(77) Les choses ne sont pas incorruptibles mais les fils le sont. Personne ne recevra l’incorruptibilitÈ ý moins de devenir d’abord un fils.
(78) Mais celui qui n’a pas le pouvoir de recevoir, combien davantage sera-t-il incapable de donner.
(79) La coupe de la bÈnÈdiction contient du vin et de l'eau, symboles du sang, ý laquelle on rend gr’ce (eucharistein) et elle est remplie de l'Esprit Saint. Elle est celle de l'Homme parfait tout entier. Si nous en buvons, nous recevrons en nous l'Homme parfait (tÈlÈios).
(80) L'eau vive est un corps. Il est nÈcessaire que nous revÍtions l'homme vivant. C'est pourquoi, si quelqu'un vient et descend dans l'eau, il se dÈvÍt afin de revÍtir celui-lý.
(81) "Un cheval engendre un cheval, un homme engendre un homme, un dieu engendre un dieu. De mÍme du fiancÈ et de la fiancÈe. Ce sont les enfants de la chambre nuptiale. Aucun juif ne descend de parents grecs depuis que la Loi existe. Et de mÍme nous avons ÈtÈ juifs avant d'Ítre chrÈtiens. Il y a un autre peuple, et... il a ÈtÈ appelÈ "le peuple Èlu de l'Esprit Saint", et l'Homme vÈritable et le Fils de Dieu et la semence du Fils de l'Homme. Dans le monde cette race est appelÈe authentique. C'est lý o˜ demeurent les enfants de la chambre nuptiale."
(83,84,85) En ce monde, l'union est entre l’Èpoux et l’Èpouse, la force complÈtÈe par la faiblesse. Dans l'Eon, la forme de l'union est tout autre bien qu'on lui donne les mÍmes noms. Cependant il y a d'autres noms, supÈrieurs ý tous les noms donnÈs, et supÈrieurs aux plus forts. Car ici (ici-bas), il y a la force (bia) et ceux qui apparaissent excellent par leur force. Mais ceux qui sont lý (dans l’Eon) ne sont pas deux choses distinctes, mais une mÍme chose. Ce qui est ici ne pourra pas s’Èlever au-dessus du cœur de la chair.
(86) N'est-il pas nÈcessaire que ceux qui possËdent toute chose se connaissent eux-mÍmes? Quelques-uns, faute de se connaÓtre eux-mÍmes, ne jouiront pas de ce qu'ils possËdent, mais ceux qui se connaÓtront eux-mÍmes jouiront de ce bien.
(87 et 88) Non seulement ils ne pourront pas saisirent l'Homme parfait (teleios) mais ils ne pourront mÍme pas le voir. Car s’ils le voyaient, ils le saisiraient. Il n'y a pas d'autre moyen d'acquÈrir pour soi cette gr’ce (charis) que de revÍtir la lumiËre parfaite et de devenir soi-mÍme lumiËre parfaite. Quiconque la revÍtira entrera dans le royaume. Telle est la lumiËre parfaite et il convient que nous devenions des hommes spirituels parfaits avant de quitter le monde. Celui qui a tout reÁu mais ne s'est pas rendu maÓtre de ces lieux-ci ne sera pas capable d'Ítre maÓtre de cet endroit-lý, mais il ira dans le milieu, Ètant imparfait. Seul JÈsus connaÓt la fin de celui-ci.
(89) L’homme saint est tout ý fait saint, mÍme dans son corps. Car s’il a reÁu le pain, il le consacrera, de mÍme la coupe ou quoi que ce soit d’autre, et comment ne consacrerait-il pas aussi le corps ?
(90) En rendant parfaite l'eau du baptÍme, JÈsus l'a vidÈe de la mort. Ainsi nous descendons dans l’eau mais non dans la mort afin de n’Ítre pas jetÈ dans l’esprit du monde.
(91) Quand l’esprit du monde souffle, il fait venir l’hiver, quand l’Esprit souffle, l’ÈtÈ vient.
(92a) Celui qui a la connaissance de la vÈritÈ est libre. Et l’homme libre ne pËche pas car celui qui commet le pÈchÈ est l’esclave du pÈchÈ.
(92b) La vÈritÈ est la mËre, la connaissance est le pËre.
(92c) Ceux qui ne sont pas concernÈs par le pÈchÈ, le monde les appelle libres. Pensant connaÓtre la vÈritÈ, ils sont orgueilleux, c’est ce que veut dire ici libre.
(93) Mais l’amour Èdifie, et celui qui est devenu vraiment libre par la connaissance devient, par amour, l’esclave de ceux qui n’ont pas pu atteindre la libertÈ de la connaissance. La connaissance les rendra capables de devenir libres.
(94) L’amour ne prend rien. Comment prendrait-il quelque chose, tout lui appartient. Il ne dit jamais : ceci est ý moi, ni cela est ý moi, mais : tout est ý vous.
(95) L'amour spirituel (agapË pneumatikos) est un vin ý l’odeur suave. Tous ceux qui en sont oints en ont un grand plaisir. Lorsque ceux qui sont oints sont prÈsents, ceux qui sont prËs d'eux en profitent. Mais si ceux qui sont oints de cette onction se retirent et s'en vont, alors ceux qui ne sont pas oints et se tenaient simplement prËs d'eux restent dans leur mauvaise odeur.
(96) Le samaritain ne donna rien d'autre ý l'homme blessÈ que du vin et de l'huile; ce n'Ètait rien d'autre que l'onction et il a guÈri les blessures car l'amour couvre une multitude de fautes.
(97) C'est ý celui que la femme aime que ressemblera ceux qu'elle engendrera. Quand c'est son mari, ils ressemblent au mari. Quand c'est un adultËre, ils ressemblent ý l'amant. Souvent quand une femme couche avec son mari par nÈcessitÈ mais que son cœur est auprËs de l'amant, avec lequel elle s'unit habituellement, celui qu'elle engendrera ressemblera ý l'amant. Mais vous, qui Ítes avec le Fils de Dieu, n'aimez pas le monde mais aimez le Seigneur afin que ceux que vous engendrerez ne ressemblent pas au monde mais ressemblent au Seigneur.
(98) L'Ítre humain s'unit ý l'Ítre humain, le cheval au cheval, l'’ne ý l'’ne, les espËces s'unissent ý leurs semblables. Ainsi l'Esprit s'unit ý l'Esprit, le Logos au Logos et la LumiËre ý la LumiËre. Si tu es nÈ humain, c'est un humain qui t'aimera. Si tu deviens un esprit, c'est l'Esprit qui s'unira ý toi. Si tu deviens logos, c'est le Logos qui s'unira ý toi. Si tu deviens lumiËre, c'est la LumiËre qui s'unira ý toi. Si tu deviens ce qui est d'en haut, c'est ce qui est d'en haut qui demeurera en toi. Si tu deviens cheval, ou ’ne, taureau, chien, mouton ou tout autre animal, qui se trouve ý l'extÈrieur et qui est infÈrieur, alors tu ne pourras Ítre aimÈ ni d'un humain, ni de l'Esprit, ni du Logos, ni de la LumiËre, ni de ce qui est d'en haut, ni de ce qui est intÈrieur. Ils ne pourront demeurer en toi et tu ne fais pas partie d'eux.
(99) Celui qui est esclave contre sa volontÈ, pourra devenir libre. Celui qui est devenu libre par la gr’ce de son Seigneur et se rend lui-mÍme esclave ne pourra plus Ítre libre.
(100a) Dans ce monde les plantations nÈcessitent quatre ÈlÈments. On moissone ce qui provient ý la fois de l’eau, de la terre, du vent et de la lumiËre. De mÍme les plantations de Dieu rÈsultent de quatre ÈlÈments : la foi, l’espÈrance, l’amour et la gnose. Notre terre est la foi en qui nous prenons racine, l’eau est l’espÈrance dont nous nous nourrissons ; le vent est l’amour qui nous fait grandir et la lumiËre est la gnose qui nous fait mšrir.
(100b) La gr’ce agit comme un paysan, et les fruits de la semence de ce paysan sont les hommes qui montent vers les hauteurs du ciel.
(101a) Et bienheureux le serviteur qui n’a pas dÈsespÈrÈ une ’me. Celui-ci est JÈsus le Christ. Il s’est prÈsentÈ partout et n’a accablÈ personne. Bienheureux donc celui qui est comme lui parce qu’il est un homme parfait. Il est effectivement la parole (Logos).
(102) Parlez-nous de lui, car c’est difficile d’y rÈussir. Comment rÈussir une si grande chose ? Comment donner le repos ý chacun ? Avant tout il convient de n’affliger aucune personne, soit grande, soit petite, soit croyante, soit incroyante ; ensuite de donner le repos ý ceux qui font le bien.
(103) Certains trouveraient bien de donner le repos ý celui qui a une belle situation (kalos). Mais celui qui fait le bien ne peut pas le donner ý de telles personnes car elles vont ý l’encontre de ce qu’il voudrait. Mais comme il lui est impossible d’affliger quelqu’un, il ne els afflige pas. Il est certain que ceux qui ont une belle situation affligent des gens, non dÈlibÈrÈment mais par leurs dÈfauts (kakia). Celui qui possËde la nature (du bien) donne la joie ý ceux qui sont bons, ce qui affligent certains vilainement.
(104) Un maÓtre de maison avait acquis beaucoup : fils, serviteurs, bÈtail, chiens, porcs, blÈ, orge, paille, fourrage, os, viande et glands. Comme il Ètait avisÈ, il connaissait la nourriture de chacun. Il donnait aux enfants du pain, de l’huile d’olive et de la viande, aux esclaves l’huile de ricin et du blÈ, au bÈtail de l’orge, de la paille et du fourrage, aux chiens des os, aux porcs des glands et des croštes de pain. Il en est ainsi du disciple de Dieu. Si c’est un homme sage, il comprend sa qualitÈ de disciple. Les formes corporelles ne le tromperont pas, il considÈrera l’Ètat de l’’me (psychË) de chacun et parlera ý chacun en consÈquence. Il y a beaucoup d’animaux ý forme humaine dans le monde. Quand il les identifie ý des porcs, il leur jette des glands ; ý des bestiaux, il leur jette de l’orge et de la paille et de l’herbe ; ý des chiens, il leur jette des os ; ý des esclaves, il leur donne ce qui est ÈlÈmentaire ; ý des enfants, ce qui est parfait.
(l05) Il y a le fils de l'Homme, et il y a le fils du fils de l'Homme. Le Seigneur est le fils de l'Homme, et le fils du Fils de l'Homme est celui qui a ÈtÈ fait par le fils de l'Homme. Le fils de l'Homme a reÁu de Dieu le pouvoir de crÈer, et aussi la possibilitÈ d'engendrer.
(106) Celui qui a reÁu le pouvoir de crÈer crÈe une crÈation; celui qui a reÁu le pouvoir d'engendrer engendre un rejeton. Celui qui crÈe n'engendre pas; celui qui engendre crÈe. Celui qui crÈe engendre, dit-on, mais son produit est une crÈation. Ses produits ne sont pas ses rejetons, mais ses images. Celui qui crÈe travaille au grand jour et il est lui-mÍme visible ; celui qui engendre oeuvre dans le secret, il reste lui-mÍme cachÈ. L'engendrÈ n'est pas une image. Celui qui crÈe crÈe visiblement, mais celui qui engendre engendre ses enfants dans le secret.
(107) Personne ne peut savoir quand le mari et la femme s'unissent sauf eux-mÍmes. Car c'est un mystËre que le mariage (gamos) du monde pour ceux qui ont pris femme. Or si le mariage du monde, qui est impur, reste cachÈ, combien plus le mariage immaculÈ est-il un vrai (alÈthinos) mystËre ! Il n'est pas charnel, il est pur. Il appartient non au dÈsir mais ý la volontÈ. Il n'appartient pas aux tÈnËbres ou ý la nuit, mais au jour et ý la lumiËre.
(108) Un mariage accessible au public est de la prostitution (porneia) et la femme, non seulement si elle reÁoit la semence d'un autre homme, mais mÍme si, sortant de sa chambre, elle est vue, commet une impudicitÈ. Elle ne doit se faire voir qu'ý son pËre et ý sa mËre.
(109) A l'ami de l’Èpoux et aux enfants de la chambre nuptiale il est permis de pÈnÈtrer tous les jours dans la chambre nuptiale, mais les autres ne peuvent dÈsirer qu'entendre leur voix, jouir de leur parfum et se nourrir des miettes de pain qui tombent de la table comme les chiens (Matth. 15, 27). Epoux et Èpouses appartiennent ý la chambre nuptiale. Personne ne peut voir l’Èpoux et l’Èpouse ý moins de le devenir soi-mÍme.
(110) Quand Abraham se fut rÈjoui d’avoir vu ce qu’il avait ý voir, il circoncit la chair de son prÈpuce nous montrant qu’il faut dÈtruire la chair.
(111) Bien des choses du monde, tant que leurs racines sont cachÈes demeurent debout et vivent. Si les racines se voient, elles meurent, ý l’exemple de l’homme visible : tant que ses entrailles restent cachÈes, il vit ; si ses entrailles sortent de lui, il meurt. Il en est de mÍme de l’arbre. Tant que ses racines sont cachÈes, il croÓt et fructifie ; si sa racine apparaÓt, il se dessËche. Il en est ainsi de chaque chose nÈe dans le monde, non seulement manifestÈe mais aussi cachÈe. Car tant que la racine du mal est cachÈe, elle est forte mais quand on la reconnaÓt elle est dissoute, quand elle se manifeste elle est dÈtruite. C’est pourquoi la Parole dit : DÈjý la hache est placÈe ý la racine de l’arbre. Elle ne coupera pas car ce qui est coupÈ repousse, mais elle pÈnÈtrera si profondÈment qu’elle extirpera la racine. JÈsus arrache la racine entiËrement alors que d’autres ne le font qu’en partie.
(112) Quant ý nous que chacun creuse jusqu’ý la racine du mal qui est en lui et qu’il l’extirpe de son cœur jusqu’ý la racine. Il ne sera arrachÈ que lorsque nous le reconnaÓtrons. Si nous l’ignorons, il pousse ses racines en nous et porte ses fruits en nos cœurs. Il nous domine, nous sommes ses esclaves, il nous emprisonne au point de faire ce que nous ne voulons pas et de ne pas faire ce que nous vouons. Il est puissant, parce que nous ne le connaissons pas. Tant qu’il existe, il est ý l’œuvre.
(113) L’ignorance est la mËre du mal, l’ignorance entraÓne la mort ; ce que produit l’ignorance n’a jamais existÈ, n’existe pas et n’existera pas. Tandis que ceux qui sont dans la vÈritÈ seront parfaits quand toute la vÈritÈ se rÈvËlera.
(114) Car la vÈritÈ est comme l’ignorance : quand elle est cachÈe, elle se repose en elle-mÍme, mais si elle est rÈvÈlÈe et reconnue elle est louÈe pour autant qu’elle est plus forte que l’ignorance et que l’erreur. Elle donne la libertÈ.
(115) La parole dit : Si vous connaissez la vÈritÈ, la vÈritÈ vous rendra libres.
(116) L’ignorance est esclavage, la connaissance est libertÈ.
(117) Si nous reconnaissons la vÈritÈ, nous rÈcolterons ses fruits au-dedans de nous. Si nous nous unissons ý elle, elle nous fera entrer dans la plÈnitude.
(118a) PrÈsentement nous voyons les manifestations de la crÈation et nous disons : les choses fortes sont hautement estimables et les choses faibles sont cachÈes et mÈprisables. Comparez avec les manifestations de la vÈritÈ : elles sont faibles et mÈprisÈes tandis que, cachÈes, elles sont fortes et estimables.
(118b) Les mystËres de la vÈritÈ sont rÈvÈlÈs sous forme de signes (tupos) et d'images.
(119a) Quant ý la chambre nuptiale, elle demeure cachÈe, elle est le Saint des Saints.
(119b) En effet un voile commence par dissimuler comment Dieu gouverne la crÈation. Mais quand le voile se dÈchire et que l’intÈrieur se manifeste, on abandonne la maison vide, et mÍme on la dÈtruit.
(120) Mais la divinitÈ infÈrieure ne fuira pas de ce lieu vers le Saint des Saints, car elle ne sera pas capable de s’unir ý la lumiËre sans mÈlange ni ý la plÈnitude sans faille, mais se tiendra sous les ailes de la croix et sous ses bras. Cette arche (kibotos) sera son salut lorsque le dÈluge des eaux la submergera.
(121) Si quelques-uns sont dans l’ordre de la prÍtrise, ils pourront pÈnÈtrer derriËre le voile avec le grand-prÍtre.
(122) C’est pourquoi le voile ne s’est pas dÈchirÈ seulement en haut, car il ne se serait ouvert qu’ý ceux d’en haut, ni ne s’est dÈchirÈ seulement en bas, car il ne se serait manifestÈ qu’ý ceux d’en bas. Mais il s’est dÈchirÈ de ´ haut en bas ª. Le haut s’est ouvert pour nous qui sommes en bas afin que nous entrions dans le secret de la vÈritÈ. Voilý vÈritablement ce qui est tenu en haute estime et qui est puissant. Or nous pÈnÈtrerons lý gr’ce ý de vils symboles et ý des choses faibles et basses en vÈritÈ comparÈs ý la gloire parfaite.
(123) Il y a une gloire qui surpasse la gloire, il y a une puissance qui surpasse la puissance. C’est pourquoi la perfection s’est ouverte ý nous avec le secret de la vÈritÈ, et le Saint des Saints s’est manifestÈ et nous avons ÈtÈ conviÈs dans la chambre nutpiale.
(124) Tant qu’il est cachÈ, le mal est efficace et il n’est pas enlevÈ de la semence de l’Esprit, et il y a des esclaves du mal. Mais lorsqu’il se manifeste, alors la LumiËre parfaite se rÈpand sur chacun et tous ceux qui se trouvent en elle recevront l’onction. Alors les esclaves seeront libÈrÈs et les prisonniers seront dÈlivrÈs.
(125) Tout plant que mon PËre qui est dans les cieux n’a pas plantÈ sera dÈracinÈ.
(126) Ceux qui Ètaient sÈparÈs seront unis et comblÈs.
(127) Tous ceux qui entreront dans la chambre nuptiale feront briller la lumiËre car ils ne sont pas comme les mariages qui se font dans la nuit, dont le feu s’allume seulement dans la nuit puis s’Èteint. Mais les mystËres de ce mariage s'accomplissent dans le jour et la lumiËre, ce jour et cette lumiËre qui ne s'Èteignent pas.
(128 et 129) Si quelqu'un devient un fils de la chambre nuptiale, il recevra la lumiËre. Si quelqu'un ne la reÁoit pas tant qu'il est dans ces lieux, il ne pourra la recevoir nulle part ailleurs. Celui qui recevra cette lumiËre-lý ne sera ni vu ni compris, et personne ne pourra l'affliger alors mÍme qu'il sÈjourne dans le monde. Et quand il quittera le monde, il aura dÈjý reÁu la VÈritÈ en images. Et le monde est devenu pour lui l'Eon, car l'Eon est pour lui la plÈnitude (plËrÙma). Et il l'est de cette faÁon: il lui est manifestÈ ý lui seul; il n'est pas cachÈ dans les tÈnËbres ni dans la nuit, mais il est cachÈ dans un jour parfait et dans une lumiËre sainte.
L'Évangile de Philippe - Jean-Yves Leloup
Comme L'Évangile de Thomas, également commenté par Jean-Yves Leloup dans la même collection, L'Évangile de Philippe fait partie des textes apocryphes écrits en copte qui furent trouvés, à partir de 1945, dans les grottes de Nag-Hammadi en haute Égypte.
Cet évangile gnostique du deuxième siècle après J.-c., qui a dû servir de catéchisme à l'usage des initiés, se présente comme un témoignage original sur la vie et l'enseignement du Christ en son temps.
Attribué à l'un des disciples les plus proches de Jésus, il permet de découvrir une figure peut-être plus humaine, très libre dans ses propos et dans ses attitudes vis-à-vis des hommes et des femmes qui l'entourent.
'Le personnage de Marie-Madeleine, « compagne» du Maître, y prend une importance singulière, et l'accent y est mis sur le mariage initiatique entre les principes masculin et féminin, image du retour à l'Unité originelle.
Poche
224 pages
Albin Michel
Spiritualités Vivantes
Présentation de l'éditeur
Jean-Yves Leloup poursuit ici l'édition commentée des évangiles apocryphes faisant partie du corpus dit des Manuscrits de la mer Morte trouvés en 1947, scellés dans des jarres et cachés vers le IVe siècle dans des grottes à Nag Hammadi en Égypte. Ce texte, qui date du IIe siècle après J.-C. et fut présenté comme un catéchisme gnostique, livre des témoignages inédits et originaux sur la vie et l'enseignement du Christ en son temps. Rédigé par un des disciples proches de Jésus, il permet de découvrir une figure peut-être plus humaine et moins mythique, dans sa proximité philosophique et physique avec ses disciples hommes et femmes. On retrouve dans cet évangile, qui recèle des paroles dont la fulgurance souligne l'authenticité, le personnage de Marie-Madeleine et l'importance de sa présence dans la vie de l'Enseigneur.
L'auteur vu l'éditeur
Jean-Yves Leloup, théologien orthodoxe, est fondateur de l’Institut pour la rencontre et l’étude des civilisations, et du Collège international des thérapeutes. Il est l’un des pionniers de la psychologie transpersonnelle en Europe. Il a publié de nombreux ouvrages chez Albin Michel, dont l’Évangile de Jean, l’Évangile de Thomas, Écrits sur l’hésychasme, Paroles du mont Athos, l’Enracinement et l’ouverture, Manque et Plénitude, Prendre soin de l’Être, L’Évangile de Marie, L’Absurde et la Grâce, Un art de l’attention (tous ces titres sont actuellement en poche), Les Livres des morts (« La Bibliothèque spirituelle »), et Introduction aux « vrais philosophes » (« La Pensée et le sacré »).
27 mai 2006
Évangile de Marie.
(les six premières pages semblent manquer.)
[PAGE 7 ]
" Qu'est-ce que la matière ?
Durera-t-elle toujours ?
" Le Maître répondit: " Tout ce qui est né, tout ce qui est crée, tous les éléments de la nature sont imbriqués et unis entre eux.
Tout ce qui est composé sera décomposé ; tout reviendra à ses racines ; la matière retournera aux origines de la matière.
Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. "
Pierre lui dit:
" Puisque Tu te fais l'interprète des éléments et des événements du monde, dis-nous: Qu'est-ce que le péché du monde ?
" Le Maître dit: " Il n'y a pas de péché.
C'est vous qui faites exister le péché lorsque vous agissez conformément aux habitudes de votre nature adultère là est le pêché.
Voilà pourquoi le Bien est venu parmi vous ; Il a participé aux éléments de votre nature afin de l'unir de nouveau à ses racines. " Il continua et dit : " Voici pourquoi vous êtes malades et pourquoi vous mourrez, c'est la conséquence de vos actes ; vous faites ce qui vous éloigne... Comprenne qui pourra ! "
[PAGE 8]
" L'attachement à la matière engendre une passion contre nature.
Le trouble naît alors dans tout le corps; c'est pourquoi je vous dis : «Soyez en harmonie...»
Si vous êtes déréglés, inspirez-vous des représentations de votre vraie nature. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. "
Après avoir dit cela, le Bienheureux les salua tous en disant : " Paix à vous, que ma Paix naisse et s'accomplisse en vous !
Veillez à ce que personne ne vous égare en disant : «Le voici, Le voilà.»
Car c'est à l'intérieur de vous qu'est le Fils de l'Homme; allez à Lui: ceux qui Le cherchent Le trouvent
En marche ! Annoncez l'Évangile du Royaume. "
Évangile de Marie.
[PAGE 9]
" N'imposez aucune règle, hormis celle dont je fus le Témoin.
N'ajoutez pas de lois à celles de celui qui a donné la Loi, afin de ne pas en devenir les esclaves.
" Ayant dit cela, Il partit.
Les disciples étaient dans la peine; ils versèrent bien des larmes, disant: " Comment se rendre chez les païens et annoncer l'Évangile du Royaume du Fils de l'Homme ?
Ils ne l'ont pas épargné, comment nous épargneraient-ils ? "
Alors, Marie se leva, elle les embrassa tous et dit à ses frères:
" Ne soyez pas dans la peine et le doute, car Sa Grâce vous accompagnera et vous protégera: louons plutôt Sa grandeur, car Il nous a préparés.
Il nous appelle à devenir pleinement des êtres humains.
" Par ces paroles, Marie tourna leurs cÏurs vers le Bien ; ils s'éclairèrent aux paroles du Maître.
[PAGE 10]
Pierre dit à Marie:
" SÏur, nous savons que le Maître t'a aimée différemment des autres femmes.
Dis-nous les paroles qu'Il t'a dites, dont tu te souviens et dont nous n'avons pas la connaissance...
" Marie leur dit :
" Ce qui ne vous a pas été donné d'entendre, je vais vous l'annoncer: j'ai eu une vision du Maître, et je Lui ai dit: «Seigneur, je Te vois aujourd'hui dans cette apparition.»
II répondit : S «Bienheureuse, toi qui ne te troubles pas à ma vue.
Là où est l'intellect, là est le trésor.»
Alors, je Lui dis: «Seigneur, dans l'instant, celui qui contemple Ton apparition, est-ce par l'âme qu'il voit ? Ou par l'esprit ?»
Le Maître répondit: Ni par l'âme ni par l'esprit ; mais l'intellect étant entre les deux, c'est lui qui voit et c'est lui qui [...]»
(Les quatre pages suivantes semblent manquer.)
Évangile selon Marie.
[PAGE 15]
" «Je ne t'ai pas vu descendre, mais maintenant je te vois monter «, dit le Désir,
« Pourquoi mens-tu, puisque tu fais partie de moi ?
« L'âme répondit: « Moi, je t'ai vue, toi, tu ne m'as pas vue.
Tu ne m'as pas reconnue; j'étais avec toi comme avec un vêtement, et tu ne m'as pas sentie.
« Ayant dit cela, elle s'en alla toute joyeuse.
Puis se présenta à elle la troisième atmosphère, appelé Ignorance ;
celle-ci interrogea l'âme, lui demandant: « Où vas-tu ?
N'as-tu pas été dominée par un mauvais penchant ?
Oui, tu étais sans discernement, et tu as été asservie.
« L'âme dit alors : « Pourquoi me juges-tu ?
Moi je n'ai pas jugé. On m'a dominée, moi je n'ai pas dominé ; on ne m'a pas reconnue, mais moi, j'ai reconnu que tout ce qui est composé sera décomposé sur la terre comme au ciel. «
[PAGE 16]
Libérée de cette troisième atmosphère, l'âme continua de monter.
Elle aperçut la quatrième atmosphère.
Elle avait sept manifestations.
La première manifestation est Ténèbres;
la seconde, Désir ;
la troisième, Ignorance;
la quatrième, Jalousie mortelle;
la cinquième, Emprise charnelle;
la sixième, Sagesse ivre;
la septième, Sagesse rusée.
Telles sont les sept manifestations de la Colère qui oppriment l'âme de questions :
« D'ou viens-tu, homicide ? Ou vas-tu, vagabonde ?
« L'âme répondit: « Celui qui m'opprimait a été mis a mort ; celui qui m'étreignait n'est plus ; mon désir alors s'est apaisé, et je fus délivrée de mon ignorance. «
[PAGE 17]
« Je suis sortie du monde grâce à un autre monde ;
une représentation s'est effacée Grâce a une représentation plus haute.
Désormais je vais vers le Repos où le temps se repose dans l'Éternité du temps.
Je vais au Silence «. " Après avoir dit cela, Marie se tut.
C'est ainsi que le Maître s'entretenait avec elle.
André prit alors la parole et s'adressa à ses frères:
" Dites, que pensez-vous de ce qu'elle vient de raconter? Pour ma part, je ne crois pas que le Maître ait parlé ainsi; ces pensées diffèrent de celles que nous avons connues. "
Pierre ajouta : " Est-il possible que le Maître se soit entretenu ainsi, avec une femme, sur des secrets que nous, nous ignorons ?
Devons-nous changer nos habitudes, écouter tous cette femme ?
L'a-t-Il vraiment choisie et préférée à nous ? "
[PAGE 18]
Alors Marie pleura.
Elle dit a Pierre: " Mon frère Pierre, qu'as-tu dans la tête ?
Crois-tu que c'est toute seule, dans mon imagination, que j'ai inventé cette vision ? ou qu'à propos de notre Maître je dise des mensonges ?
" Levi prit la parole : " Pierre, tu as toujours été un emporté ;
je te vois maintenant t'acharner contre la femme, comme le font nos adversaires.
Pourtant, si le Maître l'a rendue digne, qui es-tu pour la rejeter ?
Assurément, le Maître la connaît très bien
Il l'a aimée plus que nous.
Ayons donc du repentir, et devenons l'être humain dans son intégrité ;
laissons-Le prendre racine en nous et croître comme Il l'a demandé.
Partons annoncer l'Évangile sans chercher a établir d'autres règles et d'autres lois en dehors de celle dont Il fut le témoin. "
[PAGE 19]
Dès que Levi eut prononcé ces mots, ils se mirent en route pour annoncer
l'Évangile.
L'Evangile de Marie
(sous la direction de Jean-Yves LELOUP)
Quatrième de couverture
Outre les Evangiles de Matthieu, Marc, Luc, Jean, on peut aujourd'hui méditer ceux de Philippe, Pierre, Barthélemy et, plus particulièrement celui de Thomas. Mais il en est un, l'Evangile de Marie, qui demeure pratiquement ignoré du grand public. La première rédaction de cet Evangile, traduit et commenté ici par Jean-Yves Leloup, théologien orthodoxe et philosophe, se situerait aux alentours de l'an 150, il s'agitait donc, comme les autres Evangiles, d'un des textes primitifs du christianisme. Il est attribué à Myriam de Magdala, cette Marie-Madeleine qui fut le premier témoin de la Résurrection, Myriam y apparaît sous un jour nouveau. Elle n'est pas seulement la pécheresse dont nous parlent les Evangiles canoniques et les traditions récentes, mais aussi l'amie intime de Yeshoua, " l'initiée " qui transmet ses enseignements les plus subtils...
Commentaire Amazon
Si les évangiles canoniques (à savoir reconnus par le Canon théologique des églises chrétiennes) sont au nombre de quatre, il existe par ailleurs d'autres évangiles, des évangiles "sauvages", d'une richesse spirituelle et d'une beauté littéraire tout aussi grande. Citons ceux de Philippe, de Pierre, de Thomas et de Barthélemy. C'est un "évangile" attribué à Marie-Madeleine, Myriam de Magdala, cette pécheresse repentie qui fut la première à être témoin de la résurrection du Christ, que nous présente aujourd'hui Jean-Yves Leloup, théologien orthodoxe, spécialiste de spiritualité et philosophe. Daté de 150 après Jésus-Christ, présenté dans son texte grec, accompagné d'une traduction en regard et d'un commentaire approfondi, ce texte apparaît à bien des égards comme porteur d'une "scandaleuse" nouveauté. En effet, le Christ s'y montre capable d'intimité charnelle et spirituelle avec une femme, intimité qui permet de relativiser la réprobation chrétienne à l'égard de la sexualité. Si l'humanité de Jésus est évoquée sur le mode tragique par les autres apôtres, elle apparaît là enrichie d'une nouvelle dimension : celle du désir, de l'union avec l'autre féminin. Ce texte permet donc de réintroduire, dans la vision chrétienne du monde, des dimensions qui en avaient été exclues (la chair, le désir) ou limitées (la femme cantonnée à sa fonction maternelle). Cette autre "Annonce faite à Marie" porte, à une époque où la place de la femme et le célibat des prêtres sont plus que jamais discutés au sein de l'Église, un message d'ouverture et de renouvellement.
Les circonstances de la découverte de ce texte et un long commentaire s'ajoutent au texte copte de l'Evangile selon Marie-Madeleine et sa traduction française.
26 mai 2006
Jésus était-il marié à Marie-Madeleine ?
11 mai 2006
Pour Dan Brown, Jésus et Marie-Madeleine auraient été mariés. Il se fonde pour cela sur les évangiles gnostiques, des textes incomplets, sujets à toutes les interprétations, et qui, dans leur contexte culturel, laissent entendre que si union il y eut, elle ne fut que mystique.
Ce que dit le Da Vinci Code"Et le Sauveur avait pour compagne Marie-Madeleine. Elle était la préférée du Christ qui l’embrassait souvent sur la bouche." [...]
-on n’y parle pas de mariage, dit Sophie.
-Au contraire [...] en araméeen, le mot compagne signifiait épouse.
(chapitre 58, page 308)
L’évangile de Philippe : la preuve ?
Dans le texte original de l’évangile apocryphe de Philippe, les preuves de cette relation sont plus que minces. Des mots manquent, de sorte qu’il est difficile d’affirmer qu’il y eut relation charnelle :
"Et le compagnon des [...] Marie de Magdala. [...] elle plus que [...] les disciples [...] l’embrasse [...] sur sa [...]." Dan Brown pourtant complète le texte de façon à lui faire dire :
"Et le Sauveur avait pour compagne Marie Madeleine. Elle était la préférée du Christ, qui l’embrassait souvent sur la bouche." (chapitre 58). Dan Brown d’ajouter : "Comme le confirmeront tous les spécialistes, en araméen, le mot ’compagne’ signifiait ’épouse’." (chapitre 58).
Or, le texte en question n’est pas écrit en araméen, mais en copte... et rédigé bien après les évangiles canoniques et les évènements en question, dans une société gnostique. Pour les gnostiques, chez qui la sexualité est méprisée, les relations homme-femme se comprennent en terme de "compagnonnage" pour la préparation du salut . Le sens du mot "compagne" est ici celui de "collaboratrice".
Jésus célibataire ?
Dan Brown affirme que "un Jésus marié est beaucoup plus vraisemblable qu’un Jésus célibataire [...] parce qu’il était juif et que la société juive de son époque proscrivait, dans les faits, le célibat" (chapitre 58). Mais il oublie une tradition attestée par la Bible, telle la vie du prophète Jérémie si entièrement consacrée à Dieu qu’il ne s’est pas marié. Jean-Baptiste non plus. Dans le contexte de l’époque, ce choix, quoique rare, était possible.
Le baiser de Jésus ?
C’est sur le baiser supposé de Jésus à Marie Madeleine que l’auteur bâtit la thèse de leur relation charnelle.
Le baiser de Jésus à Marie Madeleine dans l’évangile selon Philippe constitue-t-il une preuve qu’ils étaient mariés ? Certainement pas ! Nous avons affaire là à un texte apocryphe et gnostique. Or, savez-vous que pour les gnostiques, le mariage était un péché ? Ils avaient une horreur absolue du corps, alors ce baiser ne peut être que de l’ordre de l’initiation, du compagnonnage. En d’autres termes, le Da Vinci Code s’appuie sur des textes gnostiques qui exècrent la chair et les relations charnelles pour accuser Jésus d’avoir des relations hiérogamiques (union sacrée) avec Marie Madeleine.Tous les gnostiques de la terre se retournent dans leurs tombes !
P. Joseph-Marie Verlinde
Les nombreuses images symboliques de "baisers" et "d’étreintes" contenues dans l’évangile de Philippe signifient, vu le contexte gnostique de ce texte, la transmission du souffle à l’initié, et expriment la relation mystique entre l’âme et Dieu,non un mariage humain.
La descendance de Marie-Madeleine ?
11 mai 2006
Rien dans les évangiles canoniques ni dans les écrits apocryphes chrétiens n’évoque une quelconque descendance de Jésus et Marie-Madeleine. Dan Brown a en fait puisé son inspiration dans divers écrits ésotériques ou romancés contemporains, reposant sur l’histoire d’un prêtre français de la fin du XIXè siècle.
Ce que dit le Da Vinci CodeJésus n’était pas seulement marié, il était père ! Marie-Madeleine était véritablement le Vase sacré, porteuse du fruit d’une union royale !
(chapitre 58, page 312)
Selon Dan Brown, le saint Graal n’est pas la coupe du sang du Christ, mais le sein de Marie-Madeleine contenant la descendance charnelle du Christ.
Sources historiques ?
Toutes les "sources" bibliques et théologiques avancées par l’auteur le prouveraient : les manuscrits de la mer Morte découverts à partir de 1947, les documents gnostiques d’Hag Hammadi découverts en 1945, le document Q, les évangiles apocryphes, les manigances de l’empereur Constantin, l’attitude de Jésus à l’égard des femmes et de Marie-Madeleine en particulier, le culte païen mais toujours actuel du "féminin sacré"....
MAIS... tous les spécialistes et scientifiques sont unanimes : rien dans les évangiles canoniques ni dans les écrits apocryphes chrétiens n’évoque une quelconque descendance de Jésus et Marie-Madeleine. Alors quelles sources Dan Brown a-t-il utilisées ?
L’histoire de l’Abbé Saunière
1885 : un dimanche, devant des paroissiens médusés, le jeune abbé Béranger Saunière, curé du village de Rennes le Château, vilipende la République accusée de détruire la religion et se met du côté des royalistes. L’Etat lui retire son salaire pour trois ans, mais pas la célébrité... La comtesse de Chambord, veuve du prétendant au trône de France, remplit sa besace, ainsi que nombre de familles nobles. Le voilà riche. L’évêque veut le déplacer, mais l’abbé use de son droit d’inamovibilité. Non content de restaurer l’église, il se construit une solide demeure et une tour ! On jase. À sa mort, la maison ne revient pas au diocèse, mais à sa gouvernante... Après la mort de la gouvernante, son ami, Noël Corbu, désargenté, fait courir des rumeurs sur l’origine de la fortune de Saunière.
La naissance de la légende
En effet, bon latiniste, l’Abbé occupait ses loisirs à mener des travaux d’érudition. Il aurait ainsi découvert non seulement de l’or (le Trésor des Templiers), mais surtout un manuscrit révélant Le secret : le mariage de Jésus et de Marie-Madeleine ; de cette union serait née une fille, ancêtre de Clovis et des Mérovingiens. Découverte qui aurait assuré la fortune de l’abbé. Déjà en 1967, les rumeurs villageoises relayées par des farceurs avaient donné matière à un livre publié par Gérard de Sède, L’Or de Rennes ou la Vie insolite de Béranger Saunière. L’auteur prétend avoir retrouvé la généalogie des Mérovingiens jusqu’au Christ. Puis en 1982, L’Énigme sacrée, Best seller américain de Henry Lincoln, Michael Baigent et Richard Leigh, a repris ces spéculations.
Ces livres sont les vraies sources de Da Vinci Code : rien d’attesté ni de vérifié. D’ailleurs, Baigent et Leigh ont porté plainte pour contrefaçon auprès de la cour de Justice britannique, contre Random House, l’éditeur du Da Vinci Code.
Trois femmes en une ?
11 mai 2006
Marie-Madeleine, prostituée ?
Ce n’est pas la thèse de l’Eglise des premiers chrétiens, ni encore aujourd’hui de l’Eglise orthodoxe. L’amalgame entre plusieurs "Marie" (la pécheresse, Marie de Magdala, Marie de Béthanie) a été fait plus tard dans l’Eglise d’Occident avec le pape Grégoire le Grand, mais dans un but d’évangélisation : elle symbolise en effet l’humanité sauvée. La fusion des trois Marie permet de reconnaître et d’imiter, réunies en une seule personne, la conversion, la contemplation et l’annonce du mystère pascal de la mort et de la résurrection de Jésus.
Ce que dit le Da Vinci CodeC’est pour se défendre du pouvoir de Marie-Madeleine que l’Eglise de Rome a propagé son image de prostituée.
chapitre 60
Entre Marie de Magdala, Marie de Béthanie et la femme pécheresse, il est difficile de s’y retrouver.
Un point s’impose
Marie-Madeleine (appelée Marie de Magdala) est évoquée à la fois dans l’Evangile de Luc : " Marie, appelée la Magdaléenne, de laquelle sont sortis sept démons "(Evangile de Luc, 8, 2), et dans l’évangile de Matthieu, dans les récits de la crucifixion (Mt 27, 56). Mais on la retrouve aussi chez Marc, au matin de la résurrection (Marc 16, 1) et chez Jean, lors de la première apparition de Jésus ressuscité (Jean 20, 11-18).
Elle semble représenter la personne de l’Eglise qui a cru en Jésus-Christ quand il fut remonté vers son Dieu.
Saint Augustin d’Hippone
Marie de Béthanie, quant à elle, accueille Jésus avec sa sœur Marthe (Evangile de Luc 10, 38-42). Elle est présente lors de la résurrection de Lazare, son frère (Jean 11, 1) et le jour où elle versa un parfum de grand prix sur les pieds de Jésus, les essuyant ensuite avec ses cheveux (Jean 12, 1-8).
Luc mentionne par ailleurs une femme, qualifiée de pécheresse, qui effectua ces mêmes gestes (Luc 7, 36-38).
Nous revoilà au point de départ du "qui est qui" ?
Dans l’Eglise d’Occident et jusqu’à la réforme du calendrier liturgique, on a réuni les trois figures en une ; en effet, en 591, le pape Grégoire le Grand aborda cette question dans une homélie, et finalement amalgama en une seule ces trois femmes. C’était dans le but de présenter Marie-Madeleine comme modèle pour les chrétiens : elle avait laissé entrer dans sa vie la miséricorde aimante de Jésus et en avait été transformée.
Grégoire le Grand "invente" Marie-Madeleine par souci d’évangélisation.
A la fin du Vème siècle, les invasions touchent à leur fin. les barbares, installés dans l’ancien empire romain, ne sont pas chrétiens, loin s’en faut. Madeleine aura le visage de l’Eglise dont rêve Grégoire : une Eglise de paix, qui entretient une relation amoureuse avec le Christ, à l’image de Marie-Madeleine.
Qui mieux que l’ancienne pécheresse peut symboliser le pardon et la réconciliation, après des temps troublés où chacun a passé son voisin par le fil de l’épée ?
Mais voilà désormais Marie de Magdala indissolublement liée à la pécheresse, la femme de la Résurrection avec celle de la mauvaise vie. En effet, seule cette union des contraires laisse place à un renversement, un bouleversement, une conversion. Marie-Madeleine vivra comme pécheresse convertie pour exhorter les chrétiens à changer de vie et à purifier leurs moeurs.
Régis Burnet
Dans l’Eglise orthodoxe, en revanche, les trois Marie réunies par Grégoire le Grand ont toujours été distinctes : Marie-Madeleine y est particulièrement vénérée comme la " porteuse de myrrhe" (pour oindre les morts) et "égale des apôtres".
A qui Jésus a-t-il confié l’Eglise ?
17 mai 2006
Le roman suggère une Marie-Madeleine dépositaire du gouvernement de l’Eglise.
Pourtant, dans l’Evangile de Marie, rien de tout ça : Marie-Madeleine y est chargée -rôle considérable- d’encourager les apôtres à mettre en pratique les paroles du Christ.
Ce que dit le Da Vinci CodeSelon ces évangiles non modifiés, ce n’est pas à Pierre que le Christ a confié l’Eglise mais à Marie-Madeleine.
(chapitre 58, page 310)
On peut lire chapitre 58, page 310 : "Alors Pierre dit : Est-il possible que le maître se soit entretenu ainsi avec une femme sur des secrets que nous nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, et tous écouter cette femme ? L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ? Et Lévi répondit : "Pierre, tu as toujours été un emporté à t’emporter. Je te vois maintenant acharné contre la femme, comme le sont nos adversaires. Pourtant, si le Maître l’a agréée, qui es-tu pour la rejeter ? Assurément, le Seigneur la connaît très bien. Il l’a aimée plus que nous." Et le roman de poursuivre : "[...] -la première communauté chrétienne aurait dû être dirigée par une femme ?
Exactement. Jésus fut le premier féministe de l’histoire. Il voulait confier l’avenir de son Eglise à une femme. "
L’évangile de Marie (Madeleine)
Cet extrait de l’évangile de Marie (de Magdala) est en fait le premier traité d’un manuscrit gnostique copte du 2ème siècle, découvert chez un antiquaire du Caire à la fin du XIXème siècle.
Marie-Madeleine apparaît dans cet évangile comme la médiatrice et la messagère d’un enseignement non pas scripturaire mais gnostique. Elle se tient au-dessus des apôtres. Ce qui d’ailleurs ne signifie pas dans un contexte d’initiés, une relation amoureuse entre le Christ et elle, mais le rapport privilégié entre le maître et la disciple digne d’accéder à la connaissance. Agnès Jauréguibéhère
Marie Madeleine, apôtre des apôtres
Dans cet évangile apocryphe, Marie-Madeleine joue un rôle considérable. Elle encourage les apôtres à mettre en pratique des paroles du Christ que Pierre lui demande de leur faire connaître. Elle raconte alors une longue vision du Seigneur qui lui aurait dit : "Bénie sois-tu puisque tu n’a pas hésité à ma vue". André et Pierre sont sceptiques. D’où la déclaration de Pierre citée par le livre. D’où la conclusion selon laquelle le Christ aurait confié le gouvernement de l’Eglise à Marie-Madeleine, et non pas à Pierre.
Et dans les évangiles canoniques aussi, la place accordée à Marie-Madeleine est primordiale. Elle est présente au Calvaire, le lieu où Jésus a été crucifié, selon les évangiles de Marc, Matthieu et Jean. Puis au Sépulcre, le tombeau dont elle trouvera la pierre roulée.
Elle est la première personne à qui Jésus se montre ressuscité et à qui il demande d’annoncer sa résurrection aux apôtres. En allant, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, répandre la Bonne Nouvelle de la victoire de la mort sur la vie, elle est l’apôtre par excellence.
Agnès Jauréguibéhère
hommenouveau.fr
Décoder Da Vinci Code, Paris, Ed. de L’Homme Nouveau, Coll. Sur le vif, juin 2005, 44 p., 5 €.
Professeur de philosophie durant plusieurs années, Agnès Jauréguibéhère a été responsable des numéros spéciaux du journal "L’Homme Nouveau". Elle s’intéresse particulièrement aux problèmes de société et à ceux relevant de l’éthique.
Marie-Madeleine, au delà des légendes (livre)
Amy Welborn
Année : 2006
Editeur : Le Forum
ISBN : 2916053077
Nombre de pages : 162
Présentation
Ce livre est une introduction très élémentaire aux faits et à la fiction qui entourent Marie-Madeleine. Nous explorerons ce que l’Écriture a à dire sur son identité et son rôle dans le christianisme apostolique. Nous verrons comment, juste après cette période apostolique, elle fut adoptée par un mouvement qui remodela son image afin de soutenir leur propre programme théologique, une dynamique que nous voyons étrangement et, sans ironie, se répéter aujourd’hui. Nous verrons comment le christianisme occidental et oriental l’ont décrite, honorée et ont été inspirées par elle, ainsi que comment leurs histoires ont divergé. Au Moyen Age, dans l’Occident, l’histoire de Marie-Madeleine sert, en particulier, à enseigner aux chrétiens les notions de péché et de pardon : comment se repentir avec l’espérance du salut ouvert à tous. Elle fait des apparitions fréquentes dans l’art, la littérature et le théâtre religieux de l’époque. Elle sert d’inspiration pour beaucoup de femmes et filles qui se livraient à la prostitution ou étaient simplement très démunies. Elle inspire les franciscains et les dominicains dans leurs efforts pour prêcher la réforme et la repentance. Tout cela semble très positif et l’est, de fait, dans l’ensemble. Ce n’est pas, en revanche, l’idée que nous recevons de certains commentateurs contemporains sur l’image historique de Marie-Madeleine. Ce livre fait le trie entre réalité, fiction et pure invention.
Amy Welborn
25 mai 2006
Le Da Vinci Code décodé pour les chrétiens
mars 2006
A l'occasion de la sortie de son ouvrage "Da Vinci Code expliqué à ses lecteurs", croire.com a rencontré Bernard Sesboüé, jésuite.
Il a axé son ouvrage sur le plan de la foi chrétienne. Il explique comment Dan Brown, l'auteur de Da Vinci Code, procède. Il démonte ainsi amalgames et associations de vérités historiques jusqu'à l'imposture, en cinq chapitres :
- Un roman ou un livre d'histoire ?
- Jésus et Marie-Madeleine,
- Peut-on faire confiance à la Bible ?
- Jésus était-il le Fils de Dieu ?
- L'Eglise n'a-t-elle fait que fabriquer des mensonges ?
aux éditions du Seuil, 6€
vidéo du reportage
http://www.croire.com/mm/illustrations/Multimedia/Croire/2006/entretiens/20060330_sesboue.wmv
Le DA VINCI CODE expliqué à ses lecteurs. Où est le vrai ? Où est le faux ? Jésus et Marie-Madeleine ont-ils eu un enfant ensemble ? L'Eglise nous cache-t-elle la vérité depuyis 2000 ans ? Comment faire la part entre le roman et l'histoire ? Qui croire ? Que croire ?
Bernard Sesboüé se propose de revenir sur l'essentiel : la Bible. C'est à la lumière des Evangiles que les fausses révélations du da Vinci code sont examinés une à une. Pour la première fois un théologien se prononce sur le roman de Dan Brown et rétablit quelques vérités sur le christiannisme, l'Eglise et la foi.
Bernard Sesboüé, Jésuite et théologien reconnu, est professeur émérite à la faculté de théologie du Centre-Sèvres à Paris.
(4ème de couverture)
Da Vinci, le film mystificateur
Le Da Vinci Code est un phénomène mondial. Vendu a des millions d'exemplaires, le roman de Dan Brown a engendré une véritable industrie : imitations d'un côté, démystification de l'autre. Et pour finir, une version cinématographique où se sont impliqués les plus grands d'Hollywood, comme le réalisateur Ron Howard et l'acteur Tom Hanks. Qu'y a-t-il a redire? Pour les lecteurs et spectateurs qui s'intéressent à l'Histoire, la religion et l'art, la réponse c'est “beaucoup”. Le Da Vinci Code est un mélange de fiction et – d'après ce que dit sa première page – de faits réels. C'est un thriller qui met en scène de fascinantes théories sur Jésus, Marie-Madeleine, les débuts du christianisme et l'art. Cet ouvrage répond à 100 questions simples que tous les spectateurs ou lecteurs se sont posé devant le Da Vinci Code. • Quelle est la vérité sur la personne de Jésus et sur sa vie publique ? • Jésus était-il marié à Marie Madeleine ? • Des écrits gardés secrets et « exclus » de la Bible contiennent-ils la vérité sur Jésus, Marie Madeleine et le « féminin sacré » ? • Qu’est ce que l’Opus Dei ? • Le prieuré de Sion a-t-il réellement existé ? • Qui était Léonard De Vinci ? Un ouvrage clair et honnête pour tous ceux qui en quelques pages veulent en savoir plus sur la vague commerciale du Da Vinci.
un site nouveau pour découvrir le message secêt de Jésus (articles, podcasts, forum)
23 mai 2006
Ecrits apocryphes chrétiens - texte évangile de Thomas
source
(sous la direction de François BOVON et Pierre GEOLTRAIN)
Quatrième de couverture
Ce volume contient les textes suivants : Sur Jésus et Marie : Prédication de Pierre - Évangile selon Thomas - Évangile secret de Marc - Protévangile de Jacques - Évangile de l'enfance du Pseudo-Matthieu - Livre de la nativité de Marie - Dormition de Marie du Pseudo-Jean - Histoire de l'enfance de Jésus - Vie de Jésus en arabe - Évangile de Pierre - Questions de Barthélemy - Livre de la Résurrection de Jésus-Christ par l'apôtre Barthélemy - Épîtres des apôtres - Fragments évangéliques. Visions et révélations : Ascension d'Isaïe - Apocalypse d'Esdras - Apocalypse de Sedrach - Visions d'Esdras - Cinquième livre d'Esdras - Sixième livre d'Esdras - Odes de Salomon - Apocalypse de Pierre - Apocalypse de Paul - Livre de la révélation d'Elkasaï. Sur Jean-Baptiste et les apôtres : Actes d'André - Actes de Jean - Actes de Pierre - Actes de Paul - Actes de Philippe - Actes de Thomas - Doctrine de l'apôtre Addaï - Légende de Simon et Théonoé - Éloge de Jean-Baptiste - Correspondance de Paul et de Sénèque.
Édition publiée sous la direction de François Bovon et de Pierre Geoltrain, traduit de différentes langues par Daniel A. Bertrand, Rita Beyers, Anne Boud'hors, Bertrand Bouvier, François Bovon, Michel Cambe, Luigi Cirillo, Alain Desreumaux, Danielle Ellul, Albert Frey, Charles Genequand, Pierre Geoltrain, Claudio Gianotto, Jan Gijsel, Éric Junod, Jean-Daniel Kaestli, Claude-Claire et René Kappler, Paolo Marrassini, Simon C. Mimouni, Françoise Morard, Enrico Norelli, Flavio G. Nuvolone, Jacques-Noël Pérès, Marie-Joseph Pierre, Paul-Hubert Poirier, Jean-Marc Prieur, Willy Rordorf, Yves Tissot et Sever J. Voicu. Index établis par Server J. Voicu.
Commentaire Amazon
Traduction française d'écrits apocryphes constituant un vaste recueil de ces textes sur Jésus et Marie, sur Jean-Baptiste, sur les apôtres, sur des visions et révélations et autres sujets, composés dans les cinq premiers siècles de l'Eglise.
1782 pages
Gallimard
Bibliothèque de la Pléiade
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Evangiles apocryphes
(sous la direction de France QUERE)
Quatrième de couverture
Des paroles de Jésus oubliées par les évangiles canoniques, une histoire de la Vierge Marie à laquelle l'Eglise, sans toujours citer ses sources, donnera une grande importance théologique, l'agonie de saint Joseph, l'enfance agitée de Jésus, les récits détaillés de son procès, de sa passion et de son séjour chez les morts, tels sont les évangiles apocryphes. Quel intérêt présentent-ils ? Réminiscences de faits authentiques ? Rêveries populaires ? Documents historiques sur la piété des trois premiers siècles ? Témoignage sur l'émergence et les spéculations des sectes primitives ? Les apocryphes répondent oui à toutes ces questions. Ils sont, en cela, déjà, les témoins du débat entre la soumission de la foi et le discours de l'imaginaire. Presque tous les plus anciens évangiles apocryphes ont été ici réunis et présentés par France Quéré, qui livre en outre une traduction nouvelle et intégrale des textes grecs.
Commentaire Amazon.fr
Tirée de la multitude des écrits apocryphes, voici une traduction nouvelle et intégrale des Evangiles apocryphes les plus anciens à l'exclusion de l'Evangile selon Philippe, trop long et fastidieux et du récit abscons et presque intraduisible, l'Evangile de Barthélemy.
Poche
183 pages
Seuil
Points Sagesses
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Evangile selon Thomas - Evangile copte de Thomas
(sous la direction de Jean-Yves LELOUP)
Présentation de l'éditeur
L'Evangile selon Thomas fut découvert en 1945 aux environs de Nag Hammadi. C'est une collection de 114 logia ou "paroles nues" attribuées à Jésus le Vivant. Cet Evangile fut diversement reçu parla critique, si bien qu'à peine sorti de terre, il fut de nouveau recouvert par le sable mouvant des gloses et des polémiques...
Mais la parole respirait sous la cendre... II importait d'y retrouver l'étincelle cachée afin d'y réveiller - comme au jour de Pentecôte - le feu de son âme.
Cette nouvelle traduction, suivie de son commentaire, n'a pas d'autre but. Elle est dédiée à tous ceux pour qui Evangile signifie Amour et Connaissance, invitation à la Liberté.
Poche
254 pages
Albin Michel
Spiritualités vivantes
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Tous les textes apocryphes
source
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Évangile de Thomas
Et il a dit : " Celui qui parvient à l'interprétation de ces paroles ne
goûtera point de mort ! "
1. Jésus dit : " Que celui qui cherche ne cesse point de chercher jusqu'à ce qu'il trouve ; lorsqu'il trouvera, il sera troublé; et lorsqu'il sera troublé, il admirera, et il régnera sur l'univers !
" 2. Jésus dit : " Si ceux qui vous guident vous disent : « Voici, le Royaume est dans le ciel ! «- alors les oiseaux du ciel y seront avant vous. S'ils vous disent . « Il est dans la mer ! «- alors, les poissons y seront avant vous Mais le Royaume est à l'intérieur de vous et il est à l'extérieur de vous ! "
3. " Lorsque vous vous connaîtrez, alors on vous connaîtra, et vous saurez que c'est vous les fils du Père qui est vivant. Mais si vous ne vous connaissez point, alors vous serez dans un dénuement, et vous serez le dénuement ! "
4. Jésus dit : " Que le vieillard chargé de jours ne tarde pas à interroger le petit enfant de sept jours sur le Lieu de la Vie, et il vivra ! Car il apparaîtra que beaucoup de premiers seront derniers, et ils deviendront un ! .
5. Jésus dit : " Connais ce qui est en face de ton visage, et ce qui t'est caché se révélera à toi. Car rien de caché ne manquera d'être révélé' ! "
6. Ses disciples l'interrogèrent; ils lui dirent : " Veux-tu que nous jeûnions ? Quelle est la manière dont nous prierons, dont nous ferons l'aumône, et quelle façon de se nourrir respecterons-nous ? " Jésus dit : " Ne dites point de mensonge et, ce que vous avez en haine, ne le faites point : car toutes ces choses sont manifestes à la face du ciel; rien de ce qui est caché ne manquera d'être révélé et rien de ce qui est dissimulé ne tardera à être publié ! "
7. Jésus dit : " Bienheureux est ce lion que l'homme mangera en sorte que le lion devienne homme. Mais maudit est l'homme que le lion mangera en sorte que le lion devienne homme ! "
8. Puis il dit que : " L'homme est pareil à un sage pêcheur qui a jeté son filet dans la mer. Il l'a remonté de la mer plein de petits poissons au milieu desquels ce sage pêcheur a trouvé un poisson grand et excellent. Il a rejeté tous les petits poissons dans la mer; sans hésiter il a choisi le grand poisson. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! "
9. Jésus dit : " Voici; le semeur est sorti. Il a empli sa main et il a jeté, certains sont tombés sur la route : les oiseaux sont venus et les ont recueillis. D'autres sont tombés sur le roc : ils n'ont point trouvé à s'enraciner dans la terre et n'ont point produit d'épis vers le haut. D'autres sont tombés sur les épines qui ont étouffé la graine, et le ver les a mangés. D'autres sont tombés sur la bonne terre et ceci a fait monter un fruit excellent : elle a donné jusqu'à soixante par mesure, même cent vingt par mesure. "
10. Jésus dit : " J'ai jeté un feu sur l'univers, et voici : je veille sur lui jusqu'à ce qu'il embrase. "
11. Jésus dit : " Ce ciel passera, et celui qui est au-dessus de lui passera : mais ceux qui sont morts ne vivront point, et ceux qui vivent ne mourront point. "
12. Aujourd'hui, vous mangez des choses mortes et vous en faites ce qui est vivant ; et quand vous serez dans la Lumière, que ferez-vous en ce jour-là, étant un, vous devenez deux; et lorsque vous deviendrez deux qu'est-ce alors que vous ferez ? "
13 Les disciples disent à Jésus : " Nous savons que Tu nous quitteras : qui sera grand au-dessus de nous ? " Jésus leur dit : " Là où vous irez, vous vous rendrez vers Jacques le Juste, celui à cause duquel le ciel ainsi que la terre ont été créés. "
14. Jésus dit à ses disciples : " Comparez-moi, et dites-moi à qui je suis semblable. " Simon Pierre lui dit : " Tu es semblable à un ange juste ! " Matthieu lui dit : " Tu es semblable à un homme sage et philosophe ! " Thomas lui dit : " Maître, à qui tu es semblable, pour que je le dise, mon visage ne parvient absolument point à le saisir. "
Jésus dit : " Je ne suis point ton maître, car tu as bu ; tu t'es enivré de la source bouillonnante qui est à moi et que j'ai répandue. Puis il le prit et s'écarta ; il lui dit trois mots. Et, lorsque Thomas revint vers ses compagnons, ils le questionnèrent : " Qu'est-ce que Jésus t'a dit ? " et Thomas leur répondit : " Si je vous dis une seule des paroles qu'il m'a dites, vous prendrez des pierres et me les jetterez, et un feu sortira des pierres et vous consumera ! "
15. Jésus leur dit : " Lorsque vous jeûnerez, vous engendrerez pour vous-mêmes un péché; lorsque vous prierez, on vous condamnera, lorsque vous ferez l'aumône, vous accomplirez un mal pour vos esprits ! Quand vous pénétrerez en n'importe quelle contrée et que vous parcourrez les campagnes, lorsque l'on vous accueillera mangez ce que l'on mettra devant vous; ceux qui sont malades dans ces endroits, guérissez-les. Car ce qui entrera dans votre bouche ne vous souillera point mais ce qui sort de votre bouche, c'est cela qui vous souillera ! "
16. Jésus dit : " Lorsque vous voyez celui qui n'a pas été engendré de la femme, prosternez-vous, visage contre terre, et adorez-le : Celui-ci est votre Père ! "
17. Jésus dit : " Certainement les hommes pensent que je suis venu pour jeter une paix sur l'univers. Mais ils ne savent pas que je suis venu pour jeter sur terre des discordes, le feu, l'épée, la guerre. Si en effet il y a cinq dans une maison, ils se trouveront trois contre deux et deux contre trois, père contre fils et fils contre père- et ils se lèveront solitaires. "
18. Jésus dit : " Je vous donnerai ce que jamais Ïil n'a vu, et ce que jamais oreille n'a entendu, et ce que jamais main n'a touché, et cela qui n'est jamais monté au cÏur de l'homme. " 19. Les disciples disent à Jésus : " Dis-nous comment notre fin sera. "
Jésus dit : " Avez-vous donc dévoilé le commencement, pour que vous questionniez sur la fin ? Car là où est le commencement, là sera la fin. Bienheureux est celui qui atteindra le commencement : il connaîtra la fin, et il ne goûtera point de mort ! "
20. Jésus dit : " Bienheureux celui qui a existé avant qu'il ait été créé ! "
21. " Si vous devenez pour moi des disciples et que vous écoutiez mes paroles, ces pierres vous serviront. "
22. " Car vous avez là, dans le Paradis, cinq arbres qui ne changent été ni hiver, et dont les feuilles ne tombent point : celui qui les connaîtra ne goûtera point de mort ! "
23. Les disciples disent à Jésus : " Dis nous à quoi est semblable le Royaume des cieux. " Il leur a dit : " Il est pareil à une graine de sénévé; elle est la plus petite de toutes les semences, mais, lorsqu'elle tombe sur la terre labourée, elle produit une grande tige et devient un abri pour les oiseaux du ciel. "
24. Marie dit a Jésus : " A qui tes disciples sont-ils semblables ? " Il lui a dit : " Ils sont semblables à de petits enfants qui ont pénétré dans un champ qui ne leur appartient pas. Quand les propriétaires du champ viendront en disant « Quittez-nous notre champ ! « ils se dépouilleront devant eux pour leur laisser leur champ et le leur rendre.
25. " C'est pourquoi je vous dis ceci : Si le maître de maison sait que le voleur vient, il veillera avant que celui-là arrive et il ne laissera pas se percer une entrée dans la demeure de son royaume pour en emporter ses meubles. Vous donc, soyez vigilants face à l'univers. Ceignez vos reins avec une grande énergie, afin que les brigands ne trouvent pas de moyen de vous atteindre; car le profit que vous guettez, ils le trouveront ! "
Évangile deThomas
26. Qu'il y ait au milieu de vous un homme avisé : lorsque le fruit est venu, en précipitation, sa faucille à la main il est allé et il l'a moissonné. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! "
27. Jésus vit des petits qui tétaient; il dit a ses disciples : " Ces petits qui tètent sont semblables à ceux qui entrent dans le Royaume. " Eux lui dirent : " Si nous sommes petits, entrerons-nous dans le Royaume ? " Jésus leur dit : " Lorsque vous ferez des deux un, et que vous ferez l'intérieur comme l'extérieur et l'extérieur comme l'intérieur, et le haut comme le bas ! Et si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle , et lorsqu'à la place d'un Ïil vous referez des yeux, et une main à la place d'une main, et un pied à la place d'un pied, et une image à la place d'une image, alors vous y entrerez ! "
28. Jésus dit : " Je vous choisirai, un entre mille et deux entre dix mille et ils se lèveront étant un ! "
29, Ses disciples lui disent : " Instruis-nous sur le lieu où tu es, car il nous est nécessaire de questionner à son sujet ! " Il leur dit : " Que celui qui a des oreilles entende ! Si une lumière existe à l'intérieur d'une créature lumineuse, alors elle illumine l'univers tout entier, et si elle n'illumine point, elle est une ténèbre. "
30. Jésus dit : " Aime ton frère comme ton âme, veille sur lui comme sur la prunelle de ton Ïil. "
31. Jésus dit : " La paille qui est dans l'Ïil de ton frère, tu la vois; mais la poutre qui est dans ton Ïil, tu ne la vois point ! Lorsque tu auras rejeté la poutre qui est dans ton Ïil, alors tu y verras pour rejeter la paille hors de l'Ïil de ton frère. "
32. " Si vous ne jeûnez pas au monde, vous ne trouverez point le Royaumes. Si vous ne faites point du Sabbat le Sabbat, vous ne verrez point le Père. "
33. Jésus dit : " Je me suis tenu au milieu de l'univers et, dans la chair je me suis manifesté à ceux-ci. Je les ai tous trouvés qui étaient ivres, je n'en ai trouvé aucun assoiffé parmi eux. Et mon âme s'est affligée pour les enfants des hommes. Parce qu'ils sont des aveugles dans leur cÏur et qu'ils ne voient pas, parce que vides ils sont venus au monde, et vides ils cherchent encore à sortir du monde ! Qu'il vienne cependant quelqu'un qui les redresse ! Alors, quand ils auront cuvé leur vin, ils se repentiront. "
34. Jésus dit : " Si la chair a été créée à cause de l'esprit, c'est un miracle. Mais si l'esprit a été créé à cause du corps, c'est un miracle de miracle. Mais moi, je m'émerveille [É] comment cette grande richesse être qui est peut-elle habiter la pauvreté ?
35. Jésus dit : " Là où il y a trois dieux, ce sont des dieux. Là où ils sont deux ou un, je suis avec lui ! "
36. Jésus dit : " Un prophète n'est pas reçu dans sa ville, et un médecin n'opère point de guérison sur ceux qui le connaissent. "
37. Jésus dit : " Une ville qui est édifiée sur une montagne élevée, et qui est forte, il n'est pas possible qu'elle tombe, et l'on ne peut la cacher ! "
38. Jésus dit : " Ce que tu entendras de ton oreille, et de l'autre oreille, proclame-le sur vos toits ! Car personne n'allume une lampe et ne la met sous le boisseau ou ne la met dans un endroit caché : mais il la place sur le candélabre afin que tous ceux qui entrent et sortent voient sa lumière. "
39. Jésus dit : " Si un aveugle conduit un autre aveugle, tous les deux tombent dans une fosse. "
40. Jésus dit : " Il n'est pas possible que quelqu'un entre dans la maison du puissant et qu'il lui fasse violence s'il ne lui a point lié les mains : alors il dévalisera sa maisonnée "
4l. Jésus dit : " N'ayez point souci, du matin au soir et du soir au matin, de ce que vous vous vêtirez ! " 42. Ses disciples lui disent : " Quel jour nous apparaîtras-tu, et quel jour te verrons-nous ? Jésus dit : " Lorsque vous vous dépouillerez sans que vous ayez honte, que vous oserez vos vêtements et les déposerez à vos pieds à la manière des petits enfants, et que vous les piétinerez ! Alors vous serez les fils du Vivant, et vous n'aurez plus de crainte. "
43. Jésus dit : " Vous avez désiré bien des fois entendre ces paroles-ci que je vous dis, mais vous n'avez pas eu un autre de qui les entendre. Il viendra des jours où vous me chercherez, et où vous ne me trouverez pas. "
44. Jésus dit : " Les pharisiens et les scribes ont pris les clés de la science et les ont cachées : ils ne sont point entrés et ils n'ont pas, non plus, laissé ceux qui voulaient entrer. Mais vous, soyez prudents comme les serpents et simples comme les colombes ! "
45. Jésus dit : " Un cep de vigne a été planté au dehors du Père. Il ne s'est point fortifié : on l'arrachera jusqu'à sa racine et il périra. "
46. Jésus dit : " Celui qui a dans sa main on lui donnera. Mais celui qui n'a pas, le peu qu'il a lui sera enlevé ! "
47. Jésus dit : " Vous, soyez des passants ! " 48. Ses disciples lui dirent : " Qui es-tu, toi qui nous dis ces choses ? " " - Par les choses que je vous dis, ne reconnaissez-vous pas qui je suis? Mais vous êtes, vous-mêmes, devenus pareils aux Juifs : ils aiment l'arbre et ils détestent son fruit, ils aiment le fruit et ils détestent l'arbre ! "
49. Jésus dit : " Qui a blasphémé contre le Père on lui pardonnera, et qui a blasphémé contre le Fils, on fui pardonnera : mais celui qui a blasphémé contre l'Esprit Saint on ne lui pardonnera point, ni sur terre ni dans le ciel. "
Évangile deThomas
50. Jésus dit : " On ne récolte point de raisin sur les ronces, et l'on ne cueille point de figues sur l'épine blanche; elles ne donnent pas de fruit ! [...] l'homme bon tire de son grenier des choses bonnes, mais l'homme pervers tire de son grenier pervers - qui est dans son cÏur - des mauvaises, et il en sème de mauvaises parce qu'il tire des mauvaises de l'outrance de son cÏur. "
51. Jésus dit : " Depuis Adam jusqu'à Jean Baptiste parmi ceux qui ont été engendrés de femmes il n'en est point de plus grand que Jean-Baptiste ! Mais, de crainte que ses yeux ne se perdent j'ai dit : " Celui qui parmi vous sera petit connaîtra le Royaume et sera plus élevé que Jean ! "
52. Jésus dit : " Il n'est pas possible qu'un homme monte deux chevaux, ni qu'il tende deux arcs. Et il n'est pas possible qu'un domestique serve deux maîtres : sinon il honorera l'un et l'autre le rudoiera ! Jamais homme ne boit du vin vieux et ne désire au même instant boire du vin nouveau; on ne verse pas du vin nouveau dans de vieilles outres, pour qu'elles ne se fendent point, et l'on ne verse pas du vin vieux dans des outres neuves, afin qu'il ne se gâte. On ne coud pas un vieux morceau a un vêtement neuf, car une déchirure se produirait. "
53. Jésus dit : " Si deux sont l'un avec l'autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne : « Déplace-toi ! « et elle se déplacera. "
54. Jésus dit : " Bienheureux les solitaires et les élus, car vous trouverez le Royaume ! Parce que vous êtes issus de lui, de nouveau vous y retournerez. "
55. Jésus dit : " Si les gens vous demandent : « D'où êtes-vous venus ? « dites-leur : « Nous sommes venus de la Lumière, du lieu où la Lumière se produit d'elle-même jusqu'à ce qu'elle manifeste l'image. « Si l'on vous dit : « Qu'êtes-vous ? «- dites : « Nous sommes ses fils et nous sommes les élus du Père qui est vivant. « S'ils vous demandent : « Quel signe de votre Père est en vous? « - dites-leur : « C'est un mouvement et un repos «. " 56. Ses disciples lui dirent : " Quel jour le repos de ceux qui sont morts se produira-t-il, et quel jour sera-ce que le monde nouveau viendra ? " Il leur a dit : " Ceci que vous attendez est survenu, et vous ne l'avez point reconnu. "
57. Ses disciples lui dirent : " Vingt-quatre prophètes ont parlé en Israël et tous, ils se sont exprimés en toi. "·Il leur a dit : " Vous avez délaissé celui qui est vivant en face de vous, et vous avez parlé des morts ! " 58. Ses disciples lui dirent : " La circoncision est-elle utile ou non ? " Il leur a dit : " Si elle était utile, c'est circoncis que leur Père les engendrerait de leur mère. Mais la véritable circoncision dans l'esprit donne tout le profit !
" 59. Jésus dit : " Bienheureux les pauvres, car le Royaume des cieux est à vous ! "
60. Jésus dit : " Celui qui ne trahira pas son père et sa mère ne pourra être mon disciple, et s'il ne hait point son frère et sa sÏur et ne prend pas sa croix comme moi, il ne deviendra pas digne de moi ! "
61. Jésus dit : " Celui qui a connu le monde est tombé dans un cadavre; et, celui qui est tombé dans un cadavre le monde n'est plus digne de lui ! "
62. Jésus dit : " Le Royaume du Père est pareil a un homme qui a une semaille. La nuit, son ennemi est venu et a semé de l'ivraie par-dessus la semaille qui est bonne. Et cet homme n'a pas laissé qu'on arrache l'ivraie, « De crainte - leur a-t-il dit - qu'en allant ôter l'ivraie vous n'enleviez avec elle le froment. En effet, au jour de la moisson, les ivraies seront devenues reconnaissables : on les ôtera et on les brûlera «. "
63. Jésus dit : " Bienheureux l'homme qui a peiné : il a trouvé la Vie ! "
64. Jésus dit : " Tournez vos regards vers le Vivant, tant que vous êtes vivants, afin que vous ne mouriez point, et cherchez à le voir ! " Voyant un Samaritain qui porte un agneau et qui entre dans la Judée, Il questionna ses disciples au sujet de l'agneau, et ils lui ont répondu : " Il le tuera et le mangera ! " Mais il leur a dit : " Il ne le mangera point encore vivant, mais seulement s'il le tue et que celui-ci devienne cadavre. " Ils lui dirent : " En nulle autre occasion il ne le blessera ! " Il leur a dit " Vous-mêmes, cherchez-vous donc un lieu de repos, afin que vous ne deveniez point des cadavres et que l'on ne vous mange point ! "
65. Jésus dit : " Deux se reposeront la sur un lit : l'un mourra, l'autre vivra. " Salomé dit : " Qui es-tu homme; de qui es-tu né, pour être monté sur mon lit et avoir mangé à ma table ? " Jésus lui dit : " Je suis celui qui a été créé de Son égal ; on m'a donné de ce qui est à mon Père. " " Je suis ta disciple ! " " A cause de cela, je dis ceci : Lorsqu'on deviendra ouvert, on sera plein de lumière; mais lorsqu'on se trouvera composé, on sera plein de ténèbres. "
66. Jésus dit : " Quand je dis mes mystères [É] mystère ; quand ta main droite fera, que ta main gauche ignore qu'elle le fait. "
67. Jésus dit : " Il y avait un homme riche qui avait beaucoup de biens. Il songea : « J'userai de mes biens afin d'ensemencer mon champ, de planter, de remplir mes greniers de récoltes, de sorte que le besoin ne me touche pas. « Telles étaient les choses qu'il pensait en son cÏur. Mais, pendant cette nuit-là, il mourut. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende "
68. Jésus dit : " Un homme avait des hôtes. Lorsqu'il eut préparé le festin, il envoya son serviteur pour appeler ces hôtes. Celui-ci alla chez le premier et lui dit : « Mon maître t'invite ! « Il répondit : « J'ai de l'argent à recevoir de marchands, ils viennent vers moi ce soir et j'irai pour leur donner des ordres. Je m'excuse pour le festin. « Il alla chez un autre et lui dit : « Mon maître t'a invité. « Il lui dit : « J'ai acheté une maison et l'on me demande une journée : je ne suis pas libre. « Il alla vers un autre et lui dit : « Mon maître t'invite ! « Il lui répondit : « Mon ami va se marier, et c est moi qui ferai le festin. Je n'irai pas ; je m'excuse pour le festin ! « Il alla vers un autre et il lui dit : « Mon maître t'invite ! « Il lui dit : « J'ai acheté un champ, et je ne suis pas encore allé percevoir le fermage. Je ne viendrai pas ; je m'excuse pour le festin ! « Le serviteur revint et dit à son maître : « Ceux que tu as invités au festin se sont excusés. « Le maître dit à son serviteur : « Va dehors, dans les rues, et ceux que tu trouveras, amène-les pour qu'ils dînent. « Les acheteurs et les marchands n'entreront pas dans les lieux de mon Père "
69. Il a dit : " Un personnage avait un vignoble qu'il avait donné à des cultivateurs pour qu'ils le travaillent et qu'il en reçoive d'eux le fruit. Il envoya son serviteur pour que les cultivateurs lui donnent le fruit du vignoble ; et ceux-ci s'emparèrent de son serviteur, le frappèrent et il s'en fallut de peu qu'ils ne le tuent. Le serviteur revint et le dit a son maître. Son maître songea : « Peut-être ne les a-t-il pas reconnus ? « Il envoya un autre serviteur : cet autre aussi, les cultivateurs le frappèrent. Alors, le maître envoya son fils ; il se dit : « Sans doute respecteront-ils mon enfant ? « Mais, quand ils surent que celui-ci était l'héritier du vignoble, ces cultivateurs le saisirent et le tuèrent. Que celui qui a des oreilles entende. "
70. Jésus dit : " Qu'on me montre cette pierre que ceux qui construisent ont rejetée ! C'est elle la pierre d'angle. "
71. Jésus dit : " Celui qui connaît le Tout, quand il est privé de lui-même, il est privé de tout ! "
72. Jésus dit : " Bienheureux serez-vous lorsque l'on vous traira et que lion vous persécutera; mais ils ne trouveront pas de place dans le lieu tant qu'ils vous auront persécutés ! "
73. Jésus dit : " Bienheureux sont-ils, ceux que l'on a persécutés dans leur cÏur. Ce sont ceux-là qui ont connu le Père ! Bienheureux ceux qui sont affamés, parce qu'ils se rassasieront le ventre à volonté ! "
74. Jésus dit : " Lorsqu'il vous reste de quoi partager, à vous, cela que vous possédez vous sauvera. Mais si vous ne pouvez partager, cela, que vous n'avez point en vous, cela vous tuera. "
75. Jésus dit : " Je [É]rai [É ] et personne ne pourra [É]. " 76. On Lui dit : " Parle à mes frères pour qu'ils partagent avec moi les biens de mon Père ! " Il lui a répondu : " Homme, qui m'a fait partageur ? " Il se retourna vers ses disciples et leur dit : " Que je ne sois point un partageur ! "
Évangile deThomas
77. Jésus dit : " La moisson est grande mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le Seigneur pour qu'Il envoie des ouvriers à la moisson. "78. Il a dit : " Seigneur, beaucoup sont autour de l'ouverture mais personne dans le puits ! "
79. Jésus dit : " Beaucoup se tiennent dehors à la porte, mais ce sont les solitaires seuls qui entreront dans la chambre nuptiale. "
80. Jésus dit : " Le Royaume du Père est pareil à un homme négociant, qui a un fardeau et qui a trouvé une perle. Ce négociant est un sage : il a vendu le fardeau et s'est acheté la perle seule. Vous aussi, cherchez son trésor qui ne périt point, qui demeure, dans lequel la teigne ne pénètre pas pour ronger et que le ver ne détruit point. "
81. Jésus dit : " Je suis la Lumière, celle qui est sur eux tous. Je suis le Tout, et le Tout est sorti de moi et Tout est revenu à moi. Fends le bois, je suis là, soulève la pierre et tu m'y trouveras ! "
82. Jésus dit : " Pourquoi êtes-vous sortis dans la campagne ? Pour voir un roseau agité par le vent, pour voir un homme enveloppé de beaux atours ? Ils sont chez les rois et chez vos notables, ceux qu'enveloppent de beaux atours, et ils ne connaissent pas la vérité ! " 83. Dans la foule, une femme lui dit : " Bienheureux le ventre qui t'a porté et le sein qui t'a nourri ! " Il lui a dit : " Bienheureux ceux qui ont entendu la parole du Père et qui la gardent ! En vérité, des jours viendront où vous direz : « Heureux le ventre qui n'a point engendré et ces mamelles qui n'ont point allaité « ! "
84. Jésus dit : " Celui qui a connu le monde est tombé dans le corps; et celui qui est tombé dans le corps, le monde n'est pas digne de lui. "
85. Jésus dit : " Que celui qui s'est fait riche règne, et que celui qui a une force soit miséricordieux ! "
86. Jésus dit : " Celui qui est près de moi est près du feu, et celui qui est loin de moi est loin du Royaume. "
87. Jésus dit : " Les images apparaissent à l'homme mais la Lumière qui est en elles est cachée. Dans l'image de la Lumière du Père, elle se révélera, et son image sera voilée par sa Lumière. "
88. Jésus dit : " Maintenant, quand vous voyez votre apparence, vous vous réjouissez. Mais, lorsque vous verrez vos images qui se sont produites avant vous, qui ne meurent point et qui ne se manifestent point, quelle grandeur supporterez-vous ? "
89. Jésus dit : " Adam a été produit par une grande puissance et une grande richesse, mais il n'a pas été jugé digne de vous, car s'il avait été digne vous n'auriez pas été soumis à la mort. "
90. Jésus dit : " Les renards ont des tanières et les oiseaux ont des nids; mais le Fils de l'Homme n'a pas de lieu où incliner sa tête et se reposer. " 91. Il a dit, lui, Jésus : " Le corps qui dépend d'un corps est un malheureux et l'âme qui dépend de ces deux est une malheureuse ! "
92. Jésus dit : " Les anges et les prophètes viennent vers vous ; ils vous donneront les choses qui vous appartiennent. Vous-mêmes, donnez-leur ce que vous possédez et dites-vous : « Quel jour vont-ils venir et prendre ce qui est à eux ? « "
93. Jésus dit : " Pourquoi lavez-vous le dehors de la coupe et ne pensez-vous pas que celui qui a fait l'intérieur, c'est lui aussi qui a fait l'extérieur ? "
94. Jésus dit : " Venez à moi, car mon joug est excellent et mon autorité est douce, et vous trouverez pour vous le repos ! " 95. Ils lui dirent : " Dis-nous qui tu es, afin que nous croyions en toi. " Il leur a dit : " Vous scrutez l'aspect du ciel et de la terre mais Celui qui est par-devant vous, vous ne le connaissez pas et, cette conjoncture-ci, vous ne savez pas comment la scruter. "
96. Jésus dit : " Cherchez et vous trouverez ! Mais les choses sur lesquelles vous m'avez interrogé en ces jours et que je ne vous ai point dites à ce moment, je veux maintenant les dire, et que vous ne les cherchiez plus. " 97, " Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens pour qu'ils ne le jettent point sur le fumier, et ne jetez pas les perles aux pourceaux de peur qu'ils n'en fassent de l'ordure "
98. Jésus dit : " Celui qui cherche trouvera, à celui qui voudra entrer, on ouvrira. "
99. Jésus dit : " Si vous avez de l'argent, ne le donnez pas à intérêt, mais à celui qui ne donnera rien en retour. "
100. Jésus dit : " Le Royaume du Père est pareil à une femme qui a mis un peu de levain dans des mesures de farine et qui en a fait de grands pains. Que celui qui a des oreilles entende ! "
101. Jésus dit : " Le Royaume du Père est pareil à une femme qui porte un vase plein de farine et qui s'en va par un long chemin. L'anse du vase s'est brisée : la farine s'est répandue derrière elle sur le chemin sans qu'elle le sache et sans qu'elle y remédie. Lorsqu'elle est arrivée à sa maison, elle a posé le vase et elle a trouvé qu'il était vide. "
102. " Le Royaume du Père est pareil à un homme qui veut tuer un grand personnage. Dans sa maison, il a dégainé l'épée et il l'a plantée dans le mur pour s'assurer que sa main serait ferme. Ensuite il a tué le personnage. " 103. Les disciples lui dirent : " Tes frères et ta mère sont là dehors. " Il leur a dit : " Vous et ceux qui font la volonté de mon Père, ce sont là mes frères et ma mère; ce sont eux qui entreront dans le Royaume de mon Père. "
104. On montra à Jésus une pièce d'or et on lui dit : " Les gens qui appartiennent à César nous demandent les taxes. " Il leur a dit : " Donnez à César ce qui est à César, donnez à Dieu ce qui est à Dieu et, ce qui est à moi, donnez-le-moi ! "
105. " Celui qui n'a pas comme moi haï son Père et sa mère ne pourra être mon disciple, et celui qui a comme moi aimé son Père et sa mère ne pourra être mon disciple. Ma mère, en effet a [É] parce qu'en vérité elle m'a donné la vie. "
106. Jésus dit : " Malheureux ces Pharisiens, parce qu'ils sont pareils à un chien qui est couché sur sa ration et qui fait ce mal de ne point manger et de ne point en laisser les restes à manger. "
107. Jésus dit : " Bienheureux cet homme qui connaît à quel point les voleurs vont entrer. Qu'il veille, qu'il rassemble sa force, et qu'il ceigne ses reins avant que ceux-ci soient entrés. " 108. Ils dirent : " Allons; prions et jeûnons aujourd'hui ! " Jésus dit : " Quel est donc le péché que j'ai commis, ou en quoi ai-je été défait ? Mais, tant que l'époux n'est pas sorti de la chambre nuptiale, jamais alors on ne jeûne, et jamais on ne prie ! "
109. Jésus dit : " Celui qui connaîtra Père et mère, l'appellera-t-on : « Fils de prostituée « ? " 110. Jésus dit : " Lorsque vous ferez que les deux soient un vous deviendrez fils de l'Homme et si vous dites : « Montagne, déplace-toi ! «- elle se déplacera. "
111. Jésus dit : " Le Royaume est pareil à un pasteur qui a cent brebis. L'une d'elles, qui est la plus grande, s'est égarée. Il a laissé les quatre-vingt-dix-neuf autres et il a cherché cette seule brebis jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée. Après avoir pris cette peine, il a dit à la brebis : « Je t'aime plus que les quatre-vingt-dix-neuf ! « "
112. Jésus dit : " Celui qui boira de ma bouche deviendra comme moi. Quant à moi, je deviendrai ce qu'il est, et ce qui est caché lui sera révélé. "
113. Jésus dit : " Le Royaume est pareil à un homme qui a dans son champ un trésor caché et qui ne le sait pas. Il ne l'a pas trouvé avant de mourir, et il a laissé son champ à fils qui ne savait pas cela. Celui-ci a pris ce champ-là, il l'a vendu, et celui qui l'a acheté est allé le labourer ; il a trouvé le trésor, et il a commencé de prêter à intérêt à ceux qu'il veut. "
114. Jésus dit : " Celui qui a trouvé le monde et qui s'est fait riche, qu'il renonce au monde ! "
115. Jésus dit : " Les cieux et la terre dureront devant vous, et celui qui vit du Vivant ne verra pas mourir, parce qu'il est dit ceci : « Celui qui se tient à soi seul, le monde n'est pas digne de lui. "
116. Jésus dit : " Malheur à cette chair qui dépend de l'âme et malheur à cette âme qui dépend de la chair ! " 117 Ses disciples lui dirent : " Quel jour le Royaume viendra-t-il ? " " - Il ne viendra pas quand on l'attendra. On ne dira pas : « Voici il est ici ! « ou « Voyez, il est là ! « mais le Royaume du Père est répandu sur la terre et les hommes ne le voient point. " 118. Simon Pierre leur dit : " Que Marie sorte de parmi nous, car les femmes ne sont pas dignes de la vie ! " Jésus dit : " Voici; moi, je l'attirerai pour que je la rende mâle afin qu'elle aussi devienne un esprit vivant pareil à vous, les mâles ! Car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le Royaume des cieux. "
22 mai 2006
"Evangile de Judas ": une arnaque !
Et c'est Libération qui la révèle...
Libération du 24 avril publie une remarquable enquête sur l'affaire du pseudo "évangile de Judas" (lire note du 13 avril et les commentaires qui la suivent).
Le journaliste Edouard Launet explique, avec tous les détails, comment on se paie la tête du grand public sur le plan culturel, tout en menant une grosse opération commerciale.
Au point de départ, il y a une marchande d'art helvéto-grecque de Zurich, Frieda Tchacos-Nussberger. C'est elle qui est la dernière à avoir acheté ces quelques morceaux d'un papyrus "exporté illégalement d'Egypte, connu comme le loup blanc et devenu invendable sur le marché officiel"... Seul moyen d'en tirer des revenus : l'exploiter "via une large médiatisation, avec un partenaire à la légitimité reconnue". L'avocat bâlois de Mme Tchacos monte alors une fondation ("dont il est le directeur et l'unique employé") et signe un accord d'exploitation avec National Geographic : la fondation touchera un pourcentage sur la vente des livres, films et expositions que le groupe multimédias montera autour du papyrus. Et de fait, NG fait les choses en grand : deux livres, un film diffusé sur toutes les chaînes du groupe, une exposition mondiale qui va tourner jusqu'en 2009... Et des millions de dollars en perspective.
Où est l'arnaque ? Elle n'est pas juridique. Elle est culturelle et morale. Les médias poussent les foules à croire que cette histoire d'évangile de Judas est un démenti à la foi chrétienne, et que l'Eglise a caché "la vérité" pendant deux mille ans.
Or le papyrus en question ne révèle rien de ce genre : comme le constate Libération, il "ne change en rien l'histoire du christianisme", et les conversations entre Jésus et Judas (relatées par ce texte) sont "imaginées".
Par qui ? Par une des sectes gnostiques qui ont métastasé dans l'empire romain entre les IIe et IVe siècles... La seule erreur de Libé est de dire que ces gnostiques étaient des chrétiens ; en réalité il s'agissait d'une religion autre, en conflit avec les juifs et les chrétiens depuis les origines. On le sait d'ailleurs depuis toujours. Le fameux livre d'Irénée de Lyon, Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, date de la fin du IIe siècle... Rien de caché, comme on le voit ; plutôt le contraire : une vive polémique à ciel ouvert ! Il faut beaucoup d'ignorance pour ne pas connaître ces faits historiques.
Dans ces conditions, comment se fait-il que les médias tombent dans le panneau ?
Comment se fait-il, d'ailleurs, que les lecteurs de Da Vinci Code ne sentent pas que ce roman transmet des fantasmes pompés dans des sectes américaines (les fanatiques de "Marie-Madeleine-femme-de-Jésus") ?
Les évangiles "apocryphes", fabriqués longtemps après les quatre évangiles réels, sont bien trop tardifs et parasités pour témoigner (en quoi que ce soit) des "origines chrétiennes". Ceux qui affirment le contraire raisonnent de façon irrationnelle, ou cherchent à vendre une marchandise frelatée. Quand verra-t-on une télévision nous l'expliquer ?
"L'Evangile de Judas" : un bidonnage total
Dans une société qui ne sait plus ce qu'est le christianisme, les médias commerciaux jouent toujours gagnant !
Dans ma note du 31 décembre, j'annonçais le bidonnage de "l'Evangile selon Judas" qui était programmé pour Pâques 2006. Ce bidonnage vient de se déployer dans toute sa majesté ridicule. Les téléspectateurs de la chaîne National Geographic ont pu voir, le 9 avril à 20 h 45, une émission sur ce pseudo-évangile censé "ébranler la communauté chrétienne". Emission assortie d'interviews de "théologiens" qui faisaient semblant de prendre l'affaire au sérieux ; l'un d'eux allant même jusqu'à annoncer "l'ouverture d'un procès en canonisation de Judas" !
Moins la foi chrétienne est connue, plus les soi-disant experts exploitent la crédulité des badauds. On avait déjà réussi à faire prendre Jacques Duquesne pour un connaisseur en la matière. On en est à faire croire que le sort de Judas est un problème crucial pour le christianisme. ("L'Eglise peut recommencer à se faire du mouron", annonce gravement Libération le 7 avril).
En outre, le texte que l'on monte en épingle ne prouve rien au sujet de Judas. Et il laisse voir par qui il fut écrit, selon quelle idéologie... Ce document soi-disant signé "Judas" n'est pas un texte chrétien, et ce n'est pas un "évangile censuré par l'Eglise" : c'est un texte beaucoup plus tardif que les quatre évangiles, donc hors d'état de leur faire concurrence.
Rappelons les éléments de l'affaire. En janvier 2006, Sciences et Avenir annonçait en couverture : « L’Evangile selon Judas – Découverte d’un manuscrit exceptionnel – Le disciple maudit réhabilité ? ». De quoi exciter la curiosité, à notre époque libérale où tous les canons (dont les quatre évangiles) sont suspects d’entrave à la concurrence. On ouvrait le magazine, et que trouvait-on ? Huit pages sur la découverte, en 1983, d’un manuscrit « dérangeant ». Dérangeant pour qui ? Pour deux milliards de chrétiens, paraît-il. Pourquoi dérangeant ? Parce que ce papyrus, nous disait-on, « réhabilite » Judas : celui-ci aurait obéi à un ordre divin en livrant Jésus à ses juges.
Hypothèse qui n’a rien d’original, et que les théologiens catholiques ont pesée depuis longtemps.
Mais Sciences et Avenir voulait que cette affaire soit un scoop, donc forcément une mauvaise nouvelle pour les croyants : une nouveauté « cinglante », « à des années-lumière de la vulgate chrétienne », et qui « pourrait révolutionner notre connaissance du christianisme des origines »… Comme si le sort de Judas avait une importance décisive en théologie !
Quand on lisait l’article avec attention, on constatait que toute l’affaire se réduisait à presque rien. Selon les paléographes, ce papyrus (une trentaine de fragments en dialecte copte sahidique, « découverts » et revendus par des trafiquants qui semblent sortis d’un vieil Indiana Jones) « ne nous dit pas qui Judas était en réalité, mais comment le voyaient ceux qui ont écrit cet évangile et qui le considéraient, en fin de compte, comme un héros ». Or qui étaient ces gens ? Des Caïnites égyptiens : une des innombrables sectes manichéennes de l’Antiquité tardive, dressées contre le judaïsme et le christianisme, et qui ont fabriqué des « évangiles » syncrétistes – bien après les quatre évangiles authentiques. Le faux "évangile de Judas" ne nous apprend rien sur Jésus, mais beaucoup sur les auteurs de ce texte, constate le P. Michel Gitton, égyptologue et théologien, dans Famille chrétienne du 15 avril.
Ce papyrus est donc incapable de concurrencer les évangiles canoniques. C'était déjà le cas des autres apocryphes (mais les marchands de papier du XXe siècle les ont gonflés pour en faire les « vrais » évangiles, « occultés » par l'Eglise romaine, et construire la fausse évidence d'un Vatican "nous cachant la vérité depuis deux mille ans" : ce qui est aussi la thèse de Dan Brown et de son Da Vinci Code).
L’auteur de l’article de Sciences et Avenir cherchait néanmoins à justifier sa cover-story. Il s’évertuait à prouver que son manuscrit égyptien du IVe siècle était plus « vrai » que les quatre évangiles du Ier siècle. Il le rapprochait donc d’un pseudo « problème Judas », censé être une bombe contre la théologie chrétienne, et reposant sur des affirmations de seconde main (grandioses mais non étayées) : « certains exégètes » feraient de Judas un frère consanguin de Jésus, donc Jésus ne serait pas ce que nous en disent les évangiles canoniques ; et la filiation de Judas, fils de Simon l’Iscariote, deviendrait une « fiction » ; d’ailleurs le mot « Iscariote » n’aurait aucun sens en hébreu ou en araméen...
Hélas, cette opinion de Sciences et Avenir n’est pas celle des hébraïsants : André Chouraqui notamment (dans sa rétroversion grec>hébreu du NT) traduit « Iscariote » par « l’homme (Ish) de Qariot », du nom d’un lieu attesté au sud d’Hébron. Quant à l’hypothèse des frères consanguins de Jésus, elle continue à manquer de bases malgré l’acharnement des marchands de papier.
Pourquoi Sciences et Avenir présentait-il cette affaire minuscule – la découverte d’un nième texte apocryphe gnostique – comme un scoop passionnant (qui ne saurait être qu'une atteinte à « la vulgate chrétienne ») ? Pour griller un concurrent... Il s'agissait de doubler National Geographic et son Opération Judas de Pâques 2006. De quoi rendre jaloux Prieur et Mordillat !
Ré-informons nos contemporain ! Et préparons-nous tous au débat du mois de mai, autour du film Da Vinci Code !
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Sur ce "montage" autour de Judas, l'Eglise catholique a mis les choses au point avec rapidité. Par exemple sur le site internet du diocèse de Nanterre qui explique notamment ceci :
1. Le texte de "l'Evangile de Judas"
Un évangile encore inconnu vient d' être publié en anglais (The gospel of Judas) par le National Geographic à Washington le 5 avril 2006. Il sera bientôt publié en allemand et en français. Cet évangile est signé "Judas". C'est un manuscrit sur papyrus découvert dans une grotte du désert de haute Égypte dans les années 70. Il comporte 25 feuillets en assez mauvais état. Le texte a été authentifié par la datation au carbone 14. Le manuscrit est écrit en copte dialectal, l'antique langue des chrétiens d'Égypte. Il a été restauré et traduit par Rodolphe Kasser ancien professeur de coptologie à l'université de Genève.
Il est du 3ème ou du début du 4ème siècle. Le texte copte est une traduction d'un texte grec perdu composé entre 130 et 180 après J.C. Il était connu par St Irénée, premier évêque de Lyon, vers l'an 180. Celui ci en parle dans son traité "Contre les hérésies" en dénonçant le caractère hérétique de cet évangile qui est inspiré par le gnosticisme..
Nous pouvons lire : «Ils déclarent que Judas le traître était bien avisé de ces choses, et que lui seul, connaissant la vérité comme aucun autre, a accomplit le mystère de la trahison. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé l’Évangile de Judas». Selon Irénée, l’Évangile de Judas serait l’œuvre principale d’une secte appelée « les Caïnites » (les héritiers de Caïn).
2. La relation entre Jésus et Judas
Ce texte donne une présentation de la relation entre Jésus et Judas très différente de celle qui se trouve dans les textes du Nouveau Testament. Il montre Judas non pas comme un traître, mais comme l'apôtre le plus proche de Jésus, le seul qui ait vraiment compris son message.
Le récit commence par montrer Jésus qui rejoint ses disciples en train de prépare la Pâque. Jésus leur explique que la Pâque est inutile, mais ils ne comprennent pas sauf Judas. Jésus demande alors à Judas de le livrer. Le texte comporte une longue conversation entre Jésus et Judas. Il se termine par la rencontre entre Judas et Jésus quand on vient l'arrêter.
Jésus révèle le vrai Dieu qui est bon et qui veut sauver le monde. Mais pour cela le sacrifice de Jésus est nécessaire, et c'est pourquoi il demande à Judas de le livrer. Jésus a choisi Judas pour accomplir son destin et le libérer de son enveloppe terrestre. Jésus dit à Judas : "Tu surpassera tous les autres, car tu sacrifieras l'homme qui me sert d'habit". Comment interpréter cette phrase ? Elle est typique de la conception gnostique. Les gnostiques cherchent la manière de libérer leur énergie vitale du corps matériel dans lequel l'âme est emprisonnée.
Judas a donc accompli la volonté divine en livrant Jésus. Le texte présente Judas comme un initié. Il savait que le sacrifice de Jésus était indispensable à la rédemption du monde. Disciple bien aimé de Jésus, il aurait eu la plus difficile des missions à accomplir : livrer Jésus . En livrant Jésus, il aurait suivi une demande de Jésus.
3. La gnose
La gnose est un courant de pensée complexe qui a pris des formes divers et comporte différents aspects. C'est d'abord une philosophie ésotérique ou l'on trouve le salut par l'initiation aux mystères cachés. C' est aussi une conception dualiste qui oppose l'esprit et la matière qui est mauvaise, en particulier l'âme est emprisonnée dans un corps mauvais.
Pour la gnose, le Dieu véritable est caché aux yeux des hommes par un dieu inférieur créateur du monde, le dieu de la Bible. La gnose rejette donc le dieu de l'Ancien testament qu'elle considère comme un démiurge diabolique. Ce démiurge est responsable de toute les imperfections du monde. Le monde crée est infecté par le mal, les ténèbres et le péché. Pour la gnose, Jésus est un maître spirituel chargé de guider les hommes vers la connaissance du vrai Dieu caché.
Le mouvement gnostique est apparu au alentour de 70 après J-C et s'est développé jusqu'au 4ème siècle. Il comprend de nombreuses sectes. [...] L'Église a écarté les textes gnostiques du canon officiel des textes bibliques et les appelé apocryphes. Beaucoup de manuscrits de ces textes ont peu à peu disparu.
LA SECTE DES CAÏNITES
L’Évangile de Judas est l’œuvre principale d’une secte appelée « Les Caïnites » (les héritiers de Caïn).
Les Caïnites, membres d'une secte apparue vers l'an 159, vénéraient Caïn et les Sodomites, et possédaient un évangile de Judas dans lequel ce dernier était présenté comme un initié ayant trahi Jésus, à sa demande, pour assurer la rédemption de l'humanité.Le 2ème évêque de Lyon, Saint Irénée (v. 130-208) dénonça cet évangile comme hérétique : « ils (les Caïnites) déclarent que Judas le traître était bien avisé de ces choses, et que lui seul, connaissant la vérité comme aucun autre, a accompli le mystère de la trahison. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé l’Evangile de Judas » (Adversus Haereses). Dans son Panarion (1,31), Épiphane de Salamine (v. 315-403) confirme que cet « évangile » fait partie des écritures de la secte gnostique des Caïnites. Les Caïnites avaient pour Judas une vénération particulière et le louaient comme un homme admirable : le plus illustre des fils de Caïn.
Selon les conceptions gnostiques, le créateur, le démiurge, est un dieu mauvais, le malin, responsable de toutes les imperfections du monde. Pour les Caïnites, Judas seul savait le mystère de la création des hommes et c'est pour cela qu'il avait livré le Christ à ses ennemis. Par là il avait rendu un grand service à l'humanité, car le Christ voulait réconcilier les hommes avec le Dieu créateur, alors qu'il fallait, au contraire, envenimer la haine des hommes contre celui-ci. La mort de Jésus devant procurer de grands biens au monde, Judas avait fait une bonne action en la précipitant.
Une copie de la version plus ancienne rédigée en grec, a été découverte par un paysan près de El Minya dans le désert égyptien en 1978. Elle fait partie d'un papyrus d'une soixantaine de feuillets (entre 62 et 66 suivant les sources) appelé « Codex de Tchacos », qui contient également 2 autres textes apocryphes : l'Épître de Pierre à Philippe et la Première Apocalypse de Jacques. L’évangile de Judas, écrit en copte dialectal (sahidique), restauré et traduit par Rodolphe Kasser, ancien professeur de coptologie à l'université de Genève, et publié à Washington le 5 avril 2006 par la revue américaine The National Geographic, a été authentifié comme datant du IIIe siècle ou du début du IVe.
Plusieurs sectes antérieures au caïnisme avaient expliqué l'origine du bien et du mal en supposant une intelligence bienfaisante, qui tirait de son sein des esprits heureux, innocents, et une intelligence malfaisante, qui emprisonnait ces esprits dans des organes matériels. Mais d'où venait la différence qui existe entre les esprits et les caractères ? Cette différence restait toujours un mystère, quand, parmi les sectateurs des deux principes, s'éleva quelqu'un qui entreprit de donner cette explication. Selon lui, les deux principes avaient produit Adam et Eve, puis chacun d'eux ayant revêtu un corps, avait eu commerce avec Eve ; de cette union étaient sortis des enfants qui avaient le caractère de la puissance à laquelle ils devaient la vie. Par ce moyen on comprenait la différence du caractère de Caïn et d'Abel et de tous les hommes. Comme Abel s'était montré très soumis au Dieu créateur de la terre, il était regardé comme l'ouvrage d'un Dieu qu'ils appelaient Histère. Au contraire, Caïn, le meurtrier d'Abel, était l'ouvrage de la sagesse et du principe supérieur ; il devait être vénéré comme le premier des sages.
Les partisans de cette doctrine, conséquents avec eux-mêmes, honoraient tous ceux que l'Ancien Testament avait condamnés : Caïn, Esaü, Coré, les Sodomites ; ils les regardaient comme des enfants de la sagesse et des ennemis du principe créateur. Dans leurs livres saints, comme l'Evangile de Judas et le récit de l'Ascension de saint Paul, les Caïnites avaient inséré des choses horribles. Ils prétendaient que la perfection consistait à commettre le plus d'infamies possibles. D’après Théodoret (+ vers 453/458), ils affirmaient que chacune des actions infâmes avait un ange tutélaire qu’ils invoquaient en la commettant. Une femme de cette secte, nommée Quintille, étant venue en Afrique du temps de Tertullien (155-225), s'y fit beaucoup d'adeptes, qui prirent le nom de quintillianistes. Tertullien indique que Quintille avait ajouté des pratiques abominables aux infamies des Caïnites.
21 mai 2006
Les métamorphoses de Marie-Madeleine
Père JEAN-MARIE SEVRIN, Franciscain
Professeur à la Faculté de théologie et de droit canonique - Université catholique de Louvain.
Pourquoi la pénitente d'hier est-elle devenue aujourd'hui la compagne de Jésus? Marie-Madeleine a, depuis les origines, donné du grain à moudre à l'imaginaire. Regardons les textes.
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L'intrigue de «Da Vinci Code» tourne autour de la descendance supposée du couple formé par Jésus et Marie-Madeleine. Une oeuvre de fiction n'est pas l'histoire et on ne saurait reprocher à l'auteur d'avoir inventé, ou du moins brodé du virtuel sur du réel. Mais l'apparence scientifique de certaines explications peut donner une illusion de réalité. Si l'historien est désormais très prudent lorsqu'il s'agit de retrouver «le Jésus de l'histoire», il doit l'être tout autant à propos des personnages secondaires des évangiles. Marie-Madeleine en particulier a, presque depuis les origines, donné du grain à moudre à l'imaginaire. Regardons les textes.
Une disciple, témoin de la mort et de la résurrection
Dans les évangiles synoptiques (Marc, Matthieu, Luc), Marie de Magdala paraît auprès de la croix avec d'autres femmes, qui ont accompagné Jésus depuis la Galilée et, avec elles, va assister à la mise au tombeau de Jésus. Le surlendemain, elle revient au tombeau (avec une ou deux compagnes) pour embaumer le corps. Elles trouvent la tombe vide et sont les premières à entendre l'annonce de la résurrection. Marie-Madeleine émerge du groupe: les autres noms varient d'un évangile à l'autre, mais pas le sien, toujours cité en tête de liste. Faisant partie d'un groupe féminin de disciples de Jésus, elle joue un rôle-clé dans le témoignage sur la mort et la résurrection. Matthieu ajoute que Jésus lui apparaît en même temps qu'à une autre Marie; Luc nous apprend que «sept démons étaient sortis» d'elle, ce qui en fait une possédée libérée, mais pas une «pécheresse».
Marie-Madeleine et le désir du corps
L'évangile de Jean va développer le personnage. Si Marie-Madeleine y est toujours au pied de la croix avec d'autres, elle découvre seule la tombe vide. On la retrouve en pleurs devant le tombeau; Jésus lui apparaît, qu'elle ne reconnaît pas avant qu'il ne l'ait appelée par son nom. Ce qui est singulier dans ce récit, c'est combien Marie est obsédée par le corps de Jésus: «Ils ont pris mon Seigneur, et je ne sais pas où ils l'ont mis.» «Si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis et moi je vais le prendre.» Certes, il y a là une insistance sur l'absence corporelle du ressuscité. Mais en même temps le texte dégage une forte charge affective: les larmes, la voix, l'obsession du corps, prendre, toucher... Pour une lecture psychologisante, Marie prend les traits d'une amoureuse.
Jean développe aussi, avant le récit de la Passion, le personnage d'une autre Marie, la soeur de Marthe et de Lazare qui combine entre autres les traits de plusieurs personnages de Luc: Marie, soeur de Marthe, assise aux pieds de Jésus, et la pécheresse anonyme qui couvre ses pieds de baisers, les arrose de larmes, les essuie de ses cheveux et les parfume. Le personnage de Marie de Béthanie se trouve lui aussi fortement chargé d'affectivité. Une sorte de double de Marie-Madeleine.
Pécheresse et pénitente
La tradition postérieure va confondre les personnages: Marie-Madeleine, Marie de Béthanie et la pécheresse anonyme. Ceci va faire de Marie-Madeleine non plus une possédée guérie, mais une courtisane convertie. Elle aime beaucoup parce qu'il lui est beaucoup pardonné: l'amour convertit la débauche en repentir, l'amour profane devient amour sacré. La peinture assurera le succès de cette combinaison qui permet de représenter une coquette, cheveux épars, portant du parfum, éplorée au pied de la croix, et décente cependant parce que pénitente. Pendant des siècles on associera ainsi une forte expression de la féminité avec un éclatant modèle de pénitence. Convertie, la Madeleine est encore un personnage d'amoureuse.
Marie-Madeleine dans les évangiles gnostiques
Parmi les textes gnostiques conservés sur des papyrus coptes et retrouvés dans la seconde moitié du XXes., trois «évangiles» parlent de Marie-Madeleine. L'évangile selon Thomas, collection de paroles de Jésus que l'on peut dater de la fin du IIes., se termine par quelques lignes où Pierre refuse que Marie soit comptée parmi les disciples, parce qu'elle est une femme. Jésus s'y oppose: «Je vais la guider pour qu'elle devienne un esprit vivant, semblable à vous, mâles...» Au-delà de la dépréciation symbolique de la féminité, il y a une certaine ironie à l'égard des disciples et une mise en valeur de Marie, disciple exemplaire, guidée par Jésus.
L'évangile selon Marie est une révélation gnostique classique, dont une partie est transmise aux autres disciples par l'intermédiaire d'une vision reçue par Marie, intermédiaire d'une révélation secrète (comme, dans d'autres textes, Thomas, Jean, Jacques,...). Les disciples, et surtout Pierre, s'en offusquent.
L'évangile selon Philippe partage cette tradition d'une jalousie des disciples. Dans une des petites unités disparates qui le composent, nous lisons «La Sophia qui est appelée stérile est la mère des anges et la compagne du Fils est Marie-Madeleine. Le Sauveur aimait Marie plus que tous les disciples et l'embrassait souvent sur la bouche. Les autres disciples virent qu'il aimait Marie et lui dirent: «Pourquoi l'aimes-tu plus que nous tous?» Le Sauveur leur dit: «Pourquoi est-ce que je ne vous aime pas comme elle?»» En plus de l'idée de disciple préférée, s'abreuvant à la bouche de Jésus (image de la transmission de la connaissance), voilà qu'apparaît l'idée d'un couple Sauveur-Marie. Ceci est en fait une projection du système mythique de l'école valentinienne à laquelle appartient Philippe: comme Jésus est l'image terrestre du Sauveur céleste, Marie est la contrepartie terrestre de la Sagesse ou Sophia, compagne éternelle du Sauveur.
Bref, Marie-Madeleine est une disciple de plein droit, et même privilégiée, à laquelle résistent ou s'opposent les autres. On trouve là, peut-être, le souvenir d'une résistance à la marginalisation des femmes disciples -mais surtout l'écho de la situation marginale des gnostiques par rapport à une orthodoxie en train de s'affirmer. Quant à l'idée d'un couple Jésus-Marie, propre à Philippe, elle est la projection d'une mythologie. Il faut, par ailleurs, rappeler que ces textes gnostiques sont, en principe, hostiles au monde, aux relations sexuelles et à la procréation des enfants.
A chaque époque sa Madeleine
Pourquoi la pénitente d'hier est-elle devenue aujourd'hui l'épouse ou la compagne? Chaque époque voit le personnage à travers ses valeurs et son idée de l'homme. Il ne faut pas s'étonner qu'un regard différent sur la femme et la sexualité appelle une image différente de Marie-Madeleine. Si cela dit quelque chose de l'histoire, c'est de la nôtre plutôt que de celle de Jésus.
© La Libre Belgique 2004
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Marie-Madeleine. De la pécheresse repentie à l’épouse de Jésus
Régis Burnet, Marie-Madeleine. De la pécheresse repentie à l’épouse de Jésus, Editions du Cerf, Paris, 2004, 144 pages, 13 €.
Tout au long de l’été, les passionnés de thriller ne parlaient que de Da Vinci Code, un roman au succès planétaire où il est question de Marie Madeleine, présentée comme l’amante de Jésus...
Plus d’un chrétien s’en est étonné car sa méditation de l’Evangile ne lui a point fait percevoir ainsi cette figure de l’Evangile. D’où la question que l’on peut se poser : « Comment en est-on arrivé là ? ».
Pour y répondre, Régis Burnet, enseignant aux universités Paris-VII et Paris-VIII, a mené son enquête, n’hésitant pas même à rechercher ses informations dans les livres du Moyen-Age et sur de nombreux sites Internet. Il nous en livre les résultats dans un livre passionnant.
Il nous rappelle d’abord les données de l’Evangile, à savoir que le personnage de Marie de Magdala n’y fait que de très brèves apparitions. Présente à la fin de la vie de Jésus, elle fait partie des femmes au tombeau. Chez Jean, elle est même la première à voir le Christ ressuscité.
Mais, au cours des siècles, grande est la tentation d’assimiler divers personnages de femme à celui qui semble le plus important : l’amie de Jésus. Ainsi en a-t-il été de Marie de Béthanie et de la pécheresse pardonnée. Marie de Magdala devient alors Marie-Madeleine. L’auteur évoque même le « coup de force » du pape Grégoire le Grand (+ 604), donnant naissance à cette croyance ! Marie Madeleine apparaît dès lors comme le modèle même de la femme pécheresse, convertie au Christ et devenant témoin de la Résurrection et de la Vie.
Avec les gnostiques, un autre cas de figure apparaît. La « Madeleine » est initiée et amante, double du Christ et complétude, et devient une sorte d’alter ego du Sauveur.
Il ne reste plus qu’au film de Martin Scorserse (1988) de mettre en valeur La dernière Tentation du Christ pour que bien de nos contemporains se convainquent que Marie-Madeleine est la femme de Jésus !!! Qui plus est : les mouvements féministes s’empare de cette figure féminine reconstruite et en font une icône contestataire et un support de leurs revendications. Vient alors un esprit romanesque inventant à Jésus, dans Da Vinci Code et sur fond d’Opus Dei, une filiation en rapport avec la légende du Graal.
Face à de telles interprétations, nous nous sentons ô combien invités à retourner à la source même de l’Evangile qui n’est point un livre d’histoire mais un témoignage de foi, livre de vie pour toute la vie !
Marie-Madeleine, épouse de Jésus ?
Marie-Madeleine, épouse de Jésus et mère de son enfant ? La question n'aurait pas d'intérêt si un "thriller" au succès planétaire n'en avait pas fait l'un des éléments de son intrigue - recyclant ainsi des propos qui courent depuis le 19e siècle dans les cercles anti-cléricaux. Un petit livre présente le dossier.
Marie-Madeleine, épouse et seule vraie héritière de Jésus ? L’image issue du roman à succès de Dan Brown, "Da Vinci Code", a agacé R. Burnet. Dès lors, il a décidé de nous guider dans l’histoire de la réception de cette étonnante figure biblique.
Dans une première partie, il rappelle les données évangéliques sur trois femmes confondues par la suite : Marie de Magdala, Marie de Béthanie et la pécheresse de Lc 7. C’est à Grégoire le Grand, au VIe siècle, que l’on doit la superposition de ces figures ; pour Grégoire " Marie-Madeleine actualise la puissance de la pénitence […]son pouvoir réside dans son amour, qui la purifie comme un feu brûlant " (p. 33).
Une deuxième partie examine le chemin qui mène du témoin de la Résurrection (Jn 20) à l’amoureuse de Jésus, via un détour par les gnostiques d’autrefois ou certains courants féministes d’aujourd’hui.
La troisième partie s’attache à la figure de la pécheresse repentie, du moyen âge au XVIIe s. La dernière partie s’intéresse à Vézelay et à la Sainte-Baume, mais aussi – et ce n’est pas le moins intéressant – au changement de fonction de l’amie de Jésus à partir du XIXe s. : " au lieu de servir l’Église, elle sert à la pourfendre " (p. 91) : R. Burnet passe en revue l’érotisation des peintres, l’exégèse féministe et l’ésotérisme – dont le dernier avatar est le roman de Dan Brown.
La visite est menée au pas de course, avec érudition (298 notes reléguées en fin d’ouvrage) et verve. Pas un instant d’ennui. Le guide sait alterner généralités et " zooms " sur Bérulle, Titien, Vézelay etc… Il y a des impasses (sur la littérature – Alain-Fournier, P.-M. Beaude, par ex. – ou sur la spiritualité – Lataste et les Dominicaines de Béthanie) et des raccourcis (sur les théologies féministes). Mais pour qui désire aujourd’hui clés de compréhension et pistes de recherche, les voilà (regret : vu le nombre d’œuvres et d’auteurs cités, un index aurait été utile).
Régis Burnet, Marie-Madeleine. De la pécheresse repentie à l’épouse de Jésus, " Lire la Bible " Hors collection, Le Cerf, Paris, 2004, 138 pages
http://www.bible-service.net/site/539.html
Marie-Madeleine, femme et apôtre
Dossier de la Bible n°92 (mars 2002)
"Dic nobis, Maria, quid vidisti in via ?", "Dis-nous, Marie, Qu'as-tu vu en chemin ?" Ainsi commence un très ancien chant de la liturgie pascale. C'est à Marie de Magdala que la question est posée. La première, elle a vu le Seigneur Ressuscité et nous n'osons y croire : qu'elle nous le redise encore ! Son témoignage nous brûlera le cœur de l'inouï de Dieu : "… la vie s'est manifestée, et nous avons vu, et nous témoignons, et nous vous annonçons la vie…" (1ère lettre de St Jean 1,2). Aux apôtres encore incrédules, la magdaléenne a porté cette Bonne Nouvelle.
Elle mérite le titre "d'apôtre des apôtres", selon la formule d'Hippolyte de Rome (mort en 328). Marie, la jeune fille de Nazareth, a enfanté Dieu ; Marie de Magdala, envoyée par Jésus Vivant, a mis au monde le message de salut. Ce thème de la proclamation et du service de la Parole divine par des femmes est au centre de ce numéro. Il est introduit par un texte unique et beau comme l'aurore : la rencontre entre Jésus Ressuscité et Marie de Magdala racontée au chapitre 20 de l'Évangile selon St Jean. […]
16.02.2006
Jésus et marie-madeleine
Voici un excellent petit ouvrage que je recommande à tous ceux qui sesont plongés dans le Code Da Vinci.
Roland HUREAUX, Jésus et Marie-Madeleine, Paris, Perrin, 2005, 171 p.
L’auteur part de l’idée reçue jusqu’ici dans l’Église catholique selon laquelle les trois Marie de l’Évangile, à savoir Marie-Madeleine, Marie sœur de Lazare et la femme anonyme qui oint les pieds du Seigneur chez Simon le pharisien sont une seule et même personne. L’Orient a toujours vu en elles trois femmes distinctes. Dans l’Église latine, l’exégèse contemporaine tend à séparer Marie de Béthanie, identifiée à la pécheresse anonyme, de Marie-Madeleine. Quoi qu’il en soit, les éléments dont nous disposons sont suffisamment ténus pour qu’il soit permis de soutenir la thèse de l’unicité.
C’est donc, nous l’avons dit, celle que retient M. Hureaux, et qu’il développe avec une grande rigueur intellectuelle, en s’appuyant sur les textes bibliques qu’il cite abondamment. S’attachant d’abord « aux sources » (p. 13-38), il campe les divers personnages, faisant même appel aux livres apocryphes, mais pour relever que les textes retenus par la tradition chrétienne sont de loin les plus intéressants, et parlant aussi, bien entendu, des sources médiévales, notamment La Légende dorée de Jacques de Voragine, ainsi que La Vie érémitique de Marie-Madeleine et la Vie apostolique de Marie-Madeleine, des Xème-XIème siècles.
Dans le chap. « Une ou trois Madeleine ? » (p. 39-47), l’identification de la pécheresse à la sœur de Marthe et de Lazare ne pose pas de question. Pour Marie de Magdala, l’auteur souligne la remarque de Jésus dans Mc 14, 8 : « Elle a, par avance, parfumé mon corps pour l’ensevelissement. » « Il serait dès lors étonnant, conclut l’auteur, que celle qui, au matin de Pâques, […] dirige la toilette funéraire soit quelqu’un d’autre que la Mari, sœur de Marthe, et que celle qui, trois ou quatre jours avant, a opéré l’onction à Béthanie ait disparu de la circulation ou soir retombée dans la masse anonyme des femmes. »
Les chap. suivants vont servir de démonstration de cette thèse. Tout d’abord, en présentant « qui était Marie-Madeleine » (p. 49-64) : il examine les différentes hypothèses avancées par les auteurs : une Galiléenne (ce qu’elle est certainement), une fille de bonne famille (mais rien n’avère les grandes possessions attribuées à sa famille), une pécheresse de la chair (l’Évangile l’atteste), une Juive hellénisée (ce qui n’est guère démontrable), une possédée (Matthieu et Luc l’affirment), la promise de Jésus, comme l’affirme l’écrivain Kazantzakis, repris par le cinéaste Scorsese, Marie-Madeleine étant une cousine de Jésus… Mais, dit M. Hureaux, à l’époque de Jésus, la société juive était exogame, en ce sens qu’on se mariait en dehors de sa parenté. De toute façon cette hypothèse ne tient pas.
Le chap. suivant présente « le privilège de Marie » (p. 65-80) d’être la première à voir le ressuscité au matin de Pâques. Montrant le rapport de Jésus à la femme adultère, aux femmes apôtres, et la différence de traitement accordé à la femme de l’onction qui « aima beaucoup », il voit en elle assurément la beata dilecta Christi. « Il fait, pensons-nous, partie de la doctrine chrétienne que l’amour universel et des amitiés spéciales ne soient pas incompatibles, aussi peu rationnel que cela paraisse » (p. 79). L’auteur aurait pu préciser que cela s’explique en fait par la réalité et la perfection de la nature humaine du Christ. La relation instaurée avec Marie-Madeleine est « une relation qui ne passe pas » (p. 81-98), même si, au cours des siècles, l’identification des trois femmes a eu du mal à s’imposer, peut-être par suite de la nature de femme, et qui plus est de pécheresse, de l’une d’elles. On a opposé Marie à la Vierge Marie, ou à Pierre. Mais Jésus, nous dit l’auteur, « a résolu le complexe d’Œdipe » : « Les Évangiles, dans ce qu’ils nous rapportent des relations de Jésus avec Marie sa mère, puis les autres femmes, et en premier chef Marie-Madeleine montrent qu’il fut tout le contraire d’un homme demeuré “dans les jupes de sa mère” » (p. 97). Mais pourquoi refuser la « légende » selon laquelle le Christ aurait apparu en premier à sa Mère ? Les Écritures n’en pipent pas mot, certes, mais cela reste quand même du domaine du vraisemblable : le Christ a-t-il pu ne pas tenir compte de l’amour de Marie et du rôle qu’elle a joué dans la Rédemption ?
L’auteur se demande ensuite « jusqu’où ? » (p. 99-116) est allée la relation de Jésus avec Marie-Madeleine, montrant bien que rien dans l’Évangile ne permet de dire que ces relations aient eu un caractère charnel. Il précise la position des Juifs de l’époque face à la virginité, tout en soulignant que Jésus « avait pris ses distances avec la conception juive traditionnelle du mariage » et que le « critère de la vraisemblance » avancé par certains en faveur de relations sexuelles ne tient pas face aux textes, pas plus que l’affirmation que Jésus aurait eu un fils caché de Marie-Madeleine. Cette idée est fantaisiste aussi « parce qu’elle tourne le dos à ce qui fait la grandeur et l’originalité du christianisme : son universalisme ». En effet, « c’est parce qu’il est sans postérité charnelle que le Christ peut ouvrir l’Église à tous les peuples ». L’auteur prend le parti d’un mariage mystique entre Jésus et Marie-Madeleine.
Une autre question qui retient l’attention est celle de « Marie-Madeleine initiée ? » (p. 117-135), affirmation propre à la gnose et à son ambiguïté face à la sexualité, présente dans la Pistis Sophia, la légende du Saint-Graal. L’auteur développe le sens chrétien de la sexualité, qui se traduit par le « don total d’une personne à une autre, et [de ce fait] total, exclusif et pérenne ».
L’avant-dernier chap. nous fait entrer dans « le secret de Marie-Madeleine » (p. 136-158), en revenant sur les scènes de Béthanie où nous voyons un geste gratuit, la réaction de Judas, et où nous percevons aussi l’actualité de Marie-Madeleine, aussi bien quant à la splendeur à réserver au culte divin, qu’à la meilleure part choisie par Marie, au pardon qu’elle reçoit et à sa foi.
L’auteur termine son étude par un « épilogue. Marie-Madeleine après Pâques » (p. 159-170). La disparition de Marie-Madeleine, conne celle de six des onze apôtres, s’explique par le fait qu’ils ont « disparu de l’horizon qui est celui du Nouveau Testament ». « Le silence sur Marie-Madeleine pourrait signifier tout simplement qu’elle serait partie ailleurs », ce que tend à attester la légende de sa présence à Marseille, qu’elle évangélise, et des trente ans qu’elle passe à vivre en ermite dans la grotte de la Sainte-Baume, légende qui a « alimenté une longue tradition de piété populaire », qui dure encore, et une riche iconographie.
L’auteur, père de famille nombreuse, a voulu avec ce livre « tordre le coup » aux allégations blasphématoires d’un journaliste qui joue, dangereusement, au théologien, ou d’un écrivain dont le succès avéré repose sur la recherche du sensationnel, chacun d’entre eux sous un vernis de pseudo érudition. Il a fait œuvre utile et son travail mérite d’être lu, car il est particulièrement éclairant et, ce qui ne gâte rien, écrit dans un style très coulant.
Dominique LE TOURNEAU
source
Marie-Madeleine et son énigme
Jacques Nieuviarts, bibliste, recale l'approche biblique du personnage de Marie-Madeleine. Un parcours intéressant qui clarifie le débat.
Délivrée de sept démons, Marie-Madeleine est aussi "témoin de l'essentiel". Dans les évangiles, elle est présente au moment de la mort et de la résurrection de Jésus.
Une figure qui fascine
Apôtre, prêcheuse, pécheresse repentie, ascète, mystique… On a tout dit de Marie-Madeleine, visage ou personnage qui depuis longtemps fascine ou fait rêver. Parce qu’elle est une belle figure de femme. Parce qu’elle est pécheresse repentie. Parce que les évangiles la montrent proche de Jésus. Mais pourquoi donc cette proximité, qui en a fait gamberger plus d’un, surtout après la lecture de quelques apocryphes un peu croustillants. Mais qu’en est-il ?
Délivrée de sept démons !
Marie-Madeleine est souvent nommée dans les évangiles. Et il serait intéressant de voir quels textes reviennent à la mémoire quand on parle d’elle et que l’on fait d’elle le portrait contrasté évoqué plus haut. Parmi ces textes figurerait sûrement celui, un peu énigmatique, de Luc : Jésus, dit-il, passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l'accompagnaient, ainsi que des femmes qu'il avait délivrées d'esprits mauvais et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept démons), Jeanne, femme de Kouza, l'intendant d'Hérode, Suzanne, et beaucoup d'autres, qui les aidaient de leurs ressources (Lc 8, 1-3).
Une cohorte de femmes suit Jésus, montrant sa liberté de relation, dans une société qui supportait peu une telle proximité. D’autant que si l’une ou l’autre de ces femmes appartient à la bonne ou à la haute société, plusieurs portent encore la trace de la misère ou de la détresse qui les a marquées. C’est le cas de Marie-Madeleine, libérée de sept démons !
Pécheresse publique ?
Bien-sûr il faut se souvenir qu’au temps de Jésus, la maladie, la fièvre, la possession diabolique, étaient autant d’aspects, comme le péché, de la rupture avec le monde de Dieu. On ne parlerait plus ainsi aujourd’hui. Aussi demeurons-nous avec nos questions sur ce que pouvaient signifier ces sept démons. Le rapprochement dès lors avec la femme pécheresse qui intervient chez Simon le pharisien, dans le même évangile de Luc (Lc 7, 36-38), est tentant. Jésus est à table chez Simon le pharisien. Entre une femme, qui se jette aux pieds de Jésus et pleure, puis essuie les pieds de Jésus de ses cheveux, avant de verser sur eux un flacon de parfum rare. Chacun se rengorge en sa dignité, et murmure au scandale…
Cette femme n’est pas nommée et demeure ainsi – pour toujours – anonyme. Mais il était tentant d’y voir Marie-Madeleine, qui devient dès lors la prostituée que beaucoup imaginent. Et ses sept démons sont identifiés ! Mais tout repose sur l’imagination. Car nulle part cela n’est dit !
Femme aux mille visages
Peu à peu, d’autres figures de femmes demeurées elles aussi anonymes dans les évangiles, et que rien n’autorise véritablement à identifier, rejoignent et enrichissent le portrait de Marie-Madeleine. On rapproche ainsi la pécheresse qui versa du parfum sur les pieds de Jésus chez Simon le pharisien, de celle qui en versa sur la tête de Jésus… chez Simon le lépreux, et dont nous parle Marc, soulignant l’exception de ce geste, qui préfigure la mort de Jésus, faisant sur lui un geste qui ne sera pas fait alors, précise Marc. D’ailleurs la mort ne pourra le retenir (Mc 14).
Jean parle d’un même geste à Béthanie. Il s’agit alors de Marie sœur de Lazare (Jn 12, 2-3). Serait-ce la même ? Et un même geste suffit-il à les identifier toutes en une ? L’analyse sur ces textes, en effet, ne permet pas d’en dire entièrement l’histoire, ni le chemin qu’emprunta la transmission de la mémoire initiale. S’agissait-il d’un même geste ou de plusieurs ? D’une ou plusieurs Marie ?
La liberté de Jésus dans ses paroles, et sa proximité de tous, la proximité qu’il eut également à l’égard de plusieurs femmes qui le suivaient – verbe qui désigne le disciple –, la considération qu’il leur porta, le geste qui libéra Marie-Madeleine de sept démons, cela explique peut-être l’attachement qu’elle ou plusieurs, purent avoir envers lui.
Témoin de l’essentiel
Mais si nous suivons Marie-Madeleine à la trace, en feuilletant les évangiles, nous constatons que si elle est mentionnée en chemin avec Jésus, par Luc, elle est essentiellement mentionnée, dans les trois autres évangiles, au moment de la mort et de la résurrection de Jésus.
Jean la montre au pied de la croix : près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine… (Jn 19, 25-27). Le récit de Matthieu est proche : Il y avait là, dit-il, plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée (Mt 27, 55-56). Et Marie-Madeleine est encore présente quand Joseph d’Arimathie recueille le corps de Jésus pour le mettre au tombeau : Marie Madeleine et l'autre Marie étaient là, assises en face du tombeau (Mt 27, 61).
Présente à la résurrection
L’ensemble des évangiles dit la présence des femmes – dont on le voit, plusieurs s’appellent Marie –, au tombeau, ensemble, au matin de la résurrection. Elles sont deux chez Matthieu (28, 1), trois chez Marc (Mc 16), et plus même chez Luc (Lc 23, 49 ; énumération en 24, 10-11). Selon une habitude qu’il affectionne, Jean réalise dans son récit un gros plan sur un personnage unique : Marie-Madeleine. Il n’est plus question alors, comme dans les autres évangiles, des aromates apportés par les femmes au tombeau, ce qui place la démarche de Marie-Madeleine sous un jour de gratuité totale, étonnante.
La rencontre avec Jésus prend dès lors une intensité considérable, et l’attachement que Marie-Madeleine manifeste à son Maître, dans un désarroi saisissant, son désir de le retenir, la tonalité presque sensuelle donnée au récit, font de ce récit une page d’exception, qui a inspiré peintres, artistes, romanciers et écrivains, de façon prodigieuse. La pécheresse publique pardonnée que l’on imaginait à partir des premiers textes, montre un tel attachement à Jésus. Et elle devient apôtre, envoyée vers les Douze à qui elle annonce : J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit (Jn 20, 18), en même temps qu’elle est figure du croyant, appelé à se mettre à l’écoute du Maître, qui appelle chacun par son nom et appelle à le suivre.
Marie-Madeleine, amante de Jésus ?
Les évangiles apocryphes (litt. : d’origine cachée) ont amplifié considérablement le portrait, en particulier avec la découverte en 1945 des manuscrits de la communauté gnostique de Nag Hammadi, dans la vallée du Nil, et la mise au jour des évangiles de Philippe, de Thomas et de Marie… Madeleine. Plus tardifs que les évangiles dits canoniques, – ceux que nous connaissons – ils évoquent la proximité de Marie-Madeleine à l’égard de Jésus et la tendresse particulière de Jésus pour elle. L’Evangile de Philippe va même plus loin, et en a bouleversé plus d’un : Le Seigneur, dit-il, aimait Marie plus que les disciples et il l’embrassait souvent sur la bouche… Et Pierre dit : Sœur, nous savons que l’Enseigneur t’a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les paroles qu’il ta dites, dont tu te souviens et dont nous n’avons pas connaissance… […] Est-il possible que l’Enseigneur se soit entretenu avec une femme sur des secrets que nous nous ignorons ? […] L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ?
L’évangile de Thomas nous emmène plus loin dans l’énigme : Jésus dit : ‘voici que je vais la guider afin de la faire mâle, pour qu’elle devienne elle aussi, un esprit vivant semblable à vous mâles. Car toute femme qui se fera mâle enterra dans le royaume des cieux.
La marque gnostique
Ces textes portent fortement la marque "gnostique" : homme et femme n’entretiennent pas les relations que l’on imaginerait, où il est question de secrets et de connaissance initiatique, où aimer, c’est peut-être introduire dans le secret plus qu’aimer d’amour ou d’affection. Le baiser de Jésus à Marie-Madeleine, dès lors, est-il de nature érotique ou initiatique ? On peut en douter. Et l’on est dans un autre portrait de Marie-Madeleine. Tout autre même. Du côté d’un salut par la connaissance, loin du ressuscité que Marie-Madeleine rencontre avec émotion dans le jardin, au matin de Pâques.
Sainte Marie-Madeleine
Qui est donc Marie-Madeleine, si proche de Jésus et en même temps si mystérieuse ? Est-elle la pécheresse, prostituée, qui a traversé l’histoire, ou la mystique exemplaire dont se sont emparées poètes et peintres avec une fascination étonnante. Originaire du village de Magdala, au bord du lac de Tibériade, comme son nom l’indique, elle a fait dans les évangiles puis les imaginations, un parcours étonnant. La légende la fait aller jusqu’à la Sainte Beaume en Provence, qui garde avec une sainte vénération son souvenir, sans percer entièrement son mystère, comme l’écrivit ce poète. Les témoignages des évangiles, en tout cas, sont beaucoup trop insistants pour que l’on dise qu’elle n’a jamais existé. Et le réel résistera toujours un peu au rêve.
Jacques Nieuviarts
source
Mary : (film)
Sortie(s) : 21 décembre 2005 (France)
Réalisé par: Abel Ferrara
Avec: Juliette Binoche, Forest Whitaker, Matthew Modine, Heather Graham, Marion Cotillard, Stefania Rocca, Gisella Marengo, Francine Berting, Massimo Cortesi
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Mary s'inspire de la mythique Marie Madeleine, disciple de Jésus.
Ce récit évoque trois personnages liés par son esprit et son mystère...
Marie Palesi, actrice, l'incarne pour le cinéma et reste illuminée par ce personnage.
Tony Childress, réalisateur, joue Jésus Christ dans son propre film.
Ted Younger, célèbre journaliste, anime une émission sur la foi.
Entre fascination et quête spirituelle, le destin les réunira...
Les métamorphoses de Marie-Madeleine 2
Marie-Madeleine et son énigme
Jacques Nieuviarts, bibliste, recale l'approche biblique du personnage de Marie-Madeleine. Un parcours intéressant qui clarifie le débat.
Délivrée de sept démons, Marie-Madeleine est aussi "témoin de l'essentiel". Dans les évangiles, elle est présente au moment de la mort et de la résurrection de Jésus.
Une figure qui fascine
Apôtre, prêcheuse, pécheresse repentie, ascète, mystique… On a tout
dit de Marie-Madeleine, visage ou personnage qui depuis longtemps
fascine ou fait rêver. Parce qu’elle est une belle figure de femme.
Parce qu’elle est pécheresse repentie. Parce que les évangiles la
montrent proche de Jésus. Mais pourquoi donc cette proximité, qui en a
fait gamberger plus d’un, surtout après la lecture de quelques
apocryphes un peu croustillants. Mais qu’en est-il ?
Délivrée de sept démons !
Marie-Madeleine est souvent nommée dans les évangiles. Et il serait
intéressant de voir quels textes reviennent à la mémoire quand on parle
d’elle et que l’on fait d’elle le portrait contrasté évoqué plus haut.
Parmi ces textes figurerait sûrement celui, un peu énigmatique, de Luc
: Jésus, dit-il, passait à travers villes et villages, proclamant la
Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l'accompagnaient, ainsi que
des femmes qu'il avait délivrées d'esprits mauvais et guéries de leurs
maladies : Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept
démons), Jeanne, femme de Kouza, l'intendant d'Hérode, Suzanne, et
beaucoup d'autres, qui les aidaient de leurs ressources (Lc 8, 1-3).
Une
cohorte de femmes suit Jésus, montrant sa liberté de relation, dans une
société qui supportait peu une telle proximité. D’autant que si l’une
ou l’autre de ces femmes appartient à la bonne ou à la haute société,
plusieurs portent encore la trace de la misère ou de la détresse qui
les a marquées. C’est le cas de Marie-Madeleine, libérée de sept démons
!
Pécheresse publique ?
Bien-sûr il faut se souvenir qu’au temps de Jésus, la maladie, la
fièvre, la possession diabolique, étaient autant d’aspects, comme le
péché, de la rupture avec le monde de Dieu. On ne parlerait plus ainsi
aujourd’hui. Aussi demeurons-nous avec nos questions sur ce que
pouvaient signifier ces sept démons. Le rapprochement dès lors avec la
femme pécheresse qui intervient chez Simon le pharisien, dans le même
évangile de Luc (Lc 7, 36-38), est tentant. Jésus est à table chez
Simon le pharisien. Entre une femme, qui se jette aux pieds de Jésus et
pleure, puis essuie les pieds de Jésus de ses cheveux, avant de verser
sur eux un flacon de parfum rare. Chacun se rengorge en sa dignité, et
murmure au scandale…
Cette femme n’est pas nommée et demeure ainsi –
pour toujours – anonyme. Mais il était tentant d’y voir
Marie-Madeleine, qui devient dès lors la prostituée que beaucoup
imaginent. Et ses sept démons sont identifiés ! Mais tout repose sur
l’imagination. Car nulle part cela n’est dit !
Femme aux mille visages
Peu à peu, d’autres figures de femmes demeurées elles aussi anonymes
dans les évangiles, et que rien n’autorise véritablement à identifier,
rejoignent et enrichissent le portrait de Marie-Madeleine. On rapproche
ainsi la pécheresse qui versa du parfum sur les pieds de Jésus chez
Simon le pharisien, de celle qui en versa sur la tête de Jésus… chez
Simon le lépreux, et dont nous parle Marc, soulignant l’exception de ce
geste, qui préfigure la mort de Jésus, faisant sur lui un geste qui ne
sera pas fait alors, précise Marc. D’ailleurs la mort ne pourra le
retenir (Mc 14).
Jean parle d’un même geste à Béthanie. Il s’agit
alors de Marie sœur de Lazare (Jn 12, 2-3). Serait-ce la même ? Et un
même geste suffit-il à les identifier toutes en une ? L’analyse sur ces
textes, en effet, ne permet pas d’en dire entièrement l’histoire, ni le
chemin qu’emprunta la transmission de la mémoire initiale.
S’agissait-il d’un même geste ou de plusieurs ? D’une ou plusieurs
Marie ?
La liberté de Jésus dans ses paroles, et sa proximité de
tous, la proximité qu’il eut également à l’égard de plusieurs femmes
qui le suivaient – verbe qui désigne le disciple –, la considération
qu’il leur porta, le geste qui libéra Marie-Madeleine de sept démons,
cela explique peut-être l’attachement qu’elle ou plusieurs, purent
avoir envers lui.
Témoin de l’essentiel
Mais si nous suivons Marie-Madeleine à la trace, en feuilletant les
évangiles, nous constatons que si elle est mentionnée en chemin avec
Jésus, par Luc, elle est essentiellement mentionnée, dans les trois
autres évangiles, au moment de la mort et de la résurrection de Jésus.
Jean
la montre au pied de la croix : près de la croix de Jésus se tenait sa
mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie
Madeleine… (Jn 19, 25-27). Le récit de Matthieu est proche : Il y avait
là, dit-il, plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient
suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient
Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des
fils de Zébédée (Mt 27, 55-56). Et Marie-Madeleine est encore présente
quand Joseph d’Arimathie recueille le corps de Jésus pour le mettre au
tombeau : Marie Madeleine et l'autre Marie étaient là, assises en face
du tombeau (Mt 27, 61).
Présente à la résurrection
L’ensemble des évangiles dit la présence des femmes – dont on le
voit, plusieurs s’appellent Marie –, au tombeau, ensemble, au matin de
la résurrection. Elles sont deux chez Matthieu (28, 1), trois chez Marc
(Mc 16), et plus même chez Luc (Lc 23, 49 ; énumération en 24, 10-11).
Selon une habitude qu’il affectionne, Jean réalise dans son récit un
gros plan sur un personnage unique : Marie-Madeleine. Il n’est plus
question alors, comme dans les autres évangiles, des aromates apportés
par les femmes au tombeau, ce qui place la démarche de Marie-Madeleine
sous un jour de gratuité totale, étonnante.
La rencontre avec Jésus
prend dès lors une intensité considérable, et l’attachement que
Marie-Madeleine manifeste à son Maître, dans un désarroi saisissant,
son désir de le retenir, la tonalité presque sensuelle donnée au récit,
font de ce récit une page d’exception, qui a inspiré peintres,
artistes, romanciers et écrivains, de façon prodigieuse. La pécheresse
publique pardonnée que l’on imaginait à partir des premiers textes,
montre un tel attachement à Jésus. Et elle devient apôtre, envoyée vers
les Douze à qui elle annonce : J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il
m'a dit (Jn 20, 18), en même temps qu’elle est figure du croyant,
appelé à se mettre à l’écoute du Maître, qui appelle chacun par son nom
et appelle à le suivre.
Marie-Madeleine, amante de Jésus ?
Les évangiles apocryphes (litt. : d’origine cachée) ont amplifié
considérablement le portrait, en particulier avec la découverte en 1945
des manuscrits de la communauté gnostique de Nag Hammadi, dans la
vallée du Nil, et la mise au jour des évangiles de Philippe, de Thomas
et de Marie… Madeleine. Plus tardifs que les évangiles dits canoniques,
– ceux que nous connaissons – ils évoquent la proximité de
Marie-Madeleine à l’égard de Jésus et la tendresse particulière de
Jésus pour elle. L’Evangile de Philippe va même plus loin, et en a
bouleversé plus d’un : Le Seigneur, dit-il, aimait Marie plus que les
disciples et il l’embrassait souvent sur la bouche… Et Pierre dit :
Sœur, nous savons que l’Enseigneur t’a aimée différemment des autres
femmes. Dis-nous les paroles qu’il ta dites, dont tu te souviens et
dont nous n’avons pas connaissance… […] Est-il possible que
l’Enseigneur se soit entretenu avec une femme sur des secrets que nous
nous ignorons ? […] L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ?
L’évangile
de Thomas nous emmène plus loin dans l’énigme : Jésus dit : ‘voici que
je vais la guider afin de la faire mâle, pour qu’elle devienne elle
aussi, un esprit vivant semblable à vous mâles. Car toute femme qui se
fera mâle enterra dans le royaume des cieux.
La marque gnostique
Ces textes portent fortement la marque "gnostique" : homme et femme n’entretiennent pas les relations que l’on imaginerait, où il est question de secrets et de connaissance initiatique, où aimer, c’est peut-être introduire dans le secret plus qu’aimer d’amour ou d’affection. Le baiser de Jésus à Marie-Madeleine, dès lors, est-il de nature érotique ou initiatique ? On peut en douter. Et l’on est dans un autre portrait de Marie-Madeleine. Tout autre même. Du côté d’un salut par la connaissance, loin du ressuscité que Marie-Madeleine rencontre avec émotion dans le jardin, au matin de Pâques.
Sainte Marie-Madeleine
Qui est donc Marie-Madeleine, si proche de Jésus et en même temps si mystérieuse ? Est-elle la pécheresse, prostituée, qui a traversé l’histoire, ou la mystique exemplaire dont se sont emparées poètes et peintres avec une fascination étonnante. Originaire du village de Magdala, au bord du lac de Tibériade, comme son nom l’indique, elle a fait dans les évangiles puis les imaginations, un parcours étonnant. La légende la fait aller jusqu’à la Sainte Beaume en Provence, qui garde avec une sainte vénération son souvenir, sans percer entièrement son mystère, comme l’écrivit ce poète. Les témoignages des évangiles, en tout cas, sont beaucoup trop insistants pour que l’on dise qu’elle n’a jamais existé. Et le réel résistera toujours un peu au rêve.
Jacques Nieuviarts
source
Mary : (film)
Sortie(s) : 21 décembre 2005 (France)
Réalisé par: Abel Ferrara
Avec:
Juliette Binoche, Forest Whitaker, Matthew Modine, Heather Graham,
Marion Cotillard, Stefania Rocca, Gisella Marengo, Francine Berting,
Massimo Cortesi
bandes annonces
Mary s'inspire de la mythique Marie Madeleine, disciple de Jésus.
Ce récit évoque trois personnages liés par son esprit et son mystère...
Marie Palesi, actrice, l'incarne pour le cinéma et reste illuminée par ce personnage.
Tony Childress, réalisateur, joue Jésus Christ dans son propre film.
Ted Younger, célèbre journaliste, anime une émission sur la foi.
Entre fascination et quête spirituelle, le destin les réunira...
20 mai 2006
Livre Da Vinci code contre essai original sur La cène de Léonard de Vinci. 1
Posted on Mercredi, janvier 26 @ 19:23:02 CET
- Un travail inédit de l'ami Thierry Frey. Une mise en perspective de la symbolique de la Cène de Léonard de Vinci qui est légèrement antérieure au succès de librairie du " Da Vinci code " mais qui porte grosso modo sur le même sujet.
- Il s'agit ici avant tout pour l'auteur d'essayer de comprendre le tableau et non pas de se positionner pour ou contre le Da Vinci Code. Même si la critique du livre est implicite ici.
- Il est question entre autre, du mariage de Jésus avec Marie Madeleine, de l'homosexualité de " Da Vinci ", de Saint Jean efféminé … Tous les ingrédients d'un best-seller, que Thierry finit par démonter...
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Thierry tient à faire l'honnête mise au point suivante : "... depuis mon travail, j'ai appris que mes renseignements sur le prieuré de Sion seraient faux, et qu'il s'agirait d'une invention récente !!! C'est donc à prendre avec réserve ; maintenant que tout le monde en parle et fait des recherches, on finit par apprendre des choses "
- Le document est présenté avec des photos de qualité sur des pages annexes à cliquer.
Thierry Frey : L'idée de ce travail m'est venue il y a plus d'un an en lisant le livre " la révélation des Templiers ; gardiens secrets de l'identité du Christ " livre traduit de l'anglais en 1999.
Les Internautes qui auraient déjà lu " Da Vinci code " seront moins surpris que les autres, par mon travail puisque ce livre best seller a quelque peu défloré le sujet, tout en le dénaturant cependant.
Ce texte est construit comme un cheminement menant à des découvertes progressives, comme je les ai vécues moi même, elle nous mène à la notion de vérité au singulier et de vérités au pluriel.
Il s'agit en fait plutôt d'une synthèse, d'un résumé de mes lectures et recherches, mais pas d'une réflexion approfondie.
Je vous invite donc à entreprendre maintenant ce voyage...
- Né en 1452 dans le village de Vinci proche de Florence, Léonard véritable génie, fait preuve d'une étonnante diversité de compétences puisqu'il sera tour à tour dessinateur de talent, ingénieur futuriste, architecte, inventeur visionnaire, musicien, philosophe, anatomiste, peintre.
Il est mandaté pour réaliser une fresque sur le mur du fond du réfectoire du couvent de Ste Marie des Grâces à Milan.
Léonard réalise avec sa fresque un espèce de trompe l'œil en perspective qui semble prolonger le fond du réfectoire et qui montre le Christ devant une table au cours d'un repas.
Vous remarquerez que la scène semble être éclairée par la gauche comme si elle l'était réellement, par les vrais deux fenêtres de la pièce disposées à gauche. La partie supérieure de la fresque semble être le prolongement des demi arches du plafond qui se termine par trois arches.
Les lignes de fuites convergent vers l'œil de Jésus et orientent le regard vers le personnage central tout en lui donnant plus d'importance encore.
- Malheureusement, et vous allez le comprendre tout de suite, Léonard innove et expérimente une nouvelle technique ; il ne s'agit pas vraiment d'une fresque mais d'une peinture murale faite à la détrempe sur un mur de plâtre ; la détrempe étant une émulsion de craie, d'eau, d'huile et d'un liant ; généralement de la colle d'os.
- La fresque commence déjà à se détériorer 20 ans après la fin de son exécution, vraisemblablement à cause de l'humidité, ce qui provoque à l'époque une polémique mettant en cause les compétences de Léonard. Dès 1780 les premières interventions de restauration commencent à la détrempe ou à la gouache, en vernissant tout le mur à l'huile, ce qui dissimule la peinture d'origine sous des repeints. Dès la deuxième rénovation les premiers ajouts sont raclés et remplacés par des ajouts à la peinture à l'huile. Vers 1800 nouvelle période de restauration sur d'autres zones de la fresque, en 1821 toute la partie de la nappe située sous le Christ est consolidée avec de la colle animale avant d'être détachée, dès 1850 on tente une consolidation de l'ensemble suivie d'un nettoyage.
Lors des bombardements de 1943 le toit du bâtiment s'effondre et trois murs sont fortement endommagés, la fresque subit alors les affronts conjugués de la poussière et de l'humidité, la peinture est complètement noircie, se présentant comme un tissu caoutchouteux qui au moindre contact perd non seulement sa couleur mais aussi l'impression en plâtre sous-jacente. Dès 1947 et jusqu'aux années 1970 la fresque subit à nouveaux des travaux d'élimination des anciens repeints et d'essais de restauration des sous couches originales. C'est en 1993 seulement que la dernière et 9ème restauration réussit à rendre à la fresque une approche fidèle de la peinture originale de Léonard, mais limitée à des fragments qui nous permettent à présent d'imaginer ce qu'était l'œuvre originale ; certaines zones ne sont plus lisibles sur l'original, alors que l'on trouve de nombreuses reproductions faites au cours des siècles.
Ces reproductions qui sont autant d'interprétations dont il faut se méfier, ont contribué à installer dans la conscience collective une certaine image de la cène conforme à la pensée commune mais différente sans doute de l'idée originale que voulait exprimer Léonard.
Allé à Milan cet été pour voir de mes yeux l'œuvre j'ai été très impressionné par le mystère qui demeure dans cette grande fresque abîmée. J'ai même eu l'impression que je me trouvais en face de Léonard qui essayait de me transmettre des messages réservés à quelques initiés...
- L'observation attentive de l'œuvre avec un œil critique et neuf nous amène à nous poser quelques questions relatives à ce que chaque chrétien s'attend à trouver dans la représentation du dernier repas de Jésus.
Il n'y a pas sur la table de coupe de vin devant le Christ seulement quelques gobelets.
Quant au pain rompu et à partager, il n'est pas conforme à l'idée symbolique à laquelle nous sommes habitués.
Observons les visages, pas là non plus de représentation habituelle, pas de disciples sereins ou étonnés mais plutôt des visages tendus, courroucés, des positions agressives, remarquez l'expression des personnages.
Que veut signifier Thomas avec son doigt levé et menaçant ?
Que peut signifier cette main en surnombre armée d'un poignard ? ( située au dessus de l'assiette au milieu de l'image). Il est impossible qu'elle appartienne à un des convives, aucun ne pouvant se tordre le bras de la sorte
Comment enfin est représenté Jean dit " le bien aimé " qui, selon les écritures " était si proche de Jésus qu'il était couché sur son sein " ?
Il est représenté tendu à l'opposée de Jésus. En regardant plus en détails il semble que ce soit une femme si l'on en juge par la finesse du visage et des mains, par les cheveux, le collier en or et même les formes de la poitrine.
Cette femme car s'en est une à n'en point douter porte des vêtements qui accentuent sa nature particulière ; ils font pendant à ceux de Jésus l'un porte un manteau rouge et une robe bleue, l'autre un manteau bleu et une robe rouge de même facture. Aucun des autres convives n'a des vêtements qui reflètent ceux du Christ, voilà assurément un personnage qui nous est présenté comme très proche, voir complémentaire de Jésus. On remarque également que l'ensemble formé par Jésus et cette femme dessine un grand M, un peu comme si les deux personnages avaient été unis à hauteur de la taille.
- Il semble en fait que Léonard s'amusait à réaliser pour ses clients qui lui commandaient des œuvres religieuses classiques, des tableaux qui n'avaient rien d'orthodoxe. Léonard espérait il que seuls quelques observateurs initiés puisent décrypter son message ?
A t-il utilisé cette fresque pour véhiculer une croyance qu'il aurait été suicidaire de formuler de façon plus précise ? Pourquoi Léonard aurait-il risqué sa réputation et sa vie ? L'inquisition faisant encore des ravages à son époque.
Contemplons encore cette œuvre et remarquons que l'un des deux personnages de droite qui se permet de tourner le dos au Rédempteur a les traits de Léonard lui même. Un autre peintre de la renaissance n'aurait jamais introduit dans un tableau un détail fortuit ou visant simplement à faire beau.
Si l'on a souvent présenté Léonard comme un chrétien pieux dont les tableaux reflètent la profondeur de la foi, nous venons de nous apercevoir qu'il présente une imagerie fort éloignée de l'orthodoxie chrétienne. Peindre la cène sans montrer de vin revient à peindre un couronnement sans représenter de couronne.
Ou bien l'artiste a raté son œuvre, ou bien il a atteint un autre objectif celui de se présenter en hérétique, en homme ayant des convictions religieuses certes, mais divergentes, voire antagonistes de celles de l'orthodoxie. La cène ainsi que d'autres œuvres nous livreraient en réalité le code secret du peintre.
