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21 mai 2006

Les métamorphoses de Marie-Madeleine 2

Marie-Madeleine et son énigme

Jacques Nieuviarts, bibliste, recale l'approche biblique du personnage de Marie-Madeleine. Un parcours intéressant qui clarifie le débat.

Délivrée de sept démons, Marie-Madeleine est aussi "témoin de l'essentiel". Dans les évangiles, elle est présente au moment de la mort et de la résurrection de Jésus.

Une figure qui fascine

Apôtre, prêcheuse, pécheresse repentie, ascète, mystique… On a tout dit de Marie-Madeleine, visage ou personnage qui depuis longtemps fascine ou fait rêver. Parce qu’elle est une belle figure de femme. Parce qu’elle est pécheresse repentie. Parce que les évangiles la montrent proche de Jésus. Mais pourquoi donc cette proximité, qui en a fait gamberger plus d’un, surtout après la lecture de quelques apocryphes un peu croustillants. Mais qu’en est-il ?
Délivrée de sept démons !

Marie-Madeleine est souvent nommée dans les évangiles. Et il serait intéressant de voir quels textes reviennent à la mémoire quand on parle d’elle et que l’on fait d’elle le portrait contrasté évoqué plus haut. Parmi ces textes figurerait sûrement celui, un peu énigmatique, de Luc : Jésus, dit-il, passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l'accompagnaient, ainsi que des femmes qu'il avait délivrées d'esprits mauvais et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept démons), Jeanne, femme de Kouza, l'intendant d'Hérode, Suzanne, et beaucoup d'autres, qui les aidaient de leurs ressources (Lc 8, 1-3).
Une cohorte de femmes suit Jésus, montrant sa liberté de relation, dans une société qui supportait peu une telle proximité. D’autant que si l’une ou l’autre de ces femmes appartient à la bonne ou à la haute société, plusieurs portent encore la trace de la misère ou de la détresse qui les a marquées. C’est le cas de Marie-Madeleine, libérée de sept démons !

Pécheresse publique ?

Bien-sûr il faut se souvenir qu’au temps de Jésus, la maladie, la fièvre, la possession diabolique, étaient autant d’aspects, comme le péché, de la rupture avec le monde de Dieu. On ne parlerait plus ainsi aujourd’hui. Aussi demeurons-nous avec nos questions sur ce que pouvaient signifier ces sept démons. Le rapprochement dès lors avec la femme pécheresse qui intervient chez Simon le pharisien, dans le même évangile de Luc (Lc 7, 36-38), est tentant. Jésus est à table chez Simon le pharisien. Entre une femme, qui se jette aux pieds de Jésus et pleure, puis essuie les pieds de Jésus de ses cheveux, avant de verser sur eux un flacon de parfum rare. Chacun se rengorge en sa dignité, et murmure au scandale…
Cette femme n’est pas nommée et demeure ainsi – pour toujours – anonyme. Mais il était tentant d’y voir Marie-Madeleine, qui devient dès lors la prostituée que beaucoup imaginent. Et ses sept démons sont identifiés ! Mais tout repose sur l’imagination. Car nulle part cela n’est dit !

Femme aux mille visages

Peu à peu, d’autres figures de femmes demeurées elles aussi anonymes dans les évangiles, et que rien n’autorise véritablement à identifier, rejoignent et enrichissent le portrait de Marie-Madeleine. On rapproche ainsi la pécheresse qui versa du parfum sur les pieds de Jésus chez Simon le pharisien, de celle qui en versa sur la tête de Jésus… chez Simon le lépreux, et dont nous parle Marc, soulignant l’exception de ce geste, qui préfigure la mort de Jésus, faisant sur lui un geste qui ne sera pas fait alors, précise Marc. D’ailleurs la mort ne pourra le retenir (Mc 14).
Jean parle d’un même geste à Béthanie. Il s’agit alors de Marie sœur de Lazare (Jn 12, 2-3). Serait-ce la même ? Et un même geste suffit-il à les identifier toutes en une ? L’analyse sur ces textes, en effet, ne permet pas d’en dire entièrement l’histoire, ni le chemin qu’emprunta la transmission de la mémoire initiale. S’agissait-il d’un même geste ou de plusieurs ? D’une ou plusieurs Marie ?
La liberté de Jésus dans ses paroles, et sa proximité de tous, la proximité qu’il eut également à l’égard de plusieurs femmes qui le suivaient – verbe qui désigne le disciple –, la considération qu’il leur porta, le geste qui libéra Marie-Madeleine de sept démons, cela explique peut-être l’attachement qu’elle ou plusieurs, purent avoir envers lui.

Témoin de l’essentiel

Mais si nous suivons Marie-Madeleine à la trace, en feuilletant les évangiles, nous constatons que si elle est mentionnée en chemin avec Jésus, par Luc, elle est essentiellement mentionnée, dans les trois autres évangiles, au moment de la mort et de la résurrection de Jésus.
Jean la montre au pied de la croix : près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine… (Jn 19, 25-27). Le récit de Matthieu est proche : Il y avait là, dit-il, plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée (Mt 27, 55-56). Et Marie-Madeleine est encore présente quand Joseph d’Arimathie recueille le corps de Jésus pour le mettre au tombeau : Marie Madeleine et l'autre Marie étaient là, assises en face du tombeau (Mt 27, 61).

Présente à la résurrection

L’ensemble des évangiles dit la présence des femmes – dont on le voit, plusieurs s’appellent Marie –, au tombeau, ensemble, au matin de la résurrection. Elles sont deux chez Matthieu (28, 1), trois chez Marc (Mc 16), et plus même chez Luc (Lc 23, 49 ; énumération en 24, 10-11). Selon une habitude qu’il affectionne, Jean réalise dans son récit un gros plan sur un personnage unique : Marie-Madeleine. Il n’est plus question alors, comme dans les autres évangiles, des aromates apportés par les femmes au tombeau, ce qui place la démarche de Marie-Madeleine sous un jour de gratuité totale, étonnante.
La rencontre avec Jésus prend dès lors une intensité considérable, et l’attachement que Marie-Madeleine manifeste à son Maître, dans un désarroi saisissant, son désir de le retenir, la tonalité presque sensuelle donnée au récit, font de ce récit une page d’exception, qui a inspiré peintres, artistes, romanciers et écrivains, de façon prodigieuse. La pécheresse publique pardonnée que l’on imaginait à partir des premiers textes, montre un tel attachement à Jésus. Et elle devient apôtre, envoyée vers les Douze à qui elle annonce : J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit (Jn 20, 18), en même temps qu’elle est figure du croyant, appelé à se mettre à l’écoute du Maître, qui appelle chacun par son nom et appelle à le suivre.

Marie-Madeleine, amante de Jésus ?

Les évangiles apocryphes (litt. : d’origine cachée) ont amplifié considérablement le portrait, en particulier avec la découverte en 1945 des manuscrits de la communauté gnostique de Nag Hammadi, dans la vallée du Nil, et la mise au jour des évangiles de Philippe, de Thomas et de Marie… Madeleine. Plus tardifs que les évangiles dits canoniques, – ceux que nous connaissons – ils évoquent la proximité de Marie-Madeleine à l’égard de Jésus et la tendresse particulière de Jésus pour elle. L’Evangile de Philippe va même plus loin, et en a bouleversé plus d’un : Le Seigneur, dit-il, aimait Marie plus que les disciples et il l’embrassait souvent sur la bouche… Et Pierre dit : Sœur, nous savons que l’Enseigneur t’a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les paroles qu’il ta dites, dont tu te souviens et dont nous n’avons pas connaissance… […] Est-il possible que l’Enseigneur se soit entretenu avec une femme sur des secrets que nous nous ignorons ? […] L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ?
L’évangile de Thomas nous emmène plus loin dans l’énigme : Jésus dit : ‘voici que je vais la guider afin de la faire mâle, pour qu’elle devienne elle aussi, un esprit vivant semblable à vous mâles. Car toute femme qui se fera mâle enterra dans le royaume des cieux.

La marque gnostique

Ces textes portent fortement la marque "gnostique" : homme et femme n’entretiennent pas les relations que l’on imaginerait, où il est question de secrets et de connaissance initiatique, où aimer, c’est peut-être introduire dans le secret plus qu’aimer d’amour ou d’affection. Le baiser de Jésus à Marie-Madeleine, dès lors, est-il de nature érotique ou initiatique ? On peut en douter. Et l’on est dans un autre portrait de Marie-Madeleine. Tout autre même. Du côté d’un salut par la connaissance, loin du ressuscité que Marie-Madeleine rencontre avec émotion dans le jardin, au matin de Pâques.

Sainte Marie-Madeleine

Qui est donc Marie-Madeleine, si proche de Jésus et en même temps si mystérieuse ? Est-elle la pécheresse, prostituée, qui a traversé l’histoire, ou la mystique exemplaire dont se sont emparées poètes et peintres avec une fascination étonnante. Originaire du village de Magdala, au bord du lac de Tibériade, comme son nom l’indique, elle a fait dans les évangiles puis les imaginations, un parcours étonnant. La légende la fait aller jusqu’à la Sainte Beaume en Provence, qui garde avec une sainte vénération son souvenir, sans percer entièrement son mystère, comme l’écrivit ce poète. Les témoignages des évangiles, en tout cas, sont beaucoup trop insistants pour que l’on dise qu’elle n’a jamais existé. Et le réel résistera toujours un peu au rêve.

Jacques Nieuviarts
source


Mary : (film)
Sortie(s) : 21 décembre 2005 (France)
Réalisé par: Abel Ferrara 
Avec: Juliette Binoche, Forest Whitaker, Matthew Modine, Heather Graham, Marion Cotillard, Stefania Rocca, Gisella Marengo, Francine Berting, Massimo Cortesi
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Mary s'inspire de la mythique Marie Madeleine, disciple de Jésus.

Ce récit évoque trois personnages liés par son esprit et son mystère...
Marie Palesi, actrice, l'incarne pour le cinéma et reste illuminée par ce personnage.
Tony Childress, réalisateur, joue Jésus Christ dans son propre film.
Ted Younger, célèbre journaliste, anime une émission sur la foi.
Entre fascination et quête spirituelle, le destin les réunira...

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