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21 mai 2006

Les métamorphoses de Marie-Madeleine

Père JEAN-MARIE SEVRIN, Franciscain
Professeur à la Faculté de théologie et de droit canonique - Université catholique de Louvain.

Pourquoi la pénitente d'hier est-elle devenue aujourd'hui la compagne de Jésus? Marie-Madeleine a, depuis les origines, donné du grain à moudre à l'imaginaire. Regardons les textes.

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L'intrigue de «Da Vinci Code» tourne autour de la descendance supposée du couple formé par Jésus et Marie-Madeleine. Une oeuvre de fiction n'est pas l'histoire et on ne saurait reprocher à l'auteur d'avoir inventé, ou du moins brodé du virtuel sur du réel. Mais l'apparence scientifique de certaines explications peut donner une illusion de réalité. Si l'historien est désormais très prudent lorsqu'il s'agit de retrouver «le Jésus de l'histoire», il doit l'être tout autant à propos des personnages secondaires des évangiles. Marie-Madeleine en particulier a, presque depuis les origines, donné du grain à moudre à l'imaginaire. Regardons les textes.

Une disciple, témoin de la mort et de la résurrection

Dans les évangiles synoptiques (Marc, Matthieu, Luc), Marie de Magdala paraît auprès de la croix avec d'autres femmes, qui ont accompagné Jésus depuis la Galilée et, avec elles, va assister à la mise au tombeau de Jésus. Le surlendemain, elle revient au tombeau (avec une ou deux compagnes) pour embaumer le corps. Elles trouvent la tombe vide et sont les premières à entendre l'annonce de la résurrection. Marie-Madeleine émerge du groupe: les autres noms varient d'un évangile à l'autre, mais pas le sien, toujours cité en tête de liste. Faisant partie d'un groupe féminin de disciples de Jésus, elle joue un rôle-clé dans le témoignage sur la mort et la résurrection. Matthieu ajoute que Jésus lui apparaît en même temps qu'à une autre Marie; Luc nous apprend que «sept démons étaient sortis» d'elle, ce qui en fait une possédée libérée, mais pas une «pécheresse».

Marie-Madeleine et le désir du corps

L'évangile de Jean va développer le personnage. Si Marie-Madeleine y est toujours au pied de la croix avec d'autres, elle découvre seule la tombe vide. On la retrouve en pleurs devant le tombeau; Jésus lui apparaît, qu'elle ne reconnaît pas avant qu'il ne l'ait appelée par son nom. Ce qui est singulier dans ce récit, c'est combien Marie est obsédée par le corps de Jésus: «Ils ont pris mon Seigneur, et je ne sais pas où ils l'ont mis.» «Si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis et moi je vais le prendre.» Certes, il y a là une insistance sur l'absence corporelle du ressuscité. Mais en même temps le texte dégage une forte charge affective: les larmes, la voix, l'obsession du corps, prendre, toucher... Pour une lecture psychologisante, Marie prend les traits d'une amoureuse.

Jean développe aussi, avant le récit de la Passion, le personnage d'une autre Marie, la soeur de Marthe et de Lazare qui combine entre autres les traits de plusieurs personnages de Luc: Marie, soeur de Marthe, assise aux pieds de Jésus, et la pécheresse anonyme qui couvre ses pieds de baisers, les arrose de larmes, les essuie de ses cheveux et les parfume. Le personnage de Marie de Béthanie se trouve lui aussi fortement chargé d'affectivité. Une sorte de double de Marie-Madeleine.

Pécheresse et pénitente

La tradition postérieure va confondre les personnages: Marie-Madeleine, Marie de Béthanie et la pécheresse anonyme. Ceci va faire de Marie-Madeleine non plus une possédée guérie, mais une courtisane convertie. Elle aime beaucoup parce qu'il lui est beaucoup pardonné: l'amour convertit la débauche en repentir, l'amour profane devient amour sacré. La peinture assurera le succès de cette combinaison qui permet de représenter une coquette, cheveux épars, portant du parfum, éplorée au pied de la croix, et décente cependant parce que pénitente. Pendant des siècles on associera ainsi une forte expression de la féminité avec un éclatant modèle de pénitence. Convertie, la Madeleine est encore un personnage d'amoureuse.

Marie-Madeleine dans les évangiles gnostiques

Parmi les textes gnostiques conservés sur des papyrus coptes et retrouvés dans la seconde moitié du XXes., trois «évangiles» parlent de Marie-Madeleine. L'évangile selon Thomas, collection de paroles de Jésus que l'on peut dater de la fin du IIes., se termine par quelques lignes où Pierre refuse que Marie soit comptée parmi les disciples, parce qu'elle est une femme. Jésus s'y oppose: «Je vais la guider pour qu'elle devienne un esprit vivant, semblable à vous, mâles...» Au-delà de la dépréciation symbolique de la féminité, il y a une certaine ironie à l'égard des disciples et une mise en valeur de Marie, disciple exemplaire, guidée par Jésus.

L'évangile selon Marie est une révélation gnostique classique, dont une partie est transmise aux autres disciples par l'intermédiaire d'une vision reçue par Marie, intermédiaire d'une révélation secrète (comme, dans d'autres textes, Thomas, Jean, Jacques,...). Les disciples, et surtout Pierre, s'en offusquent.

L'évangile selon Philippe partage cette tradition d'une jalousie des disciples. Dans une des petites unités disparates qui le composent, nous lisons «La Sophia qui est appelée stérile est la mère des anges et la compagne du Fils est Marie-Madeleine. Le Sauveur aimait Marie plus que tous les disciples et l'embrassait souvent sur la bouche. Les autres disciples virent qu'il aimait Marie et lui dirent: «Pourquoi l'aimes-tu plus que nous tous?» Le Sauveur leur dit: «Pourquoi est-ce que je ne vous aime pas comme elle?»» En plus de l'idée de disciple préférée, s'abreuvant à la bouche de Jésus (image de la transmission de la connaissance), voilà qu'apparaît l'idée d'un couple Sauveur-Marie. Ceci est en fait une projection du système mythique de l'école valentinienne à laquelle appartient Philippe: comme Jésus est l'image terrestre du Sauveur céleste, Marie est la contrepartie terrestre de la Sagesse ou Sophia, compagne éternelle du Sauveur.

Bref, Marie-Madeleine est une disciple de plein droit, et même privilégiée, à laquelle résistent ou s'opposent les autres. On trouve là, peut-être, le souvenir d'une résistance à la marginalisation des femmes disciples -mais surtout l'écho de la situation marginale des gnostiques par rapport à une orthodoxie en train de s'affirmer. Quant à l'idée d'un couple Jésus-Marie, propre à Philippe, elle est la projection d'une mythologie. Il faut, par ailleurs, rappeler que ces textes gnostiques sont, en principe, hostiles au monde, aux relations sexuelles et à la procréation des enfants.

A chaque époque sa Madeleine

Pourquoi la pénitente d'hier est-elle devenue aujourd'hui l'épouse ou la compagne? Chaque époque voit le personnage à travers ses valeurs et son idée de l'homme. Il ne faut pas s'étonner qu'un regard différent sur la femme et la sexualité appelle une image différente de Marie-Madeleine. Si cela dit quelque chose de l'histoire, c'est de la nôtre plutôt que de celle de Jésus.

© La Libre Belgique 2004

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Marie-Madeleine. De la pécheresse repentie à l’épouse de Jésus

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Régis Burnet, Marie-Madeleine. De la pécheresse repentie à l’épouse de Jésus, Editions du Cerf, Paris, 2004, 144 pages, 13 €.

Tout au long de l’été, les passionnés de thriller ne parlaient que de Da Vinci Code, un roman au succès planétaire où il est question de Marie Madeleine, présentée comme l’amante de Jésus...

Plus d’un chrétien s’en est étonné car sa méditation de l’Evangile ne lui a point fait percevoir ainsi cette figure de l’Evangile. D’où la question que l’on peut se poser : « Comment en est-on arrivé là ? ».

Pour y répondre, Régis Burnet, enseignant aux universités Paris-VII et Paris-VIII, a mené son enquête, n’hésitant pas même à rechercher ses informations dans les livres du Moyen-Age et sur de nombreux sites Internet. Il nous en livre les résultats dans un livre passionnant.

Il nous rappelle d’abord les données de l’Evangile, à savoir que le personnage de Marie de Magdala n’y fait que de très brèves apparitions. Présente à la fin de la vie de Jésus, elle fait partie des femmes au tombeau. Chez Jean, elle est même la première à voir le Christ ressuscité.

Mais, au cours des siècles, grande est la tentation d’assimiler divers personnages de femme à celui qui semble le plus important : l’amie de Jésus. Ainsi en a-t-il été de Marie de Béthanie et de la pécheresse pardonnée. Marie de Magdala devient alors Marie-Madeleine. L’auteur évoque même le « coup de force » du pape Grégoire le Grand (+ 604), donnant naissance à cette croyance ! Marie Madeleine apparaît dès lors comme le modèle même de la femme pécheresse, convertie au Christ et devenant témoin de la Résurrection et de la Vie.

Avec les gnostiques, un autre cas de figure apparaît. La « Madeleine » est initiée et amante, double du Christ et complétude, et devient une sorte d’alter ego du Sauveur.

Il ne reste plus qu’au film de Martin Scorserse (1988) de mettre en valeur La dernière Tentation du Christ pour que bien de nos contemporains se convainquent que Marie-Madeleine est la femme de Jésus !!! Qui plus est : les mouvements féministes s’empare de cette figure féminine reconstruite et en font une icône contestataire et un support de leurs revendications. Vient alors un esprit romanesque inventant à Jésus, dans Da Vinci Code et sur fond d’Opus Dei, une filiation en rapport avec la légende du Graal.

Face à de telles interprétations, nous nous sentons ô combien invités à retourner à la source même de l’Evangile qui n’est point un livre d’histoire mais un témoignage de foi, livre de vie pour toute la vie !

Marie-Madeleine, épouse de Jésus ?

Marie-Madeleine, épouse de Jésus et mère de son enfant ? La question n'aurait pas d'intérêt si un "thriller" au succès planétaire n'en avait pas fait l'un des éléments de son intrigue - recyclant ainsi des propos qui courent depuis le 19e siècle dans les cercles anti-cléricaux. Un petit livre présente le dossier.

Marie-Madeleine, épouse et seule vraie héritière de Jésus ? L’image issue du roman à succès de Dan Brown, "Da Vinci Code", a agacé R. Burnet. Dès lors, il a décidé de nous guider dans l’histoire de la réception de cette étonnante figure biblique.

Dans une première partie, il rappelle les données évangéliques sur trois femmes confondues par la suite : Marie de Magdala, Marie de Béthanie et la pécheresse de Lc 7. C’est à Grégoire le Grand, au VIe siècle, que l’on doit la superposition de ces figures ; pour Grégoire " Marie-Madeleine actualise la puissance de la pénitence […]son pouvoir réside dans son amour, qui la purifie comme un feu brûlant " (p. 33).

Une deuxième partie examine le chemin qui mène du témoin de la Résurrection (Jn 20) à l’amoureuse de Jésus, via un détour par les gnostiques d’autrefois ou certains courants féministes d’aujourd’hui.

La troisième partie s’attache à la figure de la pécheresse repentie, du moyen âge au XVIIe s. La dernière partie s’intéresse à Vézelay et à la Sainte-Baume, mais aussi – et ce n’est pas le moins intéressant – au changement de fonction de l’amie de Jésus à partir du XIXe s. : " au lieu de servir l’Église, elle sert à la pourfendre " (p. 91) : R. Burnet passe en revue l’érotisation des peintres, l’exégèse féministe et l’ésotérisme – dont le dernier avatar est le roman de Dan Brown.

La visite est menée au pas de course, avec érudition (298 notes reléguées en fin d’ouvrage) et verve. Pas un instant d’ennui. Le guide sait alterner généralités et " zooms " sur Bérulle, Titien, Vézelay etc… Il y a des impasses (sur la littérature – Alain-Fournier, P.-M. Beaude, par ex. – ou sur la spiritualité – Lataste et les Dominicaines de Béthanie) et des raccourcis (sur les théologies féministes). Mais pour qui désire aujourd’hui clés de compréhension et pistes de recherche, les voilà (regret : vu le nombre d’œuvres et d’auteurs cités, un index aurait été utile).

Régis Burnet, Marie-Madeleine. De la pécheresse repentie à l’épouse de Jésus, " Lire la Bible " Hors collection, Le Cerf, Paris, 2004, 138 pages
http://www.bible-service.net/site/539.html

Marie-Madeleine, femme et apôtre

Dossier de la Bible n°92 (mars 2002)

"Dic nobis, Maria, quid vidisti in via ?", "Dis-nous, Marie, Qu'as-tu vu en chemin ?" Ainsi commence un très ancien chant de la liturgie pascale. C'est à Marie de Magdala que la question est posée. La première, elle a vu le Seigneur Ressuscité et nous n'osons y croire : qu'elle nous le redise encore ! Son témoignage nous brûlera le cœur de l'inouï de Dieu : "… la vie s'est manifestée, et nous avons vu, et nous témoignons, et nous vous annonçons la vie…" (1ère lettre de St Jean 1,2). Aux apôtres encore incrédules, la magdaléenne a porté cette Bonne Nouvelle.
Elle mérite le titre "d'apôtre des apôtres", selon la formule d'Hippolyte de Rome (mort en 328). Marie, la jeune fille de Nazareth, a enfanté Dieu ; Marie de Magdala, envoyée par Jésus Vivant, a mis au monde le message de salut. Ce thème de la proclamation et du service de la Parole divine par des femmes est au centre de ce numéro. Il est introduit par un texte unique et beau comme l'aurore : la rencontre entre Jésus Ressuscité et Marie de Magdala racontée au chapitre 20 de l'Évangile selon St Jean. […]

16.02.2006
Jésus et marie-madeleine
Voici un excellent petit ouvrage que je recommande à tous ceux qui sesont plongés dans le Code Da Vinci.

Roland HUREAUX, Jésus et Marie-Madeleine, Paris, Perrin, 2005, 171 p.

L’auteur part de l’idée reçue jusqu’ici dans l’Église catholique selon laquelle les trois Marie de l’Évangile, à savoir Marie-Madeleine, Marie sœur de Lazare et la femme anonyme qui oint les pieds du Seigneur chez Simon le pharisien sont une seule et même personne. L’Orient a toujours vu en elles trois femmes distinctes. Dans l’Église latine, l’exégèse contemporaine tend à séparer Marie de Béthanie, identifiée à la pécheresse anonyme, de Marie-Madeleine. Quoi qu’il en soit, les éléments dont nous disposons sont suffisamment ténus pour qu’il soit permis de soutenir la thèse de l’unicité.
C’est donc, nous l’avons dit, celle que retient M. Hureaux, et qu’il développe avec une grande rigueur intellectuelle, en s’appuyant sur les textes bibliques qu’il cite abondamment. S’attachant d’abord « aux sources » (p. 13-38), il campe les divers personnages, faisant même appel aux livres apocryphes, mais pour relever que les textes retenus par la tradition chrétienne sont de loin les plus intéressants, et parlant aussi, bien entendu, des sources médiévales, notamment La Légende dorée de Jacques de Voragine, ainsi que La Vie érémitique de Marie-Madeleine et la Vie apostolique de Marie-Madeleine, des Xème-XIème siècles.
Dans le chap. « Une ou trois Madeleine ? » (p. 39-47), l’identification de la pécheresse à la sœur de Marthe et de Lazare ne pose pas de question. Pour Marie de Magdala, l’auteur souligne la remarque de Jésus dans Mc 14, 8 : « Elle a, par avance, parfumé mon corps pour l’ensevelissement. » « Il serait dès lors étonnant, conclut l’auteur, que celle qui, au matin de Pâques, […] dirige la toilette funéraire soit quelqu’un d’autre que la Mari, sœur de Marthe, et que celle qui, trois ou quatre jours avant, a opéré l’onction à Béthanie ait disparu de la circulation ou soir retombée dans la masse anonyme des femmes. »
Les chap. suivants vont servir de démonstration de cette thèse. Tout d’abord, en présentant « qui était Marie-Madeleine » (p. 49-64) : il examine les différentes hypothèses avancées par les auteurs : une Galiléenne (ce qu’elle est certainement), une fille de bonne famille (mais rien n’avère les grandes possessions attribuées à sa famille), une pécheresse de la chair (l’Évangile l’atteste), une Juive hellénisée (ce qui n’est guère démontrable), une possédée (Matthieu et Luc l’affirment), la promise de Jésus, comme l’affirme l’écrivain Kazantzakis, repris par le cinéaste Scorsese, Marie-Madeleine étant une cousine de Jésus… Mais, dit M. Hureaux, à l’époque de Jésus, la société juive était exogame, en ce sens qu’on se mariait en dehors de sa parenté. De toute façon cette hypothèse ne tient pas.
Le chap. suivant présente « le privilège de Marie » (p. 65-80) d’être la première à voir le ressuscité au matin de Pâques. Montrant le rapport de Jésus à la femme adultère, aux femmes apôtres, et la différence de traitement accordé à la femme de l’onction qui « aima beaucoup », il voit en elle assurément la beata dilecta Christi. « Il fait, pensons-nous, partie de la doctrine chrétienne que l’amour universel et des amitiés spéciales ne soient pas incompatibles, aussi peu rationnel que cela paraisse » (p. 79). L’auteur aurait pu préciser que cela s’explique en fait par la réalité et la perfection de la nature humaine du Christ. La relation instaurée avec Marie-Madeleine est « une relation qui ne passe pas » (p. 81-98), même si, au cours des siècles, l’identification des trois femmes a eu du mal à s’imposer, peut-être par suite de la nature de femme, et qui plus est de pécheresse, de l’une d’elles. On a opposé Marie à la Vierge Marie, ou à Pierre. Mais Jésus, nous dit l’auteur, « a résolu le complexe d’Œdipe » : « Les Évangiles, dans ce qu’ils nous rapportent des relations de Jésus avec Marie sa mère, puis les autres femmes, et en premier chef Marie-Madeleine montrent qu’il fut tout le contraire d’un homme demeuré “dans les jupes de sa mère” » (p. 97). Mais pourquoi refuser la « légende » selon laquelle le Christ aurait apparu en premier à sa Mère ? Les Écritures n’en pipent pas mot, certes, mais cela reste quand même du domaine du vraisemblable : le Christ a-t-il pu ne pas tenir compte de l’amour de Marie et du rôle qu’elle a joué dans la Rédemption ?
L’auteur se demande ensuite « jusqu’où ? » (p. 99-116) est allée la relation de Jésus avec Marie-Madeleine, montrant bien que rien dans l’Évangile ne permet de dire que ces relations aient eu un caractère charnel. Il précise la position des Juifs de l’époque face à la virginité, tout en soulignant que Jésus « avait pris ses distances avec la conception juive traditionnelle du mariage » et que le « critère de la vraisemblance » avancé par certains en faveur de relations sexuelles ne tient pas face aux textes, pas plus que l’affirmation que Jésus aurait eu un fils caché de Marie-Madeleine. Cette idée est fantaisiste aussi « parce qu’elle tourne le dos à ce qui fait la grandeur et l’originalité du christianisme : son universalisme ». En effet, « c’est parce qu’il est sans postérité charnelle que le Christ peut ouvrir l’Église à tous les peuples ». L’auteur prend le parti d’un mariage mystique entre Jésus et Marie-Madeleine.
Une autre question qui retient l’attention est celle de « Marie-Madeleine initiée ? » (p. 117-135), affirmation propre à la gnose et à son ambiguïté face à la sexualité, présente dans la Pistis Sophia, la légende du Saint-Graal. L’auteur développe le sens chrétien de la sexualité, qui se traduit par le « don total d’une personne à une autre, et [de ce fait] total, exclusif et pérenne ».
L’avant-dernier chap. nous fait entrer dans « le secret de Marie-Madeleine » (p. 136-158), en revenant sur les scènes de Béthanie où nous voyons un geste gratuit, la réaction de Judas, et où nous percevons aussi l’actualité de Marie-Madeleine, aussi bien quant à la splendeur à réserver au culte divin, qu’à la meilleure part choisie par Marie, au pardon qu’elle reçoit et à sa foi.
L’auteur termine son étude par un « épilogue. Marie-Madeleine après Pâques » (p. 159-170). La disparition de Marie-Madeleine, conne celle de six des onze apôtres, s’explique par le fait qu’ils ont « disparu de l’horizon qui est celui du Nouveau Testament ». « Le silence sur Marie-Madeleine pourrait signifier tout simplement qu’elle serait partie ailleurs », ce que tend à attester la légende de sa présence à Marseille, qu’elle évangélise, et des trente ans qu’elle passe à vivre en ermite dans la grotte de la Sainte-Baume, légende qui a « alimenté une longue tradition de piété populaire », qui dure encore, et une riche iconographie.
L’auteur, père de famille nombreuse, a voulu avec ce livre « tordre le coup » aux allégations blasphématoires d’un journaliste qui joue, dangereusement, au théologien, ou d’un écrivain dont le succès avéré repose sur la recherche du sensationnel, chacun d’entre eux sous un vernis de pseudo érudition. Il a fait œuvre utile et son travail mérite d’être lu, car il est particulièrement éclairant et, ce qui ne gâte rien, écrit dans un style très coulant.

Dominique LE TOURNEAU
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Marie-Madeleine et son énigme

Jacques Nieuviarts, bibliste, recale l'approche biblique du personnage de Marie-Madeleine. Un parcours intéressant qui clarifie le débat.

Délivrée de sept démons, Marie-Madeleine est aussi "témoin de l'essentiel". Dans les évangiles, elle est présente au moment de la mort et de la résurrection de Jésus.

Une figure qui fascine

Apôtre, prêcheuse, pécheresse repentie, ascète, mystique… On a tout dit de Marie-Madeleine, visage ou personnage qui depuis longtemps fascine ou fait rêver. Parce qu’elle est une belle figure de femme. Parce qu’elle est pécheresse repentie. Parce que les évangiles la montrent proche de Jésus. Mais pourquoi donc cette proximité, qui en a fait gamberger plus d’un, surtout après la lecture de quelques apocryphes un peu croustillants. Mais qu’en est-il ?
Délivrée de sept démons !

Marie-Madeleine est souvent nommée dans les évangiles. Et il serait intéressant de voir quels textes reviennent à la mémoire quand on parle d’elle et que l’on fait d’elle le portrait contrasté évoqué plus haut. Parmi ces textes figurerait sûrement celui, un peu énigmatique, de Luc : Jésus, dit-il, passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l'accompagnaient, ainsi que des femmes qu'il avait délivrées d'esprits mauvais et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept démons), Jeanne, femme de Kouza, l'intendant d'Hérode, Suzanne, et beaucoup d'autres, qui les aidaient de leurs ressources (Lc 8, 1-3).
Une cohorte de femmes suit Jésus, montrant sa liberté de relation, dans une société qui supportait peu une telle proximité. D’autant que si l’une ou l’autre de ces femmes appartient à la bonne ou à la haute société, plusieurs portent encore la trace de la misère ou de la détresse qui les a marquées. C’est le cas de Marie-Madeleine, libérée de sept démons !

Pécheresse publique ?

Bien-sûr il faut se souvenir qu’au temps de Jésus, la maladie, la fièvre, la possession diabolique, étaient autant d’aspects, comme le péché, de la rupture avec le monde de Dieu. On ne parlerait plus ainsi aujourd’hui. Aussi demeurons-nous avec nos questions sur ce que pouvaient signifier ces sept démons. Le rapprochement dès lors avec la femme pécheresse qui intervient chez Simon le pharisien, dans le même évangile de Luc (Lc 7, 36-38), est tentant. Jésus est à table chez Simon le pharisien. Entre une femme, qui se jette aux pieds de Jésus et pleure, puis essuie les pieds de Jésus de ses cheveux, avant de verser sur eux un flacon de parfum rare. Chacun se rengorge en sa dignité, et murmure au scandale…
Cette femme n’est pas nommée et demeure ainsi – pour toujours – anonyme. Mais il était tentant d’y voir Marie-Madeleine, qui devient dès lors la prostituée que beaucoup imaginent. Et ses sept démons sont identifiés ! Mais tout repose sur l’imagination. Car nulle part cela n’est dit !

Femme aux mille visages

Peu à peu, d’autres figures de femmes demeurées elles aussi anonymes dans les évangiles, et que rien n’autorise véritablement à identifier, rejoignent et enrichissent le portrait de Marie-Madeleine. On rapproche ainsi la pécheresse qui versa du parfum sur les pieds de Jésus chez Simon le pharisien, de celle qui en versa sur la tête de Jésus… chez Simon le lépreux, et dont nous parle Marc, soulignant l’exception de ce geste, qui préfigure la mort de Jésus, faisant sur lui un geste qui ne sera pas fait alors, précise Marc. D’ailleurs la mort ne pourra le retenir (Mc 14).
Jean parle d’un même geste à Béthanie. Il s’agit alors de Marie sœur de Lazare (Jn 12, 2-3). Serait-ce la même ? Et un même geste suffit-il à les identifier toutes en une ? L’analyse sur ces textes, en effet, ne permet pas d’en dire entièrement l’histoire, ni le chemin qu’emprunta la transmission de la mémoire initiale. S’agissait-il d’un même geste ou de plusieurs ? D’une ou plusieurs Marie ?
La liberté de Jésus dans ses paroles, et sa proximité de tous, la proximité qu’il eut également à l’égard de plusieurs femmes qui le suivaient – verbe qui désigne le disciple –, la considération qu’il leur porta, le geste qui libéra Marie-Madeleine de sept démons, cela explique peut-être l’attachement qu’elle ou plusieurs, purent avoir envers lui.

Témoin de l’essentiel

Mais si nous suivons Marie-Madeleine à la trace, en feuilletant les évangiles, nous constatons que si elle est mentionnée en chemin avec Jésus, par Luc, elle est essentiellement mentionnée, dans les trois autres évangiles, au moment de la mort et de la résurrection de Jésus.
Jean la montre au pied de la croix : près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine… (Jn 19, 25-27). Le récit de Matthieu est proche : Il y avait là, dit-il, plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée (Mt 27, 55-56). Et Marie-Madeleine est encore présente quand Joseph d’Arimathie recueille le corps de Jésus pour le mettre au tombeau : Marie Madeleine et l'autre Marie étaient là, assises en face du tombeau (Mt 27, 61).

Présente à la résurrection

L’ensemble des évangiles dit la présence des femmes – dont on le voit, plusieurs s’appellent Marie –, au tombeau, ensemble, au matin de la résurrection. Elles sont deux chez Matthieu (28, 1), trois chez Marc (Mc 16), et plus même chez Luc (Lc 23, 49 ; énumération en 24, 10-11). Selon une habitude qu’il affectionne, Jean réalise dans son récit un gros plan sur un personnage unique : Marie-Madeleine. Il n’est plus question alors, comme dans les autres évangiles, des aromates apportés par les femmes au tombeau, ce qui place la démarche de Marie-Madeleine sous un jour de gratuité totale, étonnante.
La rencontre avec Jésus prend dès lors une intensité considérable, et l’attachement que Marie-Madeleine manifeste à son Maître, dans un désarroi saisissant, son désir de le retenir, la tonalité presque sensuelle donnée au récit, font de ce récit une page d’exception, qui a inspiré peintres, artistes, romanciers et écrivains, de façon prodigieuse. La pécheresse publique pardonnée que l’on imaginait à partir des premiers textes, montre un tel attachement à Jésus. Et elle devient apôtre, envoyée vers les Douze à qui elle annonce : J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit (Jn 20, 18), en même temps qu’elle est figure du croyant, appelé à se mettre à l’écoute du Maître, qui appelle chacun par son nom et appelle à le suivre.

Marie-Madeleine, amante de Jésus ?

Les évangiles apocryphes (litt. : d’origine cachée) ont amplifié considérablement le portrait, en particulier avec la découverte en 1945 des manuscrits de la communauté gnostique de Nag Hammadi, dans la vallée du Nil, et la mise au jour des évangiles de Philippe, de Thomas et de Marie… Madeleine. Plus tardifs que les évangiles dits canoniques, – ceux que nous connaissons – ils évoquent la proximité de Marie-Madeleine à l’égard de Jésus et la tendresse particulière de Jésus pour elle. L’Evangile de Philippe va même plus loin, et en a bouleversé plus d’un : Le Seigneur, dit-il, aimait Marie plus que les disciples et il l’embrassait souvent sur la bouche… Et Pierre dit : Sœur, nous savons que l’Enseigneur t’a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les paroles qu’il ta dites, dont tu te souviens et dont nous n’avons pas connaissance… […] Est-il possible que l’Enseigneur se soit entretenu avec une femme sur des secrets que nous nous ignorons ? […] L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ?
L’évangile de Thomas nous emmène plus loin dans l’énigme : Jésus dit : ‘voici que je vais la guider afin de la faire mâle, pour qu’elle devienne elle aussi, un esprit vivant semblable à vous mâles. Car toute femme qui se fera mâle enterra dans le royaume des cieux.

La marque gnostique

Ces textes portent fortement la marque "gnostique" : homme et femme n’entretiennent pas les relations que l’on imaginerait, où il est question de secrets et de connaissance initiatique, où aimer, c’est peut-être introduire dans le secret plus qu’aimer d’amour ou d’affection. Le baiser de Jésus à Marie-Madeleine, dès lors, est-il de nature érotique ou initiatique ? On peut en douter. Et l’on est dans un autre portrait de Marie-Madeleine. Tout autre même. Du côté d’un salut par la connaissance, loin du ressuscité que Marie-Madeleine rencontre avec émotion dans le jardin, au matin de Pâques.

Sainte Marie-Madeleine

Qui est donc Marie-Madeleine, si proche de Jésus et en même temps si mystérieuse ? Est-elle la pécheresse, prostituée, qui a traversé l’histoire, ou la mystique exemplaire dont se sont emparées poètes et peintres avec une fascination étonnante. Originaire du village de Magdala, au bord du lac de Tibériade, comme son nom l’indique, elle a fait dans les évangiles puis les imaginations, un parcours étonnant. La légende la fait aller jusqu’à la Sainte Beaume en Provence, qui garde avec une sainte vénération son souvenir, sans percer entièrement son mystère, comme l’écrivit ce poète. Les témoignages des évangiles, en tout cas, sont beaucoup trop insistants pour que l’on dise qu’elle n’a jamais existé. Et le réel résistera toujours un peu au rêve.

Jacques Nieuviarts
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Mary : (film)
Sortie(s) : 21 décembre 2005 (France)
Réalisé par: Abel Ferrara 
Avec: Juliette Binoche, Forest Whitaker, Matthew Modine, Heather Graham, Marion Cotillard, Stefania Rocca, Gisella Marengo, Francine Berting, Massimo Cortesi
bandes annonces

Mary s'inspire de la mythique Marie Madeleine, disciple de Jésus.

Ce récit évoque trois personnages liés par son esprit et son mystère...
Marie Palesi, actrice, l'incarne pour le cinéma et reste illuminée par ce personnage.
Tony Childress, réalisateur, joue Jésus Christ dans son propre film.
Ted Younger, célèbre journaliste, anime une émission sur la foi.
Entre fascination et quête spirituelle, le destin les réunira...

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