

21 novembre 2007
René Guitton, Variation indigo
(Editions Musée de Marseille) Texte de René Guitton, sur des oeuvres de Rachid Koraïchi.

un extrait de ce livre à consulter sur son site
René Guitton est éditeur.
Il est l'auteur de livres à sujet spirituels
il écrit également pour la télévision, le théatre.
17 janvier 2007
Derviches tourneurs
Sufi ceremonie des derviches tourneurs
envoyé par ploukkk
Le soufisme (arabe : تصوف [tassawwuf]) le coté ésotérique de l'islam qui existant de manière ineffable au premier temps de l'Islam, a finit par être désigné par le mot "tassawuf" qui est rendu par "soufisme" en français. Cette pratique se fonde essentiellement sur le Coran et la sunna (tradition prophétique).
Quand au mot soufisme, il a été forgé à partir du mot "el-soufiya" qui désigne en arabe l'homme qui a réalisé pleinement sa spiritualité et qu'on pourrait appeler aussi saint. Tous les gens faisant parti du tassawuf ne sont pas des "soufis" mais des "aspirants" à la voie spirituel, guidés par des "soufis", ou encore des maitres spirituels.
Le tassawwuf, cœur de l'Islam, est l'islam vécu dans sa plénitude. Il correspond au degré de l’excellence de la foi et du comportement (al-ihsân) qui par la purification du cœur conduit à la sincérité spirituelle (ikhlâs) permettant d’accueillir la Lumière divine, par laquelle on connaît, par laquelle on voit. Ce n’est pas parce que le mot « soufisme » n’était pas en usage aux premiers temps de l’Islam que sa réalité était absente. Au contraire, quand une chose est entièrement vécue par tous, on n’a pas besoin de la désigner. Ce n’est que «lorsque la mondanité se répandit et que les hommes devinrent de plus en plus dépendants des attaches de cette vie, ceux qui se consacrèrent à l’adoration de Dieu se distinguèrent des autres par l’appellation de soufis» (Muqqaddimah, chap XI)
Celui qui arrive au but, -le soufi- après avoir mené le grand combat, dépouillé de son individualité (ego) et délivré de toutes les visions partielles et illusoires qui y sont attachées, prend vie en Dieu, et n’agit que par Lui ainsi qu’Il l’a dit : « Mon Serviteur ne s’approche pas de Moi par quelque chose que J’aime davantage que par les actes que Je lui ai prescrits, Il ne cesse de s’approcher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque Je l’aime, Je suis son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il saisit… » (Hadith qoudsi rapporté par Al-Bokhari)
Ce mouvement serait le résultat de ce verset coranique tenu pour être un encouragement au dhikr, à la mystique :
« Reste en la compagnie de ceux qui, matin et soir, invoquent leur Seigneur en désirant sa Face. » (Coran XVIII ; 28)
« L'islam est la religion de l'unicité de Dieu, de l'amour et de la paix. Il symbolise l'effort permanent, le combat incessant pour l’excellence du comportement, et la sincérité du culte ; le soufisme en est le cœur. C'est la voie de la connaissance de Dieu, et de la sérénité de l'âme. » (Hamza al Qâdiri al Boutchichi)
Ce courant ne va pas jusqu’à créer de véritables monastères, car le Coran récuse clairement la vie monastique.
Le mot derviche (farsi : درويش [derwiš], mendiant) est d'origine persane et désigne un mendiant. Par glissement de sens c'est le membre de certaines confréries soufies pratiquant la mendicité. Le mot est passé à l'arabe (دَرويش [darwīš]) et au turc (derviş [derviš]) où il ne désigne que les membres de certaines confréries religieuses.
Le mot abdal les désigne dans l'Alévisme,
Le derviche est initié par un maître (cheikh ou murchid) et participe aux rituels de la confrérie, qui consistent souvent en des invocations répétées du nom de Dieu (dhikr), ou en d'autres pratiques hypnotiques comme la danse ou le chant jusqu'à l'extase mystique, l'anéantissement (fana').
La confrérie la plus connue est celle des derviches tourneurs en Turquie et en Iran.
je conseille vivement pour une meilleure comprehension le reportage de 76 ,de Arnaud Desjardin sur le soufisme "soufis d'afghanistan" en deux parties,il apporte de veritable connaissance ,sur ce domaine .
source: wikipédia
10 octobre 2006
Soufisme et album de Nadia At Mansur
Le soufisme * est la voie mystique de l'islam. Les soufis privilégient l'expérience personnelle par rapport à la démarche communautaire. Le Dieu que découvrent les soufis est un Dieu d'amour auquel on accède par amour.
"Qui connaît Dieu, l'aime; qui connaît le monde y renonce"
Ay ul leh'bab xelli ten **
Tsxilek ur ten id tsfekkir'
Ternud' atmaten edj iten
Wid i k ixedmen lxir'
Iusa d lh'ub ghur' R'ebbi
Wi iddan d Lleh d win axir'
Ô coeur abandonne les amis
De grâce n' y pense plus
Quitte également les frères
Ceux qui t'ont fait du bien
L'amour divin est arrivé
Le chemin de Dieu est le meilleur
L'islam a connu son expérience mystique dès le VIIIè siècle. Certains musulmans, voulant vivre la rencontre intérieure entre le croyant et son Dieu, vont se retirer au confins du désert, notamment en Syrie et en Égypte.
Les docteurs de la loi s'en méfient et s'en inquiètent. Ils y verront une déviation de l'islam, en tout cas celui de Mouhammad qui privilégie la communauté à l'individu alors que ces "soufis" (du nom de l'étoffe de laine -Souf en arabe- blanche dont ils se recouvrent) veulent atteindre le salut individuellement. On les appelait fakir ou derwiche qui désignent les pauvres en raison de l'état de dépouillement auquel ils s'astreignent.
Dans leur quête de Dieu, les soufis préconisent le détachement à l'égard des choses de la vie, le jeûne, le silence, la méditation (twehid Uxallaq), etc. autant d'éléments qui vont à l'encontre de la vie communautaire. Mais ce qui inquiète encore plus les docteurs de la loi, c'est la réunion des mystiques sous l'autorité d'un cheikh (Chikh ou Ccix en kabyle), un maître qui développe une liturgie qui lui est propre et des techniques de méditations particulières, ce qui met en péril leur autorité religieuse et leur compétence de théologiens. Leur méfiance est grande vis-à-vis de cette voie qu'il faut suivre pour atteindre l'union intime totale avec Dieu qui procure l'extase.
Ay idjj'an cbigh miâr'uf
D uruz ay deg iteffer
Sebghegh talaba am zaâluk
S'ebh'egh am nuâ d amsafer
Rr'ay fkigh i R'ebbi
Akken i S ihwa isker
Oui, je ressemble à la chouette
Qui se cache au creux d'un arbre
J'ai teint ma robe comme un pèlerin
Je suis comme un vagabond
A Dieu je laisse toute décision
Je me soumets à tous Ses voeux
Cette approche se fait sous l'autorité d'un maître dont le rôle est fondamental dans l'initiation. Autour du maître, le Chikh, s'articule la hiérarchie des lieutenants, des disciples, des aspirants qui obéissent à une discipline stricte. Ainsi naît la confrérie (connue sous le nom de Zaouia en kabylie). Chaque confrérie a ses méthodes d'initiation, des points de repères mis en place par le maître. Cela peut être la prière, la méditation, la musique et la danse, le voyage...Le dhikr par exemple est une prière collective autour du maître qui consiste à réciter des louanges à Dieu.
INFLUENCE DU SOUFISME EN KABYLIE
Le soufisme par sa tolérance a très bien pris racine en kabylie. A ce titre, une grande confrérie, la Rahmaniyya (Tarahmanit en kabyle), organisée au XVIIIè siècle par un cheikh kabyle a suscité l'insurrection kabyle d'El Mokrani en 1870. Elle a par ailleurs engendré un grand personnage considéré comme un Saint, en la personne de chikh (Ccix) Muhand. Notre village lui a rendu hommage à travers un chant de procession dans le style adekker ** :
Le Chikh Mohand Ouel Hocine
Dont la piété embaume comme un grain d'ambre noir,
Disparut en allant à la source prier.
Ses fidèles se sont dit:
«Le lion l'a mangé»:
Mais lui, dans le secret, cheminait vers la Mecque;
Ceux qui l'ont rencontré sont venus témoigner.
Je le jure par la Grâce de Dieu,
- A moins que la mort ne m'ait pris -
(Il n'est pas d'autre Dieu qu'Allah.)
Je marcherai parmi les sables,
J'entrerai dans la mer aux poissons.
(Il n'est pas d'autre Dieu qu'Allah.)
Au pèlerinage de l'Hachimi,
J'apparaîtrai sur le seuil du prophète !
(Il n'est pas d'autre Dieu qu'Allah.)
Les chansons composant l'album de Nadia At Mansur (extraits en cliquant sur les titres)
Ur Lliγ Je ne suis pas
A k Cekkreγ Louanges à Toi
Ul inu d ameksa Mon coeur est un berger
Urjiγ L'attente
Rebbi fellaγ d aεssas Le seigneur est notre gardien
Ddunit a tarju Le monde peut bien attendre
Tizerzert tawehcit La gazelle sauvage
Subbeγ Je suis descendue
Ala adγ aγ Rien qu'une pierre
Références bibliographiques:
* Cyril Glassé, Dictionnaire encyclopédique de l'islam (Bordas, 1991)
** Remdan At Mensur, Isefra n at Zik, Poèmes kabyles d'antan, Editions Ibis 1998
*** Taos Amrouche, Le Grain magique, contes, poèmes et proverbes berbères de kabylie, Maspero 1966
Jean Amrouche, Chants berbères de Kabylie, Maxuala-Radès Tunis, Monomotapa, 1939Les oeuvres présentées ici peuvent être obtenue auprès de ocoram@wanadoo.fr
nous recommandons absolument l'album est Nadia At Mansur, tant cette jeune chanteuse remet à l'ordre du jour un style de chant indissociable de la vie spirituelle des kabyles qui est connu sous le vocable Adekkar ou ddkar.
24 avril 2006
Le chant du temps
Le soleil est dans mon sein, les étoiles sont dans les plis de mes vêtements.
Si tu me contemples, je ne suis rien. Si tu regardes en toi, je suis toi-même.
Dans la ville et la campagne, dans le palais et la cabane, je suis la douleur et ce qui l'apaise, je suis la joie infinie.
Je suis l'épée qui déchire l'univers, je suis la source de la vie.
Les Gengis-Khan et les Tamerlan ne sont qu'une poignée de ma poussière.
Le tumulte de l'Europe n'est comparable qu'au moindre de mes échos.
L'homme et son univers ne sont qu'une de mes esquisses,
avec le son de son cœur, je colore mon printemps.
Je suis le feu brûlant, je suis le paradis du Très-haut.
Vois cet étrange spectacle: je suis à la fois immobile et mouvant.
Dans ma coupe d'aujourd'hui, vois se refléter demain.
Vois cachés dans mon cœur mille mondes éclatants,
vois mille étoiles qui roulent et mille coupoles du ciel.
Je suis le vêtement de l'humanité, et la robe de la divinité.
Le destin est l'un de mes artifices, la liberté humaine vient aussi de moi.
Tu es l'amant de Leyla*, je suis le désert de ton amour.
Je suis comme l'esprit, au-delà de ta recherche.
Tu es le secret de mon cœur, je suis le secret du tien.
Je me manifeste par ton esprit, je suis caché dans ton esprit.
Je suis le voyageur, et tu es mon but. Je suis le champ, et tu es ma moisson.
Tu es la musique de toute harmonie. Tu es l'esprit de la vie.
O vagabond fait d'eau et d'argile, vois l'immensité de ton propre cœur:
un océan sans borne, contenu dans une coupe.
C'est de tes hautes vagues que s'élève la tempête.
Mohammad Igbal:
Message de l'Orient, traduction d'Eva de Vitray-Meyerovitch et M. Achena, Paris, 1956, Les Belles Lettres éd.,p. 92-93
* le crépuscule, l'obscurité
27 mars 2006
La danseuse- Khalil Gibran
Khalil Gibran
Jadis vint à la cour du Prince de Birkasha une danseuse avec ses musiciens. Elle fut admise à la cour et dansa devant le prince sur la musique du luth, de la flûte et de la cithare.
Elle dansa la danse des flammes, et la danse des épées et des lances ; elle dansa la danse des étoiles et la danse de l’espace. Et puis elle dansa la danse des fleurs dans le vent.
Après cela elles se tint devant le trône du prince et s’inclina devant lui. Et le prince lui ordonna de se rapprocher, et il lui dit : « Belle femme, fille de la grâce et du plaisir, d’ou vient ton art ? Et comment fais-tu pour commander à tous les éléments dans tes rythmes et tes rimes ? »
Et la danseuse s’inclina à nouveau devant le prince et elle répondit : « Puissante et gracieuse Majesté, je ne connais pas la réponse à tes questions. Je sais seulement ceci. L’âme du philosophe réside dans sa tête, l’âme du poète est dans son cœur, mais l’âme de la danseuse demeure dans tout son corps. »
26 mars 2006
Bien aimé, Ibn Arabi
tant de fois t'ai-Je appelé,
et tu ne M'as pas entendu !
Tant de fois Me suis-Je à toi montré,
et tu ne M'as pas vu !
Tant de fois Me suis-Je fait douces effluves,
et tu n'as pas senti,
nourriture savoureuse
et tu n'as pas goûté.
Pourquoi ne peux-tu M'atteindre
à travers les objets que tu palpes ?
Ou Me respirer à travers les senteurs ?
Pourquoi ne Me vois-tu pas ?
Pourquoi ne M'entends-tu pas ?
Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Pour toi Mes délices surpassent
tous les autres délices,
et le plaisir que Je te procure
dépasse tous les autres plaisirs.
Pour toi Je suis préférable
à tous les autres biens.
Je suis la Beauté,
Je suis la Grâce,
Bien-aimé, aime-Moi,
aime-Moi seul, aime-Moi d'amour.
Nul n'est plus intime que Moi.
Les autres t'aiment pour eux-mêmes:
Moi, Je t'aime pour toi,
et toi, tu t'enfouis loin de Moi.
Bien-aimé,
tu ne peux Me traiter avec équité,
car si tu te rapproches de Moi
c'est parce que Je me suis rapproché de toi.
Je suis plus près de toi que toi-même,
que ton âme, que ton souffle.
Bien-aimé, allons vers l'union...
Allons la main dans la main,
entrons en la présence de la Vérité,
qu'elle soit notre juge
et imprime son sceau sur Notre union
à jamais.
08 mars 2006
Fêtes musulmanes
L’ère musulmane commence en l’an 622 après J.C., au lendemain de l’émigration du prophète Mohammed de la Mecque vers Médine, fuyant ainsi la persécution des païens. L’Hégire, en arabe vient du mot « hijrah » qui signifie émigration, a donné son nom au calendrier musulman (calendrier Hégirien).
Un mois musulman correspond à un cycle lunaire de 29 ou 30 jours et commence au premier croissant de lune devenu le symbole de l’islam. Les noms des douze mois qui composent le calendrier sont les suivants :
1) Moharrem 30 jours 2) Safar 29 jours 3) Rabi al Awal 30 j. 4) Rabi el Tani 29 jours
5) Gamad el Awal 30 j. 6) Gamad el Tani 29 j. 7) Ragab 30 j. 8) Shaaban 29 jours
9) Ramadan 30 jours 10) Shawal 29 jours 11) Zoul Kaida 30 j. 12) Zoul Hega 29 jours
L’année musulmane dure 354 jours pour une année normale et 355 jours pour une année bissextile qui n’arrive que tous les 30 ans, c’est pour cette raison que l’année musulmane prend une avance de 10 ou 11 jours sur l’année solaire, et que les dates des fêtes religieuses musulmanes sont mobiles d’une année à l’autre par rapport au calendrier chrétien.
Les trois principales fêtes religieuses musulmanes sont :
« Eid el Fitr » qui marque la fin de Ramadan et du jeûne, elle dure trois jours, c’est une fête plutôt familiale, les familles se réunissent, mangent des gâteaux et achètent des vêtements neufs à leurs enfants.
« Eid el Kebir » qui veut dire la grande fête, commence le 10 Zoul Hega, c’est celle qui commémore le sacrifice d’Abraham, c’est aussi la fête du pèlerinage. Les familles aisées sacrifient un mouton et le distribuent aux pauvres.
« Mouled el Nabi » , qui signifie la naissance du prophète ( présumé à 570 après J.C.), est célébrée le 12 Rabi al Awal de chaque année, c’est une grande fête populaire qui anime de gaieté, de lumières et de chants tout un quartier jusqu’à l’aube, comme le quartier de la mosquée d’EL Hussein qui abrite le tombeau du petit fils du prophète au Caire.
Durant cette soirée, j’ai vu une pratique populaire de l’islam dont j’ignorais l’existence auparavant, un islam mystique, poétique et musical qui m’a énormément émue. J’ai découvert comment les confréries soufies célèbrent la naissance du prophète.
La fête commence dans la journée par une procession de la mosquée EL Rifaï jusqu’à la mosquée EL Hussein en passant par la citadelle. Des centaines de guirlandes et de néons illuminent le quartier d’EL Hussein, des tentes aux couleurs chatoyantes ornées de dessins de style art islamique sont dressées dans les rues. Les commerçants du quartier vendent des poupées et des chevaux en sucre d’orge habillés et fleuries avec du papier crépon, que les familles achètent pour offrir à leurs enfants, la poupée pour les petites filles et les chevaux pour les petits garçons. Les adultes aussi peuvent se régaler en mangeant des confiseries conditionnées dans des boîtes d’un kilo ou de 500g remplies de loukoums, de croquants aux sésames ou aux cacahuètes, qu’on appelle « Halawet El Mouled », qui signifie les douceurs du Mouled.
La fête commence dans la journée par une procession de la mosquée EL Rifaï jusqu’à la mosquée EL Hussein en passant par la citadelle. Des centaines de guirlandes et de néons illuminent le quartier d’EL Hussein, des tentes aux couleurs chatoyantes ornées de dessins de style art islamique sont dressées dans les rues. Les commerçants du quartier vendent des poupées et des chevaux en sucre d’orge habillés et fleuries avec du papier crépon, que les familles achètent pour offrir à leurs enfants, la poupée pour les petites filles et les chevaux pour les petits garçons. Les adultes aussi peuvent se régaler en mangeant des confiseries conditionnées dans des boîtes d’un kilo ou de 500g remplies de loukoums, de croquants aux sésames ou aux cacahuètes, qu’on appelle « Halawet El Mouled », qui signifie les douceurs du Mouled.
Après la prière du soir, les soufis s’installent sous les tentes et commencent leurs rituels.
Au rythme des tambourins, ils chantent leur amour pour Dieu, appellent sa présence et demandent sa bénédiction. Ils fredonnent les louanges du prophète, les yeux fermés pour mieux se concentrer, ils balancent leur corps d’un côté et d’un autre d’un geste répétitif qui s’accélère de plus en plus cherchant la transcendance de soi et l’extase, afin de s’imprégner du divin et fusionner avec Dieu. C’est le « Zikr » qui désigne l’invocation, le fait de mentionner et de se souvenir de Dieu en prononçant son nom plusieurs fois.
Environ 10% de la population égyptienne musulmane pratique le soufisme, c’est un courant qui n’est pas réservé uniquement à l’Egypte mais répandu dans beaucoup d’autres pays musulmans.
Le soufisme vient du mot arabe «Tassawwuf» qui signifie mysticisme, est une pratique religieuse mais aussi un style de vie. Les soufis ne cherchent aucun pouvoir, ne s’intéressent pas à la politique, le confort matériel ne les attire pas, ils prêchent la pauvreté et la simplicité originelle, leur intérêt majeur est d’accéder à la connaissance religieuse et à la purification du cœur « lieu de la connaissance divine » et organe suprême de l’amour. Ils respectent les cinq piliers de l’islam et en plus ils pratiquent la contemplation et la méditation sous la direction d’un maître spirituel qui les initie.
02 mars 2006
Le soufisme est un hymne à la vie en groupe...
Entretien avec Faouzi Skalli, adepte de la Tariqa Boutchichia, anthropologue de formation. Auteur de nombreux ouvrages sur le soufisme et adepte fervent de la confrérie des Boutchchis, il rejette l’amalgame entre islamisme et soufisme, extrémisme et Islam.
Faouzi Skalli |
• Maroc Hebdo International: Les événements tragiques de Casablanca ont amené de nombreux analystes à coller la même étiquette à tous les mouvements qui se réclament de l’islam. La confrérie Boutchichie a-t-elle échappé à la règle? Propos recueillis |
01 mars 2006
Le Message Soufi
Bien-aimés de Dieu, je désire vous parler ce soir du Message Soufi et de son oeuvre dans le monde.
Tout d’abord, les gens se demandent si c’est une mission qui vient d’Orient. Je vous dirai qu’elle ne vient ni d’Orient, ni d’Occident : elle vient de Là Haut. C’est pour l’œuvre de Dieu et pour le service de l’humanité que les gens de l’Est et de l’Ouest, du Nord et du Sud se sont unis dans cette tâche sacrée. Le nom Soufi est aussi bien oriental qu’occidental ; il vient du mot grec Sophia ; en Perse on dit Sufia, ainsi le mot est aussi acceptable en Orient qu’en Occident.
Ce n’est pas le nom d’une certaine secte ou d’une certaine religion, mais bien le nom de l’essence de toutes les religions. Sans doute très souvent les gens confondent le mot sagesse avec le mot intelligence, mais en fait la sagesse est quelque chose qui jaillit du cœur de l’homme. La source de la sagesse est Dieu Lui-même, tandis que l’intellectualité est une connaissance acquise ici-bas, la connaissance des noms et des formes ; l’habileté de ce monde ne peut être comparée à la sagesse. Beaucoup de gens sont habiles, mais sont-ils sages? Leur sagesse dure quelques moments ou quelques jours et n’aboutit à rien. Tout succès acquis par l’habileté d’ici-bas est limité, et quand la limite est passée il prend fin. La vraie sagesse est la divine essence cachée profondément dans le cœur de l’homme ; quelques-uns la cherchent consciemment, d’autres inconsciemment. Sofia ou Soufisme est le nom de la véritable sagesse, qui jaillit comme une source divine du cœur de l’homme. Ceux qui, à travers les âges, ont réalisé cette source divine, qui est l’héritage de chaque âme, l’ont appelé Sophia ou Sagesse. On lui a également donné d’autres noms tels que Vedanta, Bible ou Écriture, mais la sagesse sous toutes ses formes et quelle que soit l’époque à laquelle elle a été donnée au monde, est en fait le Soufisme.
Le nom fut adopté, sans aucun doute, pour distinguer des institutions où des étudiants se consacraient à l’étude des métaphysiques et du culte intérieur, à la contemplation de Dieu et aux oeuvres de charité. Les gens qui appartenaient à ces institutions furent les premiers, à n’importe quel moment et dans n’importe quel pays où le Divin Messager vint, à sympathiser avec Lui et à Le comprendre. Leurs cœurs étaient assez grands pour recevoir le nouveau Message et ils furent les fermes soutiens de tous les Messagers. Si nous étudions les traditions des guerres de religion, nous trouvons que partout, et à chaque période, il y a eu toujours opposition au message qui fut donné aux hommes comme une inspiration, les hommes se battant entre eux en disant : “Notre Dieu est différent du vôtre; notre église est différente, le Messager pour qui vous avez de l’estime est différent.” Jamais, pour les Soufis, ces différences n’ont existé ; ils s’opposaient seulement et luttaient contre ce qui divisait l’humanité en tant de sectes et de croyances, contre les nations qui se battaient au lieu de s’harmoniser et de se comprendre à l’aide de la religion. Aucun prophète, aucun Messager n’a jamais porté le message au monde avec l’idée que ses partisans fussent exclusifs, qu’ils pussent regarder les partisans et les disciples des autres croyances avec haine et mépris ou qu’ils pussent dire que le leur était le seul vrai message. Combien de guerres et de batailles dans l’histoire du monde ont été causées par des différences religieuses ? Cependant cela n’était pas le désir de Dieu, ni le mobile des prophètes et de la religion; c’était l’abus de la religion causé par les autorités religieuses, en vue de leur propre pouvoir et pour exercer leur empire sur les pratiquants de cette foi.
Quand on remonte d’un bout à l’autre l’histoire des prophètes Hébreux, on trouve que le Soufisme existait au temps d’Abraham, qui répondait à l’appel de Dieu, et lorsque après son initiation il revint d’Égypte, ce furent les Soufis qui se rassemblèrent autour de lui et qui formèrent une association de sages. De même, les Soufis, furent les premiers, à la venue de Jésus et de Muhammad, a reconnaître le Divin Message, à faire bon accueil au Messager, à sympathiser avec lui et à le comprendre. La sympathie des Soufis fut grande, car ils savaient combien il était difficile pour un être humain plein de bonté de vivre dans ce monde si faux et ainsi ils réalisaient combien plus grande était la difficulté pour ceux qui portaient le Message de la Vérité. Après la mort du prophète Muhammad on trouve l’existence des Soufis, qui avaient leurs institutions dans toutes les parties civilisées de l’Orient - dans l’Inde, en Chine, en Perse, en Arabie et en Égypte. Autrement, comment les Hindous et les Musulmans auraient-ils pu vivre côte à côte avec leurs religions différentes, si ce n’avait été à cause de la lumière de la sagesse Soufi qui leur apprenait à se respecter mutuellement ? Partout en Orient où la paix existe parmi les pratiquants de croyances diverses, elle est due aux efforts des Soufis qui vivent dans la contemplation de la vérité et dans la réalisation de la source et du but de tous les êtres que nous appelons Dieu.
Lorsque nous considérons la condition du monde actuel, nous trouvons qu’elle n’est pas très différente de celle des temps passés ; la haine, les préjugés, l’amertume existent encore entre les races et les nations entre les partisans de croyances diverses. Tous les efforts faits vers des réformes sociales, commerciales ou politiques ont leur limite ; ils ont leur côté personnel, mais il ne peut pas y avoir des moyens plus grands que la réalisation de la vérité, dans laquelle tous les êtres humains peuvent s’unir. C’est cette idée qui a poussé ceux qui s’intéressent au service de Dieu et de l’humanité a former un noyau de fraternité composé de membres de différentes croyances et de différentes nations. Ils ont leur propre religion, leurs propres églises, leurs propres écritures, le Maître qu’ils estiment et à qui ils offrent leur dévotion. Le Message Soufi ne leur demande pas de changer leur religion, il les aide plutôt à mieux la comprendre. Il leur apprend que la religion ne doit pas être confinée dans une seule croyance, et que la tolérance, l’amour et la sympathie doivent être développés non seulement dans la religion, mais aussi dans les différents aspects de la vie.
C’est là le principal enseignement que le Message Soufi apporte au monde ; cela, et la réalisation de Dieu, non seulement par la croyance, mais aussi par la connaissance : la connaissance de Dieu qui est l’accomplissement de notre vie dans ce monde. La croyance seule ne donne pas aux âmes la pleine satisfaction qu’elles désirent vivement. Souvent de grands croyants en Dieu, après quelque contrariété ou quelque peine profonde, après quelque crise dans leur vie lorsqu’ils sentent qu’ils ont été laissés seuls, sans aucun égard, perdent leur foi ; par exemple combien de croyants ont perdu leur foi après une guerre parce que croire seulement en Dieu n’est pas suffisant. La connaissance de Dieu est nécessaire et ne peut être acquise par l’étude, mais uniquement par une certaine méthode appelée culte intérieur.
Ecrits de Pir-o-Murshid Hazrat Inayat Khan
Le soufisme, dit Idries Shah, n’est pas une religion dans le sens communément employé : “Le problème que pose la religion courante n’est pas de nature religieuse : ce qu’il s’agit d’analyser, c’est le phénomène de coercition, d’ordre social qui recouvre le phénomène religieux.” C’est pourquoi, “sous des noms différents, sous des aspects divers, le soufisme à précédé l’Islam de plusieurs milliers d’années”.
Les livres d’Idries Shah - son enseignement - offrent une structure, une matrice à partir de laquelle peut s’organiser une pensée différente, plus flexible, plus ouverte. Il élimine de l’héritage soufi ce qui a été destiné à des temps révolus et se trouve maintenant superflu, inutile : une nourriture destinée à nos ancêtre, dit-il. Réutilisant ce qui est encore valide, il conçoit un matériel neuf. Le soufisme, selon lui, a pour fonction d’aider le développement de l’humanité, d’âge en âge, et selon les possibilités qu’offre chaque époque. Il enseigne que la source de la Connaissance est unique et que s’il peut y avoir des désaccords apparents au niveau des manifestations, au niveau de l’essence, en revanche, le désaccord est impossible ! Le message soufi est simplement adapté “au moment, au lieu et aux gens”. Les livres d’Idries Shah, adressés aux occidentaux, s’apparentent donc plutôt à des ouvrages d’anthropologie et de psychologie qu’à des écrits mystiques. À cet égard, il est amusant, mais probablement très significatif, de noter que, toujours selon Idries Shah, les soufis n’appellent généralement pas leur pratique “le soufisme”. Ils l’appellent science, art, connaissance, Voie, et même, si l’on remonte au Xème siècle, ils s’y réfèrent par un mot à rallonge, nafsaniyyatalinsaniyyat, qu’on peut probablement traduire par psycho-anthropologie.
source
Samedi 28 janvier 2006, 04:23
Sayed Idries Shah:

maître Soufi d’origine afghane
Simla, Inde, né en 1924
_____________________________________________

maître Soufi d’origine afghane
Simla, Inde, né en 1924
23 février 2006
LE SOUFISME, mais qu’est ce que c’est ?
Le soufisme est le mysticisme de l’Islam. Comme tel, il a la particularité d’exister aussi bien dans l’Islam sunnite que dans l’Islam chiite. Décrire le soufisme est une tâche redoutable. Comme tout mysticisme, il est avant tout une recherche de Dieu et son expression peut prendre des formes très différentes. D’autre part, par ses aspects ésotériques, il présente des pratiques secrètes, des rites d’initiation, eux aussi variables selon les maîtres qui l’enseignent.
Bien que le soufisme se veuille rigoureusement musulman, l’Islam traditionnel, sunnite et chiite, considère le soufisme avec la plus grande méfiance.
En Iran, la grande majorité des mollas y est vivement opposée et dans l’Islam sunnite, la plupart des Ulema sont beaucoup plus intéressés par la lettre du Coran et ses interprétations juridiques que par les spéculations des soufis auxquelles ils trouvent une odeur de soufre. Cette opposition généralisée contribue à la discrétion du soufisme.
En outre le soufisme n’a aucune unité. Chaque maître se constitue une cohorte de disciples attirés par la réputation de son enseignement. Tout au plus, ces maîtres déclarent se rattacher à une " confrérie ", elle même fondée par un célèbre soufi des siècles passés ; personne ne vérifie une quelconque orthodoxie de l’enseignement donné, du moment qu’il se réfère à l’Islam.
L’importance de cet Islam secret n’en est pas moins remarquable. Historiquement, il a joué un rôle de premier plan dans la naissance des déviations du chiisme que sont l’Ismaëlisme et la religion druze. En littérature, il a profondément inspiré certaines des oeuvres arabo-persanes les plus remarquables comme les Contes des Mille et Une Nuits ou le poème d’amour deLeyla et Majnoun.
C’est cependant par sa spiritualité que le soufisme est le plus original. Dans la conception soufie, l’approche de Dieu s’effectue par degrés. Il faut d’abord respecter la loi du Coran, mais ce n’est qu’un préalable qui ne permet pas de comprendre la nature du monde. Les rites sont inefficaces si l’on ignore leur sens caché. Seule une initiation permet de pénétrer derrière l’apparence des choses. L’homme, par exemple, est un microcosme, c’est-à-dire un monde en réduction, où l’on trouve l’image de l’univers, le macrocosme. Il est donc naturel qu’en approfondissant la connaissance de l’homme, on arrive à une perception du monde qui est déjà une approche de Dieu.
Selon les soufis, toute existence procède de Dieu et Dieu seul est réel. Le monde créé n’est que le reflet du divin, " l’univers est l’Ombre de l’Absolu ". percevoir Dieu derrière l’écran des choses implique la pureté de l’âme. Seul un effort de renoncement au monde permet de s’élancer vers Dieu:
" l’homme est un miroir qui, une fois poli, réfléchit Dieu ".
Le Dieu que découvrent les soufis est un Dieu d’amour et on accède à Lui par l’Amour : " qui connaît Dieu, L’aime ; qui connaît le monde y renonce ". " Si tu veux être libre, sois captif de l’Amour. "
Ce sont des accents que ne désavoueraient pas les mystiques chrétiens. Il est curieux de noter à cet égard les convergences du soufisme avec d’autres courants philosophiques ou religieux: à son origine, le soufisme a été influencé par la pensée pythagoricienne et par la religion zoroastrienne de la Perse ; l’initiation soufie, qui permet une re-naissance spirituelle, n’est pas sans rappeler le baptême chrétien et l’on pourrait même trouver quelques réminiscences bouddhistes dans la formule soufie " l’homme est non-existant devant Dieu ".
Même diversité et même imagination dans les techniques spirituelles du soufisme : la recherche de Dieu par le symbolisme passe, chez certains soufis, par la musique ou la danse qui, disent-ils transcende la pensée ; c’est ce que pratiquait Djalal ed din Roumi, dit Mevlana, le fondateur des derviche tourneurs ; chez d’autres soufis, le symbolisme est un exercice intellectuel où l’on spécule, comme le font les Juifs de la Kabbale, sur la valeur chiffrée des lettres ; parfois aussi, c’est par la répétition indéfinie de l’invocation des noms de Dieu que le soufi recherche son union avec Lui.
Le soufisme apporte ainsi à l’Islam une dimension poétique et mystique qu’on chercherait en vain chez les exégètes pointilleux du texte coranique. C’est pourquoi ces derniers, irrités par ce débordement de ferveur, cherchent à marginaliser le soufisme. C’est pourquoi aussi les soufis tiennent tant à leurs pratiques en les faisant remonter au prophète lui-même: Mahomet aurait reçu, en même temps que le Coran, des révélations ésotériques qu’il n’aurait communiquées qu’à certains de ses compagnons. Ainsi les maîtres soufis rattachent-ils tous leur enseignement à une longue chaîne de prédécesseurs qui les authentifie.
Cette légitimité par la référence au prophète n'entraîne cependant pas d'uniformisation du mouvement soufi : les écoles foisonnent et chacune a son style et ses pratiques. Ces écoles sont généralement désignées en français sous le nom de confréries. Avant de procéder à l'étude de quelques unes d'entre elles, il faut toutefois garder à l'esprit que les confréries sont devenues, non pas une institution, mais au moins une manière de vivre l'Islam si généralement admise que toutes sortes de mouvements, mystiques ou non, se parent du titre de confrérie pour exercer leurs activités. Qu'on ne s'étonne donc pas de rencontrer parfois des confréries fort peu mystiques à la spiritualité rudimentaire, bien éloignée des spéculations élevées qui ont fait du soufisme l'une des composantes majeures de la spiritualité universelle.
Michel Malherbes, Les Religions de l’Humanité, pages 192-194 Ed. Critérion

