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Sentences spirituelles diverses, mieux connaître les grandes religions: Judaïsme, Islam, Christianisme, Charles de Foucauld

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02 février 2005

Résurrection et réincarnation

Enquête sur deux convictions que défendent les uns ou les autres, de par le monde.

A quelles réalités physiques ou métaphysiques peuvent renvoyer ces deux mots: résurrection et réincarnation?

Les deux convictions, en la résurrection ou en la réincarnation, sont avant tout l'expression d'une protestation et d'un refus de l'homme devant la mort. "Il n'est pas possible que cette merveilleuse histoire qu'est la vie débouche sur la cendre et le néant".

Enquête étymologique

Voici deux mots de notre langage français, qui semblent bien proche l'un de l'autre. Tous deux commencent par le préfixe "re", qui laisse deviner un retour, un recommencement... L'un est composé avec la racine surgere , mettre en mouvement, surgir, l'autre avec la racine caro-carnis, chair . Pour l'un il signifie relever, remettre debout, pour l'autre, c'est un retour dans la chair. Ces premiers indices, à partir de l'origine des mots laissent deviner plus qu'une nuance. (détail étymologie)

Enquête en philosophie

Ces deux convictions qui traversent la modernité trouvent leurs origines en deux univers de pensée, deux philosophies, deux conceptions religieuses de l'existence humaine.

La résurrection.
Le sentiment exprimé par ce mot trouve son origine dans l'expérience juive, deux siècles avant Jésus-Christ. Des croyants furent alors victimes d'une persécution religieuse sans précédent: souffrances, tortures, exécutions, parce que le pouvoir en place voulait extirper de la terre la foi juive. Parmi les persécuteurs : Antiochus Épiphane, de culture grecque. Parmi les défenseurs de la foi: les frères Maccabées (d'où la transcription française populaire pour parler des morts: les macchabées). C'était dans les années 167 à 164 avant J-C.  (Les livres 1 et 2 Maccabées rapportent récits et convictions de cette époque)

Les croyants ne pouvaient pas accepter l'idée que Dieu puisse abandonner pour toujours des hommes, des femmes, des enfants qui avaient souffert dans leur chair jusqu'à en mourir, par fidélité à Yahvé, leur Seigneur: "Dieu ne peut abandonner dans la mort son serviteur". Rien de plus, aucune explication ou prévisualisation de l'avenir du futur. C'est une intime conviction.

La réincarnation
La pensée exprimée par ce mot nous vient du monde de l'Inde, de l'Extrême-Orient. L'idée de l'existence d'un Dieu n'y est d'aucune importance. L'esprit qui a habité l'homme cherche à accéder à la purification, à la perfection d'une vie qui lui donnera enfin le repos, débarrassé de toutes les contingences humaines: le nirvana.

Au temps de l'apôtre Paul (10-64 après J-C), nombre de grecs cultivés n'avaient que mépris pour ces religions d'Orient qui laissaient entendre que l'esprit, parcelle de la divinité, pouvait s'enfermer à nouveau dans la matière. Pour eux la mort était libération de l'étincelle de dieu emprisonnée dans le corps. Pour eux, l'esprit, une fois libéré de sa gangue charnelle, il était irraisonnable de penser qu'il puisse désirer renouveler l'expérience d'une vie en humanité.

Corps et esprit
La distinction corps et esprit, traduite par corps et âme dans la pensée chrétienne est un héritage grec, et non un héritage de la Bible. Dans la Bible, l'homme, c'est tout un. Le corps a reçu le souffle de Dieu et devient être de relation, et  seul le corps permet d'entrer en relation. La pensée juive pense l'homme en termes d'altérité: Dieu et l'homme; l'homme et la femme; Caïn et Abel; l'alliance, etc. On notera une différence notable dans le respect dû au corps, selon que l'on hérite de la pensée grecque ou de la pensée juive.

Enquête en théologie.

La notion orientale de réincarnation est fondée sur la notion d'inachèvement. Une succession de cycles, de passages ou réincarnations permettra la purification de l'esprit, qui alors, lâcherait la matière pour une vie désincarnée. Pas besoin d'un Dieu sauveur, c'est le progrès individuel dans la recherche de la sagesse qui fait entrer dans un autre monde... on pourrait dire: "gagner son paradis à la force des poignets".

La pensée juive affirme, dès le premier chapitre de la Bible qu'une relation s'est nouée entre Dieu et l'humanité (genèse ch. 1 et 2). Plus tard, on parlera de relation d'alliance, une alliance qui se concrétise au sein d'un peuple: le peuple de l'alliance = le peuple juif; le peuple de la nouvelle alliance: le peuple chrétien.

Pour les chrétiens, chacun est unique, aux yeux de Dieu. L'homme est sauvé dès le début de son existence parce que Dieu l'a aimé le premier. Les oeuvres de l'homme ne lui sont pas comptées comme méritantes de... mais elles sont nécessaires pour exprimer l'accord, le cœur à cœur entre Dieu et tout être de chair... puisque Dieu m'a aimé et fait de moi son enfant, à mon tour, je communique ce que j'ai reçu. Le baptême et la communion (eucharistie) signifie le lien unique entre le croyant et Dieu.

La réincarnation ignore cette vie de relation unique; elle ignore l'amour, le don et le pardon de Dieu comme d'un père pour son fils... il faut que l'esprit de l'homme, obtienne par lui-même  la paix. Cette différence fondamentale rend incompatibles l'idée de résurrection et celle de réincarnation.

Exprimer la foi chrétienne en la résurrection.

Nous vivons avec un héritage de deux millénaire durant lesquels s'est développée une imagerie qui favorise sans doute la méditation spirituelle, mais un peu moins l'intelligence de la foi. Si la chose était simple à comprendre, il y aurait belle lurette que l'on aurait trouvé les mots justes de la foi. Coexistent en nous plusieurs représentations de l'amour de Dieu pour nous. L'histoire de l'art peut être une merveilleuse aventure  pour progresse dans ce que les évêques appellent le mystère de la foi : "le mystère concerne avant tout l'initiative gratuite que Dieu a prise de se révéler aux hommes, pour sceller avec eux une Alliance indéfectible".

Quand on parcourt le Nouveau testament, on ne manque pas d'être étonné du silence de Jésus et des premiers chrétiens concernant les questions "comment cela se passe, qu'est-ce qu'il y a de l'autre côté?". Seul l'apôtre Paul nous fait une description de l'appel des chrétiens ressuscitant, qui s'inspire du défilé de l'armée romaine sous l'arc de triomphe à Rome. (1 Thessaloniciens). Mais lorsqu'il affirme ce qu'il a reçu et transmis, aucun détail, sinon l'affirmation "Christ est mort, Christ est ressuscité (1 Corinthiens 15).

Les évangiles comportent quelques paragraphes sur "après la croix". Appelés récits de résurrection, ils affirment que le Christ se donne à voir. Ils ne disent pas que le ressuscité "revit comme avant" avec ses disciples. Chacun de ces récits provoque le croyant à croire en la vie de Jésus et à assurer la continuité de l'annonce confiée aux disciples. Quelques lignes ne suffisent pas à rendre compte de leur interprétation.

Des questions sont posées à Jésus sur "après la mort. Ainsi, quand les incrédules demandent à Jésus de préciser les rapport d'une épouse défunte avec ses divers maris trépassés, Jésus botte en touche (Matthieu 22,25). Plus sérieusement, Matthieu, quelques paragraphes après cette altercation, reprend les paroles du Christ où il dépeint le "dernier jour" où tous sont rassemblés. Alors que l'on attend des détails sur l'au-delà, à la question posée "quand t'avons-nous vu?" le Seigneur de l'univers renvoie au quotidien de notre existence: "j'étais malade, assoiffé, en prison... et vous êtes venu me visiter" (Matthieu 25). Là-haut, il semble que ce qui intéresse le Père, c'est de voir ses enfants subvenir aux besoins les uns des autres. C'est probablement dans l'aujourd'hui que commencent les signes de résurrection.

La résurrection, c'est déjà aujourd'hui.

Quelques titres glanés dans les médias au premier trimestre 2005 accumulent les réalités de la mort et du désastre : « Trente après, le défoliant jaune tue encore au Vietnam » ; « 20 ans après, à Bhopal, on meut toujours de la dioxine », ou « Tchernobyl, ce n’est pas fini ». Il faudrait ajouter : Tchétchénie, Afghanistan, Irak et autres lieux où l’on meurt de par la volonté des hommes. En combien de lieux, la mort fait son œuvre dans l’indifférence et le silence… et pourtant !

A la vague du Tsunami a répondu une autre vague, de solidarité celle-là, pour faire renaître la vie. Face aux ravages du cancer ou du sida, se sont levés des centaines et des milliers de chercheurs et de soignants pour que la vie reprenne le dessus. Soixante ans après la dernière guerre et la Shoah, l’œuvre de paix et de réconciliation rapproche les hommes pour un autre monde. Palestiniens et Israéliens, hier opposés acceptent de jeter des ponts pour la vie. Une dynamique de résurrection est à l’œuvre parce que l’amour est plus fort que la mort.

Alors que les pharisiens interrogeaient Jésus sur ce qui se passera après, Lui renvoyait à l’aujourd’hui : qu’as-tu fait aujourd’hui, as-tu laissé œuvrer l’esprit d’amour ? As-tu mis le souci du frère au cœur de ta vie ? Ce que l’on ne voulait ni voir ni entendre, c’est un Jésus qui accueille, guérit, pardonne : c’est cela qu’ils ont mis en croix. Mais c’est cela même que Dieu a refusé en relevant Jésus d’entre les morts.

Tous ceux qui suivent aujourd’hui le chemin de Jésus, que ce soit les nouveaux baptisés, les acteurs de solidarité, les managers de l’économie rassemblés par l’ACI, les humanitaires et les bénévoles au service de l’humanité souffrante,  les parlementaires qui allègent par la loi le fardeau des petits, ceux-là participent de la vie du Christ ressuscité. Ils deviennent visage de Dieu pour l’homme d’aujourd’hui. Ils sont signes que la résurrection n’est pas un vain mot.
Recevons et donnons la vie de Jésus

Ressusciter et résurrection, étymologie.

Les mots n'arrivent pas pas hasard, mais au fil du temps, on oublie leur origine et la signification originelle, ainsi en est-il des mots ressusciter et résurrection; ils appartiennent à deux familles différentes; on les trouve dès le 12ème siècle.

Ressusciter nous vient de la racine indo-européenne kei- ki, évoquant l'idée de mouvement. En grec kinein, mouvoir, kinesis, mouvement (d'où le mot cinéma). En latin: cier-citus faire venir à soi.  En français: citer,  réciter. Le récit aujourd'hui prend une grande importance en psychologie, mais aussi chez les catholiques, quand il faut faire venir à la mémoire les évènements passés, parfois enfouis ou dispersés dans la mémoire. Faire le récit d'une histoire, c'est la reconstituer, lui redonner vie, puis la mettre en rapport avec la vie de Jésus, avec les récits de la Bible. Susciter évoque une action forte: faire lever, réveiller. Nous arrivons ainsi au mot résurrection.

Résurrection appartient à une autre famille: surgere, sourdre, source, qui prend racine dans l'indo-européen reg diriger en droite ligne! De là, en latin le mot rex-regis, diriger, ériger (mettre debout); surgere est l'aboutissement de sub-erigere qui donnera insurgere, se dresser pour attaquer, et resurgere, se relever. Résurrection est héritier de cette longue lignée de mots et de sens.

Réincarnation. C'est un mot récent (1875). Il exprime l'incarnation, de nouveau, dans un corps (d'une âme qui avait été unie à un autre corps). Il est étranger au langage chrétien d'où, pourtant il tire son origine: incarnation -12ème siècle-, venu dans la chair. (caro-carnis), issu de l'indo-européen (s)-ker, couper, séparer, partager.

La tradition chrétienne fait appel à trois langages pour parler de résurrection: le langage du réveil (éveiller-réveiller) le langage de l'exaltation (humilié-glorifié, monter. St Jean: élever), le langage de la vie (pourquoi chercher le Vivant parmi les morts?),  mais jamais re-vivre. (retour au texte). C'est sans doute un détail qui peut orienter la réflexion d'aujourd'hui, quand elle cherche à rendre compte des convictions des premiers chrétiens. Sans doute notre penchant scientifique nous oriente-t-il vers la matérialité de l'existence... pour la résurrection, il s'agit d'autre chose: se réveiller; se mettre debout; mettre en valeur/exalter une manière de vivre.

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01 février 2005

UN OCEAN D’ÉNERGIE COSMIQUE OU LE TOUT AUTRE PERSONNEL ?

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“Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas”. Un peu la tarte à la crème attribuée au siècle dernier à André Malraux. A tort ? A raison ? Aujourd'hui, qu'en est-il ? Il est vrai que le PROGRÈS et la SCIENCE, désormais cantonnés dans le domaine technico-commercial, ont cessé de constituer un gage de bonheur. Et il est un fait que les gens ont soif. Mais cette soif, où vont-ils l'assouvir ?

C'est ici qu'apparaît l'ambiguïté du “retour au religieux”. Que constatons-nous en guise de “mystique”? Pour le P.Jean Vernette, une éclosion de mystiques vagabondes, d' “expériences culminantes”, de résurgences gnostiques, de spiritualités laïques ou néo-païennes. Sensations, euphorie, sentiment de puissance personnelle, telles sont bien les aspirations des nouvelles religiosités toutes au service d'un ego souverain.

“On n'a jamais autant parlé de Dieu - ou plutôt du divin - que de nos jours et pourtant, paradoxalement, l'athéisme n'est pas mort. Au début du 3e millénaire, il a seulement changé de visage”. Telle est l'observation du P. Joseph-Marie Verlinde. Un homme qui ne se paie pas de mots puisqu'il a vécu ce qu'il dénonce. Situons-le brièvement.

En 1968, Joseph-Marie a 20 ans. De formation scientifique - il sera docteur en chimie nucléaire - mais,  peu préparé à la pensée philosophique, il décide de mettre en pratique le slogan: “Pour être libre, renoncez à la béquille religieuse”. La béance lui devient vite insupportable et il se remet en quête de Dieu. Par un autre chemin. Celui de l'Orient qui lui apparaît en affiche sur les murs de sa ville sous les traits d'un impressionnant gourou. Joseph-Marie reçoit l'initiation à la Méditation Transcendantale, puis, ayant rencontré le célèbre Maharishi Mahesh Yogi, il l'accompagne dans ses périples autour du monde. Mais surtout il fait de longs séjours dans des ashrams de l'Himalaya où il peut approfondir l'hindouisme, le bouddhisme ainsi que les pratiques du Yoga.

Paradoxalement, c'est dans un ashram que le Christ est venu le “chercher”. Un Français de passage demande à Joseph-Marie qui Jésus est devenu pour lui. C'est le déclic. Dans l'instant, il a la certitude que malgré ses abandons, le Seigneur ne l'a jamais quitté. Qu'Il l'a suivi, attendant patiemment qu'il se tourne vers Lui pour accueillir à nouveau son amitié. Il comprend que celui qu'il cherchait au bout du monde est là, disponible, tout près de lui. Joseph-Marie Verlinde rentre en Europe. Il rompt avec les philosophies orientales et leurs techniques comme avec l'ésotérisme, il étudie la théologie à Rome, la philosophie à Louvain. En 1983, il est ordonné prêtre et fondera en 1991 la très vivante Famille de Saint-Joseph actuellement située sur le Mont-Luzin (France). Son activité spécifique est axée sur la guérison intérieure. (1)

Et pour nous aider à trouver notre chemin dans la complexité des phénomènes religieux de notre temps, Mgr Jean-Marie Lustiger a appelé Joseph-Marie Verlinde à assurer  cette année 2002 le cycle des Conférences de Carême selon la grande tradition de N.D. de Paris amorcée en 1835 par le P. Lacordaire.

“Le christianisme au défi des nouvelles religiosités”, ces conférences (2), j'ai eu le bonheur de les suivre sur Radio N.D. Je m'y réfèrerai souvent ici, mais pas exclusivement. Je note aussi que le Père Verlinde ne cherche pas précisément à faire le procès des religions orientales. Il en est revenu, mais dans le respect du dialogue interreligieux auquel nous invite le Pape. Ce qu'il dénonce avec vigueur et gravité, c'est la récupération faite par les Occidentaux de certains éléments de ces traditions étrangères, coupés de leurs racines, accommodés à notre sauce, dénaturés.

En schématisant, je dégage de la très foisonnante étude du P. Joseph-Marie deux puissantes séductrices qui, de l'Asie, sourient à notre jeunesse : la théorie de la réincarnation et l'identification totale du moi au divin.

1.  La théorie de la réincarnation

C'est la plus populaire. La réponse magique à des frustrations, aux dégoûts de la vie présente, au manque de cœur à l'ouvrage. Les forces imaginatives, jusque là en mal de perspective, s'en saisissent avec délectation.

Selon les écoles ésotériques, la réincarnation serait une doctrine remontant à la nuit des temps. Or les études historiques et archéologiques des dernières décennies ont montré que la réincarnation est inconnue des Veda (Livres sacrés de l'hindouisme) et n'apparaît  pour la première fois que dans certains Upanishad datant seulement du 6e siècle avant notre ère. Bien plus: nombre de courants de l'hindouisme demeurent jusqu'à nos jours réfractaires à cette doctrine.

Mais dans le bouddhisme tout de même ? Là encore il faut bien comprendre. Il est exclu que “mon âme à moi” ”transmigre demain dans le corps d'une championne de patinage artistique avant de s'abriter au siècle suivant sous les voiles d'une carmélite. Pas question d'âme individuelle, susceptible de se réincarner. Le flot de conscience universelle est simplement affecté “localement” par les actions posées, qui engendrent une perturbation se transmettant d'incarnation en incarnation jusqu'à son extinction (Nirvana). La conscience de renaissance se communique mystérieusement, sans sujet personnel, sans âme qui se maintiendrait d'une vie à une autre vie. Alors que pour les Occidentaux, l'incarnation ferait progresser “l'âme” vers la pleine réalisation de sa nature divine, pour les Orientaux, le cheminement spirituel conduit à la prise de conscience du caractère illusoire de la personnalité. L'Occident n'envisage pas de régression vers un état infra-humain, d'où l'aspect enviable des perspectives ! Tandis qu'en Orient où la régression est possible, la réincarnation est davantage considérée comme une douloureuse fatalité.

Pour le P. Cottier, dominicain, non seulement la réincarnation, sortie de son contexte oriental, ne signifie plus grand'chose, mais encore elle est lamentablement démobilisatrice: “Je peux prendre tout mon temps pour devenir meilleur; si je n'ai pas envie de me donner du mal aujourd'hui, j'aurai d'autres vies pour cela demain.” Demain où, c'est sûr, je serai Zinedine Zidane ou Céline Dion ! Textuel. Je n'invente rien. Et j'ajoute que finalement rien n'est plus dangereux que cette facilité à se bercer de mirages puisque, de temps à autre, il arrive que de jeunes Occidentaux optent pour le suicide en vue d'accélérer le cours des choses !

Certains enfin souhaiteraient concilier christianisme et réincarnation en faisant coïncider le cycle des réincarnations avec l'état vécu en Purgatoire. C'est oublier que le cycle des réincarnations s'opère, selon sa doctrine, dans le domaine de la nature, tandis que pour les chrétiens la mort les fait accéder à un état surnaturel qui ne doit rien à nos mérites, mais que nous tenons de la seule grâce de Dieu.

2. “ Je suis Dieu ”

C'est l'autre sirène. Celle des extases océaniques, du Grand Bleu si cher aux adolescents en quête d'ivresse des profondeurs. Elle traduit le besoin de se sentir en résonance avec le cosmos, elle exige des techniques. C'est la tendance à s'identifier totalement au divin unifié à l'univers.

Le divin dont il est question est toujours un principe impersonnel, une énergie subtile, une vibration qui n'a plus rien de commun avec le Dieu de la Révélation judéo-chrétienne.

Selon Baird Spalding, une des éminences grises du Nouvel Age, Dieu est un pouvoir vibratoire qu'il suffit d'expérimenter en soi pour l'atteindre dans son essence. Il suffit donc de plonger sous les apparences, de régresser en amont de notre conscience personnelle afin de nous immerger dans l'acte d'être commun à tout ce qui existe : telle serait l'expérience immédiate du divin qui nous serait accessible grâce aux techniques venues de l'Orient.

Joseph-Marie Verlinde a lui-même pu faire l'expérience d'immersion dans les énergies cosmiques. Expérience fascinante, nous dit-il, une dilution de la conscience personnelle perçue comme une libération de toute souffrance puisqu'il n'y a plus de sujet qui puisse conjuguer le verbe souffrir. Il ne reste qu'une simple sensation - et quelle ! - d'exister sur un mode totalement indéterminé. Elle englobe l'existence de tout ce qui nous entoure, les plantes, les animaux, le cosmos entier, la terre, la lune, les étoiles…. D'où le sentiment d'infinitude qui procure une ivresse toute particulière. Dieu n'est plus alors qu'un océan d'énergie cosmique dont les êtres seraient les vagues éphémères.

Cependant au cœur même de cette béatitude naturelle, subsistait mystérieusement pour le P.Verlinde une nostalgie secrète, un manque que le Tout paradoxalement ne parvenait pas à combler. Il voit là le manque éprouvé par la créature en quête de son Créateur, la béance qui subsiste au fond du cœur en l'absence de ce Tu pour lequel nous sommes créés. “L'immersion de ma personne dans le Tout ne pouvait éteindre le désir du Bien-Aimé, désir dont la flamme brûlait encore au fond de mon être”. La nature tout entière lui apparaissait alors comme une prison dorée, un écrin vide en l'absence de Celui qui se faisait désirer à travers elle.

La rencontre avec Dieu, selon ces techniques orientales, ne se réaliserait donc pas dans une étreinte d'amour puisque l'amour suppose l'altérité, le cœur à cœur entre deux personnes distinctes qui se sont reconnues et librement données l'une à l'autre. L'ésotérisme exclut pour sa part toute possibilité de relation et donc toute possibilité d'aimer. Parvenus à ce point, de Dieu il n'en est plus.

La théologie déficiente qui se construit sur de telles bases engendre inévitablement une anthropologie réductrice. Lorsque disparaît le sens de Dieu, constate douloureusement Jean-Paul II, le sens de l'homme se trouve également menacé et vicié. Le Concile Vatican II le déclarait déjà, sous une forme lapidaire: “la créature sans son Créateur s'évanouit, s'étant coupée du Dieu transcendant”. Dans l'oubli du Créateur, l'homme se prosterne devant la Création. Le refus de la créaturalité, le refus de l'altérité, de la finitude, de la loi morale, et finalement de toute force de limitation va logiquement de pair avec le désir de toute-puissance et d'omniscience. Ces désirs ont beau se revêtir du beau nom de mystique, ils n'en trahissent pas moins une régression dans l'imaginaire archaïque pré-personnel.

Heureux sommes nous, nous les chrétiens, de pouvoir découvrir la présence de Dieu dans notre histoire, de savoir que nous avons un Père en qui nous pouvons mettre toute notre confiance. Et promis au bonheur, nous le demeurons. Car si, en Occident, la réincarnation peut fait figure “d'espoir” humain, la résurrection est du côté de “l'Espérance” donnée par Dieu le jour de Pâques, jour de la victoire définitive du Christ sur la mort. Une telle foi n'a rien d'évident. Aux sceptiques qui voudraient voir la chose de près avant d'y croire, il n'est qu'un seul signe fiable: la personne de Jésus, le fils du charpentier, mort, puis ressuscité trois jours plus tard. Et le témoignage de son Eglise, toujours là vingt siècles plus tard.

                                                                                               Marion   BAUGNIET

Extrait de “ PAQUE NOUVELLE ,” juillet 2002

Editeur responsable : Michel Dangoisse

Rue de la Tour,7, bte 3.  B - 5000 NAMUR                     

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Notes.

(1) Pour plus d'informations sur Jacques Verlinde, devenu le Père Joseph-Marie en religion, né en Belgique, le 5 août 1947: Yann-Loïc JAMIN: “De l'ashram au monastère Les détours hindous d'un chercheur de Dieu”, dans “Famille chrétienne”, n° 816, 2 septembre 1993, pp.14-21.

(2) Joseph-Marie VERLINDE: “Le christianisme au défi des nouvelles religiosités”, Presses de la Renaissance, 2002, 250 p., 15 €  et, en complément: “100 questions sur les nouvelles religiosités”, Edit. Saint Paul, 2002, 188 p., 15 €.

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