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06 décembre 2010

Découvrons deux personnes nommées Michel Bourgeois, un pasteur, et un prêtre

Michel Bourgeois, Pasteur

5 avril 1962

Michel Bourgeois, de la faculté protestante de théologie, comparaît devant le tribunal militaire de Paris. Michel a 26 ans, est marié et père d’un enfant. Le procès se déroule devant une salle comble. Beaucoup ne pourront pas entrer. La qualité et le nombre des témoins y est pour quelque chose : M. Peyre, B. de Cazenove, Alain Masson, camarade étudiant de Michel, Joseph Pyronnet, le pasteur Hornus, le pasteur Mathiot, le pasteur Roser, du SCI, et André Dumas, professeur de Michel.

On entend lecture des lettres du pasteur Jacques Beaumont, du professeur Ricœur et du professeur Michaeli.

L’accusé, qui est défendu par Me Jean-Jacques de Félice, désireux de vider son acte de tout contenu politique pour le placer sur celui de la conscience religieuse, réaffirme son désir de servir son pays, même dans un service dangereux, mais non pas militaire.

Le réquisitoire, très modéré, demandait 8 mois de prison minimum. La condamnation est de 6 mois, avec sursis ; il semble que la compréhension du tribunal soit un pas vers l’obtention du service civil…

http://www.refractairesnonviolentsalgerie1959a63.org/spip.php?article77

14 mai 1962

La demande de l’Église réformée de France étant rejetée, Michel Bourgeois, accompagné d’une délégation de cette Église, se rend à sa caserne, à Versailles, où il est écroué.

http://www.refractairesnonviolentsalgerie1959a63.org/spip.php?article231#


Michel Bourgeois, prêtre

C'est un appel intérieur qui a aidé Michel Bourgeois, 79 ans, à tenir dans les camps de concentration nazis. Devenu prêtre, il a travaillé vingt-trois ans auprès des marins-pêcheurs de Saint-Vaast-la-Hougue (Manche) et a continué de lutter contre tout ce qui déshumanise l'homme
Michel Bourgeois : "Grâce à l'homme, je n'ai pas manqué Dieu" Michel Bourgeois : "Grâce à l'homme, je n'ai pas manqué Dieu" Croire.com Michel Bourgeois : "Grâce à l'homme, je n'ai pas manqué Dieu"
Claire Lesegretain : Cinquante-six ans après votre libération de Bergen-Belsen, comment comprenez-vous ce que vous avez vécu dans les camps ?

P. Michel Bourgeois : L'arrivée au camp était une plongée si radicalement « hors de toute référence connue » que l'entendement ne pouvait ni suivre ni digérer.

Durant quatre mois, je suis demeuré en état de choc, sans pouvoir nommer ce que je vivais. Puis j'ai commencé à découvrir un système de dégradation implacable et très bien rodé.

Les SS ont toujours dit ne jamais tuer un homme. Il fallait donc que tout leur endoctrinement, parfois depuis le berceau, les conduisent à la conviction qu'ils n'avaient plus des hommes en face d'eux mais des Stücke, des morceaux, de la merde.

Comment s'y prenaient-ils pour vous déshumaniser ?

M. B. : On nous plongeait dans les latrines jusque par-dessus la tête et on nous enchaînait tout dégoulinants près de la porte du camp pour que les autres « rayés » passent devant nous. La délation était récompensée d'un quignon de pain : rien de tel pour développer une haine féroce entre des hommes de 20 nationalités, affamés, privés de sommeil et bourrés de coups.

D'autres fois, on nous faisait enterrer une dizaine de « rayés » jusqu'au cou et, avec une brouette pleine de cailloux, il fallait foncer sur les têtes de nos camarades. Le premier refusait, un SS l'abattait. Un deuxième... Un dixième parfois... Tous abattus. Alors, un « rayé » devenu à peu près fou fonçait avec la brouette. Mais ce qui faisait vraiment chavirer tout l'humain, c'était la « liturgie » des pendaisons.

Pourquoi parlez-vous de « liturgie » ?

M.B. : Une liturgie a pour but, à travers un rituel sacré, de transformer progressivement l'homme pour le rendre plus apte à paraître devant Dieu.

Dans les camps, le rituel était inversé et avait pour but de faire descendre l'homme toujours plus bas, dans l'en deçà : appel sur la place, lecture des sentences, montée des suppliciés sur l'estrade, noeud coulant passé autour du cou, obligation de regarder les pendus... Par cette liturgie de la mort, l'éternité des déportés devenait la spirale de l'avilissement.

Parvenus à ce stade, beaucoup préféraient se jeter sur les clôtures électrifiées ou sortir des colonnes, en allant ou en revenant du travail, afin d'être aussitôt abattus.

Et vous, qu'est-ce qui vous a fait tenir ?

M.B. : J'avais envie d'aider les autres, comme je l'avais toujours fait depuis mon enfance. Sinon, j'avais fait assez de mal pour avoir le dégoût de moi-même. Mais je ne me suis pas suicidé parce que j'ai découvert l'homme dans quelques prisonniers.

Ce fut d'abord un paysan qui mangeait son pain en le mâchant lentement alors que le partage du pain et la distribution des gamelles était l'occasion de bagarres parfois mortelles. Ce paysan m'a dit : « Ce morceau de pain, c'est la vie depuis toujours, et la vie ne vient pas de nous. Il faut y goûter, sans cela nous ne sommes plus des hommes. » Il ne m'a rien dit d'autre mais, durant un instant, j'ai eu comme une présence en moi.

Ce fut aussi le sourire de Nicolaï, un jeune Ukrainien qu'on allait pendre à l'usine. Il s'avançait, encadré de « kapos » ; il souriait. Nos regards se sont croisés. Je n'avais jamais parlé avec lui mais, en une fraction de seconde, nous nous étions rejoints, sûrs que nous aurions l'éternité pour communier ensemble. Et puis, ce fut Lünebourg.

Que s'est-il passé, là ?

M. B. : Les SS devaient nous ramener de Wilhemshaven à Neuengamme mais, à Lünebourg, notre convoi fut bombardé. Tout vola en éclats. Il y avait des centaines de morts et de blessés. Les 70 rescapés, dont j'étais, passèrent l'après-midi à ramasser têtes, bras et jambes et à faire un tas près d'un petit ruisseau. Les SS nous tiraient à la mitraillette, pour passer le temps.

À un moment, un jeune SS a relevé d'un revers de bras la mitraillette d'un autre qui tirait sur nous. Immédiatement, les autres SS l'abattirent.

J'ai compris que l'humain était entré dans ce jeune SS, qu'il était sorti de l'en deçà. Pendant ce temps, nous continuions à tremper des chiffons dans l'eau pour rafraîchir les blessés. Plus les SS nous achevaient, plus nous poursuivions notre tâche, la tête haute.

À Lünebourg, la liturgie de la mort a basculé. En secourant ces blessés, nous avions conscience d'être en plénitude de vie. La vie éternelle s'était remise à l'endroit. La victoire de l'homme, c'était nous. C'est grâce à l'homme que je n'ai pas manqué Dieu.

Est-ce pour cela que vous êtes entré au séminaire ?

M.B. : J'y suis entré pour célébrer à la source les Mystères de Dieu, pour être sacramentellement ce que j'avais été dans les camps.

Le pari monstrueux des camps nazis, c'était de détruire à tout jamais l'image de Dieu en l'homme. Or, j'en suis revenu vivant pour dire cette vérité inouïe : je crois à l'homme !

Comment s'est fait votre retour dans le monde des vivants ?

M.B. : Très lentement. J'étais comme une lame très dure sans fourreau. Je n'avais plus ni pudeur ni affection. J'ai mis des années à reconstruire ces sentiments annihilés.

Peu à peu, cette brisure sans fond s'est transformée. Dans les camps, j'avais médité « le grain qui meurt » et j'étais sûr de la présence de Jésus-Christ au fond de tout homme. Un jour, une fille remarquable que j'avais connue dans la Résistance m'a invité à manger chez elle. Nous nous sommes regardés, nous n'avons ni parlé ni mangé. Nous visions l'un et l'autre tellement autre chose. Je n'étais plus qu'un tas d'os, qu'un amas de souffrances plus spirituelles que physiques. Elle a mis ses bras autour de mon cou et nous sommes restés je ne sais combien d'heures comme ça.

J'ai senti l'humain qui rentrait un peu en moi. C'est pour cela que, lorsque je rencontre un « paumé » qui me dit : « je ne sais pas ce qu'est l'affection », nous nous retrouvons dans un manque commun.

Êtes-vous retourné dans les camps par la suite ?

M.B. : Oui, en 1969, pour accompagner un fils de tué et sa famille. Ce « pèlerinage » ne réveilla en moi aucune terreur : le Christ, je le savais, avait unifié tous les composants de son Corps et avait entraîné chaque supplicié vers la gloire. « Pourquoi chercher parmi les morts Celui qui est vivant ? » Pourquoi hanter ces lieux d'hécatombes immenses si ce n'est pour saisir Celui qui les a investis ?... Ce « pèlerinage » me fit retrouver presque d'un seul coup la possibilité de communiquer.

Comment comprenez-vous ce que d'autres ont appelé « le silence de Dieu » à l'égard de son peuple ?

M.B. : Jusqu'à la révolte du ghetto de Varsovie, les juifs arrivaient dans les camps « comme conduits à l'abattoir ». Pouvait-il en être autrement dans la lourde et criminelle indifférence générale ? Et aussi devant le Dieu du Sinaï qui ne se portait plus à leur secours ?

Personnellement, je me suis souvent demandé s'il en aurait été de même si les juifs avaient cru à l'Emmanuel, à Dieu incarné dans le Christ crucifié.

Aux juifs admirables, premiers choisis par le Dieu unique, il manque toujours le mystère de l'humilité de Dieu dévoilé en son Fils. Mystère qui seul aurait pu leur faire découvrir une issue dans les camps et leur faire relever la tête.

Comme l'a fait le bienheureux Maximilien Kolbe à Auschwitz ?

M.B. : Dans ce bunker de la faim et de la soif où le P. Kolbe fut enfermé avec dix autres condamnés, toujours on buvait ses urines, on s'entre-dévorait, on sombrait dans la folie avant de s'éteindre...

Avec Kolbe, non seulement aucune de ces scènes d'horreur ne se produisirent, mais les suppliciés se mirent à chanter jusqu'à la fin de chacun et de tous. Ce n'est pas en soulageant l'humain et en payant d'exemple ­ ce qui était totalement impossible dans de tels camps ­ que Kolbe sauva l'homme. C'est en consommant les Mystères de Dieu et en les faisant consommer par ses compagnons, tout en les leur révélant.

À Auschwitz, ce n'était plus « l'heure du prêtre » : il n'y avait plus à célébrer la messe, raccourci des Mystères. C'était « l'heure du diacre ».

C'est-à-dire ?

M.B. : Le diacre n'est pas seulement au service des personnes, en tant que témoin « banalisé » de la Charité.

Il est au service des trois Mystères de l'Incarnation, de la Rédemption et de la Trinité dont le dynamisme propre est de se propager à tous les hommes, comme unique source de vie et d'amour.

Le diacre est au service des Mystères afin que ceux-ci puissent être révélés à tout homme et à tout l'homme, dans des milieux spécifiques.

Dans ce bunker de la mort, Kolbe révéla l'humanité du Christ à ses compagnons. C'est du moins ainsi que j'ai compris et médité sa mort après Bergen-Belsen. Ces suppliciés s'assimilèrent à Celui qui s'était fait homme jusqu'aux enfers. Ils eurent conscience, dans ce drame épouvantable, de réactualiser le parcours du Christ et de rejoindre, dans le Ressuscité, le Père qui les avait créés et aimés comme fils depuis toujours.

Après Kolbe, Auschwitz ne fut plus jamais comme avant : l'homme y avait trouvé en lui-même sa Révélation et son auréole. Car c'est le Christ et ses Mystères qui sont l'explication et la vérité de l'homme. Un homme qui a pris conscience des Mystères qui l'habitent n'a plus la même humanité qu'avant. Avec la grâce, il devient « l'homme nouveau » de saint Paul. Tel est le rôle du diacre.

C'est un plaidoyer pour le diaconat !

M.B. : C'est en tout cas un plaidoyer pour que les diacres ordonnés trouvent leur spécificité et leur responsabilité totales. C'est par son humanité, comme l'Évangile le démontre à chaque page, que le Christ fait passer sa filiation divine.

Sans le mystère de l'humanité du Christ, il n'y a plus rien : ni Évangile ni évangélisation.

Dieu nous communique ses Mystères non pas par des démonstrations de puissance mais par sa « chute » en nous et au milieu de nous. Nous n'en sommes plus au Sinaï mais à l'Emmanuel.

Et comment avez-vous témoigné des Mystères de Dieu dans votre vie à Saint-Vaast-la-Hougue ?

M.B. : Même si je célébrais et prêchais chaque dimanche comme prêtre, c'est en tant que diacre que je révélais l'humanité du Christ.

D'ailleurs, il a fallu plus de quatre ans aux pêcheurs pour admettre que je n'avais pas un frère jumeau, tant ça leur semblait impossible que ce soit le même qui était sur le pont des bateaux et qui célébrait la messe.

Un jour, alors que j'entrais dans un bistrot plein à craquer, après avoir célébré l'enterrement d'un pêcheur, l'un d'eux me dit devant les autres : « Michel, tu peux bien boire un coup avec nous, tu viens d'en boire un à l'autel ! » Pendant quelques secondes, on a entendu les mouches voler. À partir de ce jour-là, l'histoire des jumeaux était terminée.

Quand les pêcheurs ont compris que j'étais aussi assidu sur leur pont qu'à l'autel, les masques sont tombés. Ils sont restés tels qu'ils étaient et moi tel que j'étais mais, d'un côté comme de l'autre, il y avait moins de méfiance.

En actualisant l'humanité du Christ, le diacre la met à la portée de tous. Parce qu'il sait découvrir le moment qui convient pour dire les Mystères de Dieu.

Et en mer, quand « le moment favorable » se produit-il ?

M.B. : À deux heures du matin, lorsque le bateau traîne la drague aux coquilles. Le regard perdu sur l'eau qui défile, la paume de la main fortement appuyée sur les funes, on devine ainsi tout ce qui se passe au fond de l'eau, à cent mètre derrière...

À l'aube, le diacre est crevé mais les Mystères ont avancé.

Propos recueillis par Claire LESEGRETAIN Article paru le 6 octobre 2001 dans
http://www.croire.com/article/index.jsp?docId=6451&rubId=231


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