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29 octobre 2006

Redouter, fréquenter, pleurer les morts?

Les Grecs appelaient les morts "les plus nombreux". Camille Flammarion affirmait que "tout est plein d’âmes".
   Sous l’Antiquité, placer des pierres sur un corps, c’était aussi bien bâtir une tombe qu’empêcher le mort de se relever… Petit zoom sur les rites mortuaires, à quelques jours de la Toussaint

   Se préoccuper des morts est une attitude qui remonte à la nuit des temps puisque les rites funéraires sont apparus vers 100 000 ans avant notre ère. Mais les relations entre les vivants et leurs défunts ont évolué au fil du temps.
   Sous l’Antiquité, les Romains redoutaient le retour des morts et l’errance des revenants. Aussi construisaient-ils des tombes en pierre bien solides, afin que les morts ne puissent en sortir, et disposées hors des villes, loin des vivants.
   Enfin, ils honoraient scrupuleusement le souvenir de leurs défunts, une façon comme une autre selon eux de les maintenir dans le repos éternel.   
Les cinq croix
St-Ouen-Marchefroy


    Avec le christianisme des premiers siècles et du bas Moyen Age, tout change. Les lieux d’inhumation vont s’établir dans l’église ou autour d’elle. Les corps sont entassés dans des fosses communes car peu importe la destination exacte des ossements ou leur individualisation dès lors qu’ils sont près des saints et de l’église, inhumés "en terre très chrétienne". 
La porte du cimetière
Monfort Lamaury
Ce cimetière qui entourait l’église est pendant longtemps un lieu de passage en plein centre du village, un lieu de vie où l’on n’hésite pas à parler, passer, installer boutique et faire commerce. Bref : tout sauf un lieu de recueillement car la mort n’est perçue que comme une autre vie, près de Dieu.



   Dans cette Europe "chrétienne jusqu’à la mœlle" selon l’expression de l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie, une mort sans baptême était la pire des choses puisqu’elle privait le défunt de sa seconde vie, éternelle celle-là.
L’angoisse des parents d’enfants morts à la naissance sans avoir pu être baptisés était indescriptible et l’amour porté à ces tout-petits leur donnait une place privilégiée jusque dans la mort.
Ainsi, les enfants morts sans baptême étaient le plus souvent inhumés aux endroits les plus saints : dans les canalisations du baptistère ou les fondations de l’église, dont les murs étaient creusés pour accueillir les petits corps, dans le chœur, sous le parvis de l’église (surnommé "le Paradis") ou bien sous une gouttière : ils étaient ainsi baignés pour l’éternité dans l’eau ruisselant du toit de l’église et sanctifiée.


   A partir du XIIIème siècle, les sépultures s’individualisent, les tombeaux et les inscriptions réapparaissent. Ce qui n’empêche pas le passage des ossements vers des ossuaires ou des fosses lorsque le cimetière est plein.
Tout cela favorise la familiarité des communautés chrétiennes avec la mort… jusqu’au XVIIIème siècle quand les esprits des Lumières vont souligner les risques d’épidémie liés à la proximité des cadavres. On interdit les inhumations dans les églises et on commence à chasser les cimetières loin des villes, une tendance que la Révolution va accentuer.


   Les laïques vont reprocher à l’Église d’avoir négligé le corps au profit de l’âme et vont prôner un culte du souvenir, à l’image de la piété des Romains pour leurs défunts : les grands hommes et les héros doivent être vénérés par l’État, comme les particuliers doivent l’être par leurs familles, dans des cimetières devenus lieux de promenade et de recueillement. Les Romantiques favorisent ce mouvement en exaltant la mort et les deuils ostentatoires.
"Toutes les conditions étaient alors réunies pour que s’épanouissent le pèlerinage au cimetière et le culte des tombeaux", souligne le sociologue Jean-Hugues Déchaux. La tombe va désormais prendre une importance toute particulière, cessant souvent d’être individuelle pour devenir familiale, hymne à la puissance d’un patriarche à travers la splendeur de sa construction.
La première des chapelles funéraires familiales a été construite en 1815 par la famille Greffulhe au Père-Lachaise, mais ce type de monument va se multiplier jusqu’à nos jours. Le recueillement et le culte du souvenir lors du jour des morts le 2 novembre va ainsi prendre le pas sur la Toussaint, "fête joyeuse de tous les saints", le 1er novembre.

Texte : Marie-Odile Mergnac

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