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26 août 2006

Dans ma montagne

Parfois j'ai peur dans ma montagne, ma nuque et mes épaules se bloquent, mon souffle se fait court, les vertiges me prennent, une grande faiblesse, je retombe en pleurs sur mon lit de camp, en proie au découragement.

Ne pas céder à l'apitoiement, ne pas craindre l'aggravation, ne pas paniquer, ne pas redouter ou désirer la mort.

Suis-je prête à mourir?
Je l'étais le jour où j'ai mis Ara au monde. Déterminée, résolue si tel était mon destin, lorsque j'entrai en salle d'opération, en urgence, je savais que le pire des risque serait celui de la vie, que nous survivions mon enfant et moi à cette épreuve! et nous avons survécu, toutes deux...

J'étais prête également à mourir, le jour où je suis partie dans ce ravin. Quitter la route pour avoir évité un camion fou et le mur de rocher devant moi,"C'est donc mon heure? C'est con de mourir ainsi!"

La carlingue virevoltait et rebondissait sur de providentielles lianes, tout explosait au ralenti, un fracas qui n'en finissait pas, Ô choses de la vie! Le temps démultiplié...

Je tenais le volant fermement, j'étais toute entière dans l'action apocalyptique.

Consentante, offerte et battante, donnée à l'instant et à cette manifestation, cette révélation qui allait se produire, donnée et attentive à ma mort comme à une exigeante amante.
Mais ma voiture de rallye s'est enfin lovée dans le giron inférieur de la cavité, et je me suis retrouvée recroquevillée sous le tableau de bord, ne devant ma vie qu'à la solidité des arceaux de sécurité qui avaient préservé l'habitacle.

J'ai alors entendu , revécu tout le fracas et l'acrobatie de la chute à sa vitesse réelle. Toute stupéfaite d'être encore de ce monde et pratiquement indemne.

Quelques jours auparavent, je venais de découvrir en mon sein gauche une suspecte boule que je me devais de faire identifier très prochainement. Ara avait 9 mois seulement et encore bien besoin de sa maman, je suppose...

Comme j'ai aimé la vie après cet accident!

Cueillant le jour, l'heure, l'instant, la seconde.
Ne laissant échapper aucune miette de la substantifique moëlle qui tramait mon quotidien. allant au devant d'inconnus, sans méfiance d'aucune part, à la découverte confiante du monde et d'autres individus comme je ne l'avais su vivre auparavent.

Il me semble avoir écrit une série de textes alors intitulée: comme si je devais mourir demain.

Oui, comme si je devais mourir l'instant suivant, comme si chaque geste, mot, regard était suprême délice, cadeau gratuit supplémentaire de la vie. de la VIE.

Celle dont je porte le nom!

Suis-je prête à mourir, maintenant? aujourd'hui? là?

La VIE peut-elle mourir?

Ne fais pas l'enfant Hayet, tu sais bien ce qu'il en est!
Même ton maître chéri, le Maître de la Vie, a affronté la mort et sa terrible solitude, pour que toi, tu ne sois plus seule et démunie lorsque viendra le moment, que tu meurres en sa mort pour ressurgir en sa victoire sur la vie!

Souviens-toi...
     Si nous mourrons avec Lui,
            Avec Lui nous vivrons
                    Si nouss souffrons avec Lui,
                              Avec Lui nous règnerons...

J'ai peur de mon extrême faiblesse
de la souffrance qui m'enveloppe

Oui, bien sûr, j'en ai l'habitude, oui,
mais mon humanité blessée se révolte et s'affole à cette pensée.

Pourtant, ces derniers temps, j'ai eu l'intime conviction du moment du départ comme de celui d'épousailles, de don, d'abandon, de plenitude comme j'en avais peu connus jusqu'alors.

Se donner, être reçue et recevoir comme jamais auparavent et dans un mouvement de joie totale.

Oui, c'est cela mourir, se donner sans se reprendre et jouir d'une façon phénoménale!

Ma vie, nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne.
En tes mains, en ton corps, je remets mon souffle, mon esprit, mon amour, mon TOUT!

Je suis là sur mon lit de camp, terrassée, me reviennent des bribes d'autrefois, ombres que j'arrive à peine à décoder, que je ne parviens pas à fixer ou retenir
parfois des mots comme "chrétienne"

Lorsque je reprends mes esprits ou retrouve une certaine lucidité, je me répète les poings serrés, jusqu'aux larmes!

"Je ne me laisserai pas effrayer
je ne me laisserai pas vaincre par la maladie, haut les coeurs!
Courage, courage Hayet!"
Je me laisse sangloter, puis je sèche mes pleurs et je souris

"Voilà qui t'a fait du bien, maintenant, regagne ta chaise, prends ton stylo et ton bloc, et écris!"

Je ne suis pas prête à mourir, non, ce n'est pas le "feu de l'action", la mort m'accompagne, simplement démasquée, attendant son heure, elle m'observe gravement avec compassion, sans désir particulier, sans impatience, silencieuse.

Ma tête est lourde et brumeuse comme le paysage où s'effacent les couleurs des monts dans un vert bleuté délavé ou surexposé.

Non, en fait, je ne vais pas mieux, je suis bien moins leste, active ou alerte qu'il y a quelques mois, que l'an passé.
C'est à l'épreuve de ce camp en solitaire que je m'en rends vraiment compte.

Ce séjour?

Nous nous sommes mis d'accord Djam et moi à son sujet;
des petites vacances pour lui qui ne m'a plus en charge quotidienne, et pour moi un "retour aux sources"et de grandes plages de repos précédant peut-être un repos  plus définitif...

Il préfère à tout ma liberté et mon bonheur, mon bien-être, ma joie.
Ici, ma joie est entière, et nul ne peut me la ravir. Je suis MOI, totalement MOI dans ces montagnes, près des moutons, au milieu des insectes, environnée d'arbres, de haies, de buissons, bercée par les chants d'oiseaux, déchiffrant le moindre beuglement ou appel au loin, me réjouissant du moindre frolement d'aile de papillon (courageux malgré la chaleur écrasante).

Si je ne revenais pas de ce voyage, il ne m'en voudrait pas.
Nos retrouvailles sont si belles chaque week-end.
Le temps trop court pour nous émerveiller et de nos vies et de nos corps, encore chauds, palpitants, doux, capables d'émois subits, de désirs ardents, et de rassasiements béats comme de faims brûlantes, dévorantes et presque inextinguibles.

Je crois qu'il m'aime infiniment plus que je ne saurai ou n'ai su jamais l'aimer.
Il y a eu autrefois, oui, nos tempêtes, nos faiblesses.
Expressions contraires et contrariées d'un amour fou, impuissant à calmer les souffrances intenses, à vaincre les guignes et injustices toujours recommencées, l'intolérable des pressions sociales et familiales, des conventions, des obligations, des rumeurs pezsistantes et infondées, des suspicions, des calomnies, des diffamations, des délations.

Empêchez un être blessé à mort, saigné à blanc de devenir blessant à son tour, de hurler et de mordre par accès, par excès! quelques fois

Excès de fatigue, de responsabilité, de désespoir, de fierté, de jalousie...

Je t'aime Djam, homme vrai, homme faible, homme fort, homme debout, homme fidèle, homme libre, mon homme, pour toujours et à jamais.

Que de douceur échangée dans nos fêtes corporelles, que de tendresse dans tes gestes, que de joie dans ton sourire, et d'amour dans tes yeux.

Que de bonté dans tes pardons, que de fougue dans tes étreintes. Que d'enthousiasme dans tes actes, dans tes paris sur la vie.

Je t'aime, je veux te le dire et te le redire tant qu'il est encore temps!

Il est toujours temps aujourd'hui. JE T'AIME!

Là, je vais mieux, bien mieux, l'amour élargit mon coeur et règle ses battements, son débit.
Je suis  plus calme et légère.
Je souris à nouveau.

Je respire doucement, sans suffoquer, ma nuque est plus souple et ma tête plus mobile, mon cerveau moins brumeux.
Je sens l'air chaud me caresser la peau et la détendre. Mes yeux se ferment, je crois que je vais goûter un moment de repos. Lacher le stylo, m'étendre calmement et ne penser qu'à des sensations agréables.

C'est compter sans le saignement de nez sournois et rampant. Il arrive l'air de rien, une légère petite gène, la narine qui ronfle discrètement, une sensation d'humidité visceuse à sa base, j'y porte l'index machinalement; rouge vermillon! j'ai juste le temps de saisir le premier bout de serviette coton jettable qui traine à ma portée, de l'introduire en mêche dans la cavité, de comprimer ma narine.
Pas moins de trente minute pour juguler l'hémoragie. La poubelle qui s'emplit de mouchoirs sanglants.

Je m'arrose la nuque et les épaules, je bois, je me sers un bon bain de pied frais dans la bassine. Je mange mes derniers carrés de chocolat, j'ingurgite quelques chips bien grasses, ne pas me laisser abattre, réhydrater mon corps, prendre des forces...

Ah, que j'aimerais dévisser ma tête pour en changer, comme on change l'ampoule lorsqu'elle est grillée!

"Tah, la femme qui changeait de tête lorsque Tag avait le blues du cerveau"

"Tag, la femme-enfant qui ne pouvait rester cinq minutes sérieuse au sujet de la santé de Tah"

Mon Dieu, mais si la chaleur continue ainsi de plus belles, je vais nous faire des convulsions comme qui rigole!

Tah, ta gueule, tu me flanques la trouille!
Tais-toi, lache ton stylo et arrose!

Faut-il mieux mourir de convulsions que d'hémoragie?
Tag, tu n'es pas drôle!

Arrose et respire lentement!

Est-ce que Tag et Tah cohabitent harmonieusement à présent, formant un attelage solide au service de Hayet?

Oui, je pense qu'on peut dire "oui"

Lorsque Tag n'a rien envie de faire, ou ne veut rien faire que dormir ou rêver, Tah la laisse faire et se réjouit en elle.

Tah n'a plus rien à prouver à personne, elle respecte Tag. Elle comprend ses envies, ses besoins, ses faiblesses, ses limites.
Elle profite de sa liberté, comme de sa créativité, de ses appétits, de ses fou rires et de ses peurs.
Tah reste posée, mais ce n'est plus une redresseuse de torts, elle accepte de se laisser dérouter, interroger, remodeler par l'audace, la fraîcheur, l'enthousiasme ou les lenteurs de Tag, elle apprend à habiter ce corps parfois si vif, parfois si lourd et maladroit, qui inexorablement jeune, vieillit cependant et se corrompt.

Tah, le 26 juillet, dans la montagne

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