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05 décembre 2005

Portrait du moine « marabout » qui s’installa en Algérie

Charles de Foucauld béatifié
lundi 14 novembre 2005, par Olivia Marsaud


Charles de Foucauld, né à Strasbourg en 1858 et mort à Tamanrasset, en Algérie, en 1916, a été béatifié dimanche à Rome. L’occasion de revenir sur ce personnage complexe, issu de la noblesse, soldat fêtard ayant trouvé la foi à 28 ans. Ermite mais aussi aventurier et ethnologue, moine et missionnaire, ou encore linguiste... Une personnalité multiple qui avait choisi de s’installer parmi les Touaregs du Hoggar algérien.

Sur la plateau de l’Assekrem, à 2 700 m d’altitude, dans le Hoggar algérien, l’ermitage de pierres sèches édifié par Charles de Foucauld en 1911, est toujours debout. Le prêtre français y a séjourné 6 mois cette année-là, souhaitant se rapprocher des nomades qui faisaient pâturer leurs chameaux dans les montagnes. Aujourd’hui, une poignée de frères fait vivre son héritage. Ils accueillent pèlerins et touristes avec une égale bonne humeur et la même hospitalité dont faisait montre de Foucauld en son temps. Celui-ci s’était émerveillé de la vue : « La vue est plus belle qu’on ne peut l’imaginer [...] c’est une merveille... on ne peut la voir sans penser à Dieu ». Le paysage, non plus, n’a pas changé. Les sommets déchiquetés se découpent toujours dans la brume matinale, coiffés d’or et de rose. Ils deviennent ocre à la nuit tombée et, coiffés d’étoiles, veillent sur les rêves des marcheurs qui ont atteint le sommet.

A quelques heures de piste de là, Tamanrasset est écrasée de soleil. C’est dans cette ville, à 1 400 m d’altitude, qui était alors un village avec 15 feux, que Foucauld s’installe en 1905. Non loin du marché de Tamanrasset, et après avoir longé une petite mosquée, on se retrouve devant un mur de terre. Derrière, se cache « la frégate », le premier ermitage du Frère Charles. Il faut alors aller taper à la porte des sœurs qui gardent la clé et ouvrent l’endroit aux visiteurs de passage. Celui que les Touaregs appelaient le « Marabout » vivait dans ce bâtiment tout en longueur, exigu, d’une simplicité ascétique et aux poutres de palmier.

Du soldat à l’ermite

Loin des sables chauds et des rocailles moirées du Sahara, la béatification [*] de Charles de Foucauld a été célébrée dimanche, à Rome. Le pape Benoît XVI a déclaré que la vie de Charles de Foucauld était une invitation à aspirer à la « fraternité universelle » devant les évêques présents mais aussi un groupe de Touaregs venus d’Algérie. Il aura fallu attendre 80 ans pour que son procès en béatification, ouvert dès 1927, aboutisse. Plusieurs raisons sont invoquées : les périodes troublées que sont la seconde guerre mondiale et la guerre d’Algérie. Mais aussi la personnalité « trouble » de cet ancien soldat qui découvre la foi sur le tard, à 28 ans.

Sa vie complexe reste encore une énigme sur bien des points. Sans compter que, durant de longues années, l’Algérie le considère comme un espion de l’armée française. Il est à la fois aventurier, ethnologue, linguiste, géographe, ermite et missionnaire... Né en 1858 à Strasbourg dans une famille noble, le jeune vicomte devient orphelin à 6 ans et sera élevé par son grand-père maternel. Admis à Saint-Cyr en 1876, cela fait déjà 2 ans qu’il avoue avoir « perdu la foi ». Sous-lieutenant de cavalerie, il mène une vie de patachon et dilapide son héritage en soirées et fêtes. En 1882, il démissionne de l’armée et entreprend un voyage d’exploration au Maroc, en 1883-84, où il découvre l’islam, qui « a produit en moi un profond bouleversement », écrit-il. En 1886, à 28 ans, c’est le déclic de la conversion suite à sa confession avec l’abbé Henri Huvelin. En 1890, il entre dans l’ordre religieux de la Trappe. Il mène une vie de trappiste pendant 7 ans en France puis en Syrie. En 1897, il va vivre en ermite à Nazareth, en Palestine.

Contre l’esclavage

Il est ordonné prêtre en 1901 et s’installe à Beni-Abbès, dans l’Ouest de l’Algérie. Puis il entre en contact avec les Touaregs du Hoggar en 1904 et s’établit à Tamanrasset un an plus tard. Il s’y bâtit lui-même un ermitage, cube d’argile rouge, étroit comme un bateau, d’où son nom de « frégate ». Il se fixe parmi les nomades touaregs, poursuivant son vœu de devenir un « frère universel » : « Je veux habiter tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs... à me regarder comme leur frère, le frère universel. Ils commencent à appeler la maison ‘la fraternité’ et cela m’est doux ». « Je tâche d’être gracieux pour tous... il faut savoir qu’on frappe à ma porte au moins dix fois par heure : des pauvres, des malades, des passants... », écrit-il.

« Le parcours de Charles de Foucauld en Algérie et au Maroc a été marqué par le désir d’aller vers les plus pauvres, de se mettre à la portée des plus petits, de leur donner les instruments pour se relever et prendre conscience de leur identité. Sa présence n’a pas été muette mais très active, à l’origine d’une nouvelle façon de considérer la colonisation », explique Monseigneur Claude Rault, évêque du diocèse de Laghouat, en Algérie. « Il a dédié une longue période de sa vie et de son énergie à la culture touareg, dont il est devenu un expert. D’autre part, il a dénoncé le drame de l’esclavage (il rachète lui-même plusieurs esclaves avec l’argent qu’on lui envoie de France, ndlr) ainsi que la colonisation comme forme de sujétion des peuples. »

"Une famille spirituelle présente dans 90 pays"

Charles de Foucauld écrit en effet plusieurs ouvrages sur les Touaregs, apprend leur langue, traduit 6 000 vers de leur poésie, écrit une grammaire et un dictionnaire français-touareg en 4 volumes. Il parle aussi l’arabe et traduit une partie de la Bible en langue berbère. Il meurt en 1916, à 58 ans, dans des conditions encore obscures. Depuis 1915, le désert est agité et, pour protéger les populations, Charles de Foucauld construit un fortin à Tamanrasset. Il s’y installe seul en attendant d’accueillir les gens d’alentour en cas de danger. Le 1er décembre, le fortin est attaqué par des pillards. Dans la panique, le jeune garçon qui devait le protéger tire une balle. Charles de Foucauld est tué sur le coup.

Aujourd’hui, 19 mouvements, associations ou congrégations déclarent s’inspirer de son message. « Une famille spirituelle présente dans plus de 90 pays », selon Pascal Clément, le ministre français de la Justice, présent à Rome dimanche. Cette béatification est « un événement pour les 100 000 religieux et religieuses, prêtres et laïcs vivant de sa spiritualité », explique Sophie de Villeneuve, rédactrice en chef de Croire. « Un événement aussi pour les pays du Sud, fortement attachés à son message. Un événement enfin pour tous ceux qui attendent depuis longtemps la reconnaissance officielle de la pertinence de ses intuitions. »


[*] La béatification est la dernière étape avant une possible canonisation. Un décret de reconnaissance de miracle est requis pour arriver à la béatification. De Foucauld est crédité de la guérison d’une Italienne atteinte d’un cancer en faveur de qui il a intercédé auprès de Dieu. Un autre miracle est requis pour la canonisation.


les albums photo: Tamanrasset - Algérie

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